Confidences d’écrivain: Michèle Fitoussi

22 Jan

De nouvelles questions, toujours à destination des écrivains, pour comprendre leurs habitudes et leurs envies.

Pour commencer cette série, Michèle Fitoussi s’est imposée d’elle même. Parce que j’ai eu la chance de la rencontrer et que c’est une femme délicieuse, parce que surtout son dernier livre Une nuit à Bombay mérite d’être lu, par tous, pour tenter de mettre des mots sur les attentats de ce début d’année. les procédés sont identiques, les émotions similaires. Alors, lisez cette interview et après filez vite ouvrir La nuit de Bombay (ou si vous avez envie de plus de douceur, la biographie d’Helena Rubinstein comme notre curieuse de la semaine dernière!)

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1. Ecrire, à quoi ça sert ?

On écrit parce qu’on ne peut pas faire autrement.  » Bon qu’à ça » disait Beckett. Je ne me demande jamais à quoi ça sert, ni à qui ça va plaire.  Si mes lecteurs sont émus, si mes mots leur font sens, j’en suis à la fois troublée et touchée. La lecture m’a souvent sauvé la vie, sauvée de l’ennui, sauvée de moi même. Bon nombre  de textes ont  allumé  en moi de petites lueurs quand l’obscurité était profonde.  Pouvoir , à mon tour transmettre la flamme  me remplit de joie..

2. Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Le travail

3. Son pire ennemi ?

La procrastination

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4. Une manie d’écriture ?

Corriger à l’infini. L’ordinateur n’aide pas les obsessionnels dont je suis. Il faut savoir s’arrêter.

5.Que pensez vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Je discute beaucoup avec des amies auteures , on se remonte mutuellement le moral car notre métier engendre le doute, le dégoût de soi, le sentiment de sa propre nullité  et parfois la dépression. Mais il y a en contrepartie la joie inégalée, inégalable,  quand on réussit enfin à ciseler la phrase qu’on a en tête, à trouver le mot juste, à être satisfait d’un paragraphe. C’est aussi pour cela qu’on écrit et ça n’arrive pas souvent , hélas. Que James Salter , cet immense styliste, éprouve cette angoisse est  à la fois encourageant. et désespérant.

6.De quoi l’écriture doit elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

 De soi d’abord. Oui, de soi.

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7.Définissez vous par :

une œuvre d’art : un portrait peint par Modigliani

un mot  : énergie

8. Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

Souvent je cesse de lire quand j’écris car le travail des autres, loin de m’encourager me fait désespérer de mon talent.  Autrement, je lis beaucoup. J’ai longtemps été une boulimique, je le suis un peu moins, mais j’ai toujours un ou deux livres en cours et des piles qui s’entassent partout chez moi, des livres en attente sur mes liseuses. Et je peux passer une nuit blanche pour terminer un livre.

J’aime les écrivains, Français ou étrangers, J’aime la littérature indienne, anglo saxonne, israelienne, italienne, scandinave, etc… J’aime découvrir des textes, des talents, des sensibilités, d’autres rapports au monde, d’autres façons de vivre et de penser. Tous ces textes me confortent à la fois dans l’idée de la  singularité de l’être humain et dans l’universalité de ses émotions et de ses sentiments. La littérature tout comme l’art est notre rempart à la barbarie.  C’est un acte de résistance. Nous en avons besoin plus que jamais.

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 9.Citez trois ouvrages fondateurs

La case de l’Oncle Tom de Harriett Becher Stowe,  qui, enfant m’a donné envie à la fois de devenir écrivain et de me battre contre les injustices

Cent ans de solitude Gabriel Garcia Marquez, le roman de mon adolescence, la découverte du monde.

1984 de George Orwell. Un roman d’anticipation politique que j’ai lu dans les années 70, donc bien avant 1984,. Je viens de voir que la dernière promotion de l’ENA s’était baptisée Orwell, preuve que ce grand écrivain est toujours et plus que jamais d’actualité.

10.Le dernier roman qui vous a étonnée

L’Oubli de Frederika Amalia Finkelstein.  Dans le Jardin de l’Ogre de Leila Slimani, toutes les deux finalistes du Prix de Flore.

11. Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Aimer ce que j’écris. Sur le moment. Et dix ans plus tard.

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Merci Michèle pour ces confidences!

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3 Réponses to “Confidences d’écrivain: Michèle Fitoussi”

  1. sabine 22 janvier 2015 à 15:47 #

    belle auteure… donnes envie de la connaître davantage. Merci Charlotte pour cette nouvelle rubrique. Continue d’être insatiable 🙂

  2. doume 25 janvier 2015 à 22:58 #

    Charlotte, merci encore pour toutes ces interview d’auteurs, toutes plus passionnantes les unes que les autres.

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  1. Votre valise de livres | L'insatiable - 16 juillet 2015

    […] Pour comprendre le monde (tous pourraient aussi y figurer!): la nuit de Bombay de Michèle Fitoussi […]

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