9 Jan

Cet article a été écrit à midi ce jour. Je n’ai pas pu le corriger, pas réussi à ajouter les émotions de ces dernières heures. 

 

Je suis Charlie, on le crie, on l’écrit.

En réalité, je ne suis pas Charlie.

Deux jours.

Encore pire.

Après le choc, la prostration, le « vivre avec », plus douloureux, plus incompréhensible.

Et ce constat : je ne suis pas Charlie.

Je n’en ai ni le courage ni l’audace.

Ils se sont tenus debout, face à ceux qui voulaient les détruire, au quotidien vivre avec.

Ils ont osé brandir stylo et plume, ne jamais laisser le trait trembler. S’affirmer. Appuyer plus fort, ajouter de l’encre. Toujours plus.

Apprivoiser la peur, la faire sienne, la vaincre.
Pour des idéaux. Pour la liberté, ce mot bafoué, tant de fois utilisé, si peu compris.

Non, décidément, je ne suis pas Charlie.

Je crois que je n’aurais pas pu.

Pas comme eux, savoir ma vie en danger, celle de mes proches et continuer. « Et toi tu aurais fait quoi ? » question impossible, réponse redoutée.

Si les héros se définissent par leur courage, alors sans contestation possible, ils sont des héros, ils auraient détesté sans doute qu’on les appelle comme cela. Dès le lendemain, ils auraient dessiné, croqué, le regard un peu triste, la détermination décuplée.

Je ne les connaissais pas, ou si peu, de ce que les médias m’autorisaient à savoir. Je regardais leur une, certains articles, souriant souvent.

Les caricatures, à l’époque, heureuse de ce que la justice avait décidé. Liberté, déclarée vainqueur par KO.

Mais, je ne suis pas Charlie

Je n’ai pas perdu un ami, un frère ou un fils. Mon amour à moi continue de sourire, mon bébé de s’extasier sur le monde autour.

Moi, j’avance comme un pantin. Mon corps se déplace, fait les gestes du quotidien, vacille souvent, donne l’illusion, se retrouve prostré parfois, mais avance. Se tient debout.

Mon esprit, lui, est vide. Il ne parvient plus à rien. Des livres ouverts, arrêtés en pleine lecture, même eux ne me réconfortent plus. Dérisoire, tout le devient. Me réfugier dans une librairie, acheter des livres qu’on s’était promis de lire, mécaniquement. Ne rien éprouver.

Ils ne voudraient pas, il ne faut pas, tu leur donnes raison à ces barbares, ils gagnent. Alors relève toi.

Mais comment ?

On fait comment pour ne pas trembler à chaque instant, pour retrouver le sens de la marche.

Allez, merde ! Debout !

Même eux, ceux qui restent, ils sont retournés dans les bureaux, ils vont le sortir, leur journal, en temps et en heure.

Et toi, tu continues à sangloter.

Oui mais moi je ne suis pas Charlie. C’était facile de mettre cette image sur mon mur, facile dimanche de me lever et de partir défiler.

Mais au fond, je dois faire quoi ?

images

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5 Réponses to “…”

  1. fleurdementhe 9 janvier 2015 à 22:20 #

    Aller défiler dimanche non ce n’est pas si facile 😉
    Essayer d’être à un niveau au dessus de la peur, essayer de ne pas céder à nos émotions,. Se battre n’est jamais facile mais c’est en essayant qu’on gagne chaque jour un peu plus de force. Et comme dirait une âme sage, en visant la lune, on atterrira au moins dans les étoiles…

  2. Hélène de FOUCHIER 9 janvier 2015 à 22:35 #

    Bravo pour votre courage dans lequel je me retrouve … Difficiles et si douloureux moments. On est groggy debout avec nos faiblesses ,nos petitesses . Merci d’avoir osez évoqué toutes ces fêlures ..,

  3. la tulipe 10 janvier 2015 à 10:00 #

    Merci d’avoir mis les mots sur ce que je ressentais et n’arrivais pas à formuler. Moi non plus, je n’ai pas leur courage! C’est pourquoi cette formule ne me convient pas. Je comprends mais elle ne me convient pas!

  4. nathchoco 11 janvier 2015 à 04:13 #

    ma question à moi c’est : combien de temps serons-nous tous Charlie ? Cet élan de solidarité signe-t-il le début d’une ère nouvelle où on ne se voile plus la face ? Ou l’on prend conscience ? http://www.unchocolatdansmonroman.fr/2015/01/combien-de-temps-serons-nous-tous-charlie.html
    Je pense que le sens du slogan que chacun reprend est plutôt : je suis aussi celui qu’ils ont battu car me voilà terrassé, je n’ai plus les mots, je ne comprends pas

  5. Laeti 12 janvier 2015 à 10:35 #

    Moi aussi je ressens de la peur, qu’il faut essayer d’évincer à tout prix. On ne peut pas vivre avec la peur au ventre. Sinon, ILS auront réussi leur coup.

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