Peine perdue, Olivier Adam

9 Déc

peine-perdue

 

Il aura fallu du temps pour que je me plonge dans le dernier roman d’Olivier Adam. Comme après une déception amoureuse, on peine à faire à nouveau confiance, la lecture des Lisières m’avait profondément énervée. Où était passé cet écrivain de l’intime, celui qui allait au cœur des émotions sans avoir besoin d’en faire trop, sans démonstrations grandiloquentes, sans vouloir impressionner le microcosme littéraire ?

Il aura fallu un défi pour me plonger dans Peine perdue. Le combat n’était pas gagné d’avance, il allait falloir me séduire à nouveau, me faire oublier l’échec. Les échos que j’en avais eu, les interviews d’Olivier Adam ne m’incitaient pas, je craignais la démonstration, ce lien du collectif et de l’individuel qu’il répétait sans cesse.

Il a fallu se rendre à l’évidence.

Déposer les armes.

Le résultat est brillant.

La dernière page tournée, une respiration un peu plus profonde et Waouh pour seul mot.

Balaise, costaud, époustouflant.

Une fois passée la douce surprise, prendre mon clavier et vous en parler.

Vingt deux portraits de héros ordinaires, point de super pouvoirs ou de vies extraordinaires, juste le quotidien et son flot de désillusions, ces doutes et entraves qui empêchent de rêver sa vie. Et ce lien, ce vivre ensemble que l’on décide ou que l’on subit. Le lecture les découvre, comme on se baladerait un soir de décembre dans une rue déserte tentant de deviner ce qui se joue derrière les fenêtres éclairées, plonger dans l’intimité de chacun, de ces êtres que l’on effleure, ces visages que l’on reconnaît mais que l’on ne connaît point. Une plongée dans l’humain.

Une station balnéaire hors saison. Une tempête dévastatrice. L’agression d’une star locale. Trio gagnant pour entrer dans le roman noir. Une atmosphère pesante dans laquelle on est projeté en quelques phrases bien choisies, et ce fil tendu de la première à la dernière page, savoir pourquoi, connaître le destin de ces gens, par petites touches, comme on avancerait dans le noir, tâtonnant.

La construction est admirable, découvrir le personnage principal par le truchement des gens qui l’entourent de près ou de loin, de cette communauté où chacun tente de gagner sa place, de survivre et de continuer à avancer, son fardeau sur le dos.

Tout est nécessaire, rien de superflu, des émotions et de la sensibilité, des soupirs et des questions qui se créent.

Un livre comme un petit monde qui donne à voir celui dans lequel on évolue et où l’on tente parfois de survivre. Un cri.

Bluffant.

Bravo Monsieur Adam.

 

Ce livre a été lu dans le cadre des matchs Price Minister 2014.

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12 Réponses to “Peine perdue, Olivier Adam”

  1. sabine 9 décembre 2014 à 16:46 #

    Charlotte … ta chronique est somptueuse. Tu me donnes vraiment envie de renouer avec les mots d’Olivier Adam, ce qui n’était pas gagné, tellement j’avais été déçue par Les Lisières. Merci Charlotte d’écrire si bien, de faire passer de si belles émotions. Tu es une grande lectrice et une grande chroniqueuse (quand au reste… tu y es aussi, je n’en ai aucun doute). Insatiable oui !!

  2. lucie38 9 décembre 2014 à 17:21 #

    j’adore ton billet. Je vais revenir à la lecture de cet auteur qui m’a tant déçu avec ses lisières…

  3. Sido 9 décembre 2014 à 21:02 #

    J’aime beaucoup ta conclusion… Je le lirai à l’occasion…

  4. zarline 9 décembre 2014 à 22:26 #

    Sans réussir à l’expliquer, je n’ai jamais été tentée par Olivier Adam. Ton billet pourrait me faire changer d’avis, même si je pense que cet auteur est trop dans l’émotion pour moi.

  5. enviedlyre 10 décembre 2014 à 08:18 #

    C’est un des livres de ma wishlist

  6. clara 10 décembre 2014 à 09:38 #

    Trop déçue par les lisières( et par son comportement lors d’une rencontre), c’est fini entre lui et moi 🙂

    • insatiablecharlotte 1 janvier 2015 à 15:14 #

      Je disais la même chose Clara, et pour les lisières et par son comportement, et puis il y au les matchs Price minister… et franchement je suis heureuse de l’avoir lu!

  7. Caroline Doudet 10 décembre 2014 à 16:56 #

    Toujours dans ma PAL…

  8. eloalice 12 décembre 2014 à 13:13 #

    J’hésitais à le lire mais après ta chronique, je suis convaincue.

  9. nathchoco 29 décembre 2014 à 15:09 #

    et en même temps c’est cela l’univers d’Olivier Adam : une station hors saison, la proximité de la mer, une ambiance sombre, grise, le désespoir… J’avais adoré Des vents contraires. Comme toi déçue (Le coeur régulier), j’avais abandonné la lecture de cet auteur et ne suis pas allée vers Les lisières. Celui-ci est-il aussi brillant que ton billet le laisse entendre ? Si oui je reprendrai avec plaisir la découverte d’olivier Adam 😉

    • insatiablecharlotte 1 janvier 2015 à 15:10 #

      La construction de ce roman est vraiment bluffante, et Olivier Adam ne cherche pas à prouver quelque chose dans ce roman, à la différence des Lisières. Un vrai bon roman.

  10. Virginie 28 mars 2015 à 12:17 #

    Magnifique billet ! J’adore Olivier ADAM depuis ses premiers romans, il m’épate de réussir à écrire ce que nous sommes..Et c’est quelqu’un de touchant, doux, timide !
    Ton blog me plait beaucoup (et pas que pour cette chronique !)

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