Dans le jardin de l’ogre, Leila Slimani

19 Nov

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Adèle est seule. Désespérément. Dans son couple. Dans son rôle de mère. Dans sa vie.

De cette solitude qui rend fou, seul au milieu de tous.

De cette solitude imposée dont on voudrait se défaire, qui crée l’addiction, le besoin d’être aux autres, d’être à soi.

Adèle se perd dans les corps des hommes, une fois et on passe, point d’attache ou d’amants réguliers, juste un coup et au revoir. Sans plaisir. Juste se sentir vivante, une seconde. Puis misérable la seconde suivante.

Adèle pourrait tout avoir comme disent certains, un mari, des conditions matérielles confortables, un bébé. A cette vie lisse et parfaite, s’ajoute la seconde, celle qu’elle dissimule dans un carnet, qui l’oblige en permanence à des pirouettes et des faux semblants.

Incapable de se sortir de ce cercle vicieux qui l’aspire, Adèle est l’incarnation du processus d’addiction parfaitement décrit dans ce roman, similaire quel qu’en soit l’objet. Le sexe ici, il pourrait être la drogue ou l’alcool. Le manque, le besoin, l’assouvissement, la désolation. Et encore et encore. Une seconde de sensation pour des heures de mal être.

Et le lecteur assiste à cette vie, sans voyeurisme et sans jugement à cette chute, inévitable après une telle déchéance, il fallait le caillou dans la chaussure pour que la vie bascule, pour que le mari comprenne et s’empare de la fragilité d’Adèle, car c’est finalement cela qu’il reste, le mal être d’une femme enfermée dans des rôles, la fragilité d’une vie qui voudrait être vécue pleinement.

Une écriture chirurgicale, le décor et le reste du monde n’existent pas, juste elle, Adèle et son manque, Adèle et sa quête d’une raison de vivre. Et puis, comme une seconde partie, un autre roman, le basculement, l’instant d’après, celui où le mensonge n’a plus cours.

Un premier roman troublant, rien de trop, un style épuré- amateur de jolies longues phrases, passez votre chemin-, comme le manque et le mal être, l’écriture est à vif. Sans jamais juger alors qu’il aurait été tellement facile de le faire, Leila Slimani nous livre une tranche de vie, avec certaines fulgurances prenantes, qui vous enserrent la gorge, sur ces sentiments qui parfois nous traversent mais que l’on voudrait taire.

Un premier roman obsédant et entêtant, que l’on lit d’une traite, attirée par les mots et par cette femme déroutante, comme pris au piège de ce livre que l’on ne peut refermer qu’une fois la dernière ligne lue.

Un premier roman ébouriffant et original !

Extraits 

« De toute façon, elle ne les entend plus. Elle est ombrageuse, amère. Ce soir, elle n’arrive pas à exister. Personne ne la voit, personne ne l’écoute. Elle n’aspire qu’à être voulue. »

 

« Adèle a fait un enfant pour la même raison qu’elle s’est mariée. Pour appartenir au monde et se protéger de toute différence avec les autres. En devenant épouse et mère, elle s’est nimbée d’une aura de responsabilité que personne ne peut lui enlever. Elle s’est construit un refuge pour les soirs d’angoisse et un repli confortable pour les jours de débauche. »

 

« Tu sais, tu es tout aussi ordinaire que nous, Adèle. Le jour où tu l’accepteras, tu seras beaucoup plus heureuse. »

 

 

 

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8 Réponses to “Dans le jardin de l’ogre, Leila Slimani”

  1. sophieadriansen 19 novembre 2014 à 21:18 #

    Très très tentée !

  2. Charlotte 24 novembre 2014 à 11:49 #

    J’aime bien les plumes épurées, minimalistes. Ce roman a l’air troublant, un peu dérangeant, il m’intrigue !

  3. nathchoco 29 décembre 2014 à 15:15 #

    Sujet pas facile car l’on peut tomber dans une banalité sombre. Si le pari est réussi je tente ce nouvel auteur (pardon mais je ne peux me résoudre à mettre auteur au féminin !). J’aime aussi les plumes sans chichi, le mot juste.

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