La chute des princes, Robert Goolrick

27 Oct

Ce livre est une bombe.

Trois heures que je tapote mon clavier sans parvenir à trouver la phrase d’entame, celle là est facile mais la facilité est souvent la meilleure conseillère.

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Ce roman est ébouriffant, de ces livres que l’on ouvre avec curiosité, que l’on dévore avec avidité et qui vous laisse totalement ébouriffé, en remerciant le bourreau ultra talentueux pour les gifles reçues. De ces grands romans qui parviennent à dépeindre avec précision un personnage, avec ces émotions et ses doutes, que l’on pourrait haïr mais que l’on aime quand même (incroyable coup de maître de l’auteur), tout en dressant le portrait d’une époque, de ces romans qui comptent.

Ici, c’est une plongée dans le Wall Street des années 80 où une meute de jeunes loups se pensent les rois du monde en spéculant à toute heure, sniffant de la coke entre deux deals, consommant sexe et alcool sans restrictions. Une plongée dans l’orgie. Jusqu’à l’arrivée du mal, de celui qui ne cessera pas les festivités mais qui les rendra plus sombres: le SIDA. De cette insouciance décadente  où rien n’a de valeur quand tout s’achète, le corps des femmes comme des objets, les lignes de coke comme des bonbons, les aller retour à Vegas comme une évidence,tout y est. Jusqu’à la chute, inévitable, l’erreur fatale, à trop se croire invincible.

Et c’est là que réside la force de ce récit et le talent indéniable de Robert Goolrick,le choix d’une trame narrative déconstruite, loin d’une gentille et facile histoire linéaire de la chute précédant l’ascension. Le postulat ne laisse pas de doute: la chute a eu lieu, on le sait et pourtant on reste, tant les errements et les détours de Rooney sont addictifs.Le puzzle se construit au fur et à mesure, à la vitesse des réminiscences d’une vie passée, des souvenirs qui éclairent la vie présente,. Rien de lisse dans ce roman, rien de trop dans ces mots affûtés (Bravo à la traductrice), point de cynisme ou d’angélisme, pas d’œillères ou de dissimulation,  tout est là, à nue. Approchez Mesdames et Messieurs, rien ne vous sera épargné.

Une quête de rédemption? Aucunement. Peut être une façon d’expier les fautes, sans chercher le pardon (même si un passage sur ce thème est l’un des meilleurs du roman!). Ou simplement une quête, celle d’être aimé, dans son intégralité pour ce qu’il a été et ce qu’il est. Comme son personnage (son avatar) Robert Goolrick ne demande sans doute qu’une chose: « Je veux qu’on m’aime inconditionnellement et qu’on me laisse complètement seul!. »

En filigrane, se cache une réflexion profonde et diaboliquement intelligente sur ce que doit être une vie et son immense solitude,  sur ces manques qui bouffent autant qu’ils nous nourrissent et sur ces rencontres qui peuvent sauver, un peu.

Un roman puissant qui fait, définitivement, entrer Robert Goolrick dans la cour des grands auteurs américains!

Extraits

« La gamme de la réussite compte un million de notes. L’échec, en revanche,n’est qu’un martèlement monotone sur le cuivre du gong. »

« La vérité, c’est que je n’éprouvais pas de respect pour mes choix, ni aucune fierté à me comporter ainsi. C’était simplement pour m’amuser, pour planer, pour la montée d’adrénaline de la flambe, si bien que l’argent que je gagnais ne signifiait rien pour moi. Il n’y avait ni temps ni avenir. Seulement un tas de fric. »

« Quand j’avais son âge, j’adorais mon travail. Il faut dire qu’il offrait des avantages conséquents, dot celui de me rendre riche et puissant. Son seul défaut, finalement, c’est de m’avoir déchiqueté vivant. »

 

Rendez vous sur France Bleu Maine à 18h35 pour parler de ce roman à lire sans attendre!

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10 Réponses to “La chute des princes, Robert Goolrick”

  1. jostein59 27 octobre 2014 à 08:11 #

    Je m’en doutais…maintenant, aucun doute, je dois lire ce livre. Il y a au moins cinq ou six mots dans ta chronique qui font tilt chez moi.

  2. Célestine Causette 27 octobre 2014 à 11:10 #

    Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu en dis! Tu utilises le mot « ébouriffant », moi je qualifie ce roman de « vertigineux ».
    J’avais déjà adoré son précédent roman (Arrive un vagabond), Goolrick ne m’a pas déçue.
    🙂

  3. Micmelo 28 octobre 2014 à 00:00 #

    Déjà que Marjorie en a fait un coup de coeur, je vais le mettre au dessus de la pile vite fait bien fait !

  4. Sido de Errances immobiles 1 novembre 2014 à 22:50 #

    J’avais beaucoup aimé « Arrive un vagabond ». Pas sûre que le thème de celui-ci me plaise mais j’aime tellement l’écriture de cet auteur que j’y viendrai quand même.

    • insatiablecharlotte 17 novembre 2014 à 11:42 #

      Le thème ne doit pas affoler, car il y a des interrogations profondes, sur ce que l’on attend d’une vie… A découvrir!

  5. Rouge velours 5 novembre 2014 à 19:06 #

    L’histoire me fait penser au film de Scorsese « Le loup de Wall Street »!
    Je le note! Je n’ai rien lu de lui!

    • insatiablecharlotte 17 novembre 2014 à 11:37 #

      Le parallèle est totalement fondé mais La chute des princes a un côté touchant que n’avait pas selon moi le film. Un livre vraiment excellent!

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