Si on parlait écriture avec Caroline Vié?

16 Oct

Caroline Vié avait livré, en 2012, Brioche, un premier roman détonnant, dérangeant avec l’utilisation de ce « tu » qui donne la sensation au lecteur d’être pris à parti, un roman sans conteste singulier,  dont j’avais parlé sur Générationnelles . A l’aube de la parution de son second roman, elle a accepté de répondre avec humour et générosité à mes questions!

Crédits: Delphine Jouandeau

Crédits: Delphine Jouandeau

 

1.L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

« Write like you’re in love. Edit like you’re in charge ». James Scott Bell a tout dit. Je me laisse aller au fil de la pensée avant de tout reprendre et de tailler à la serpe puis au scalpel. Comme j’ai du mal à ne pas retomber dans mes mauvais penchants pour les « blagounettes », je passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux quand je travaille sur une fiction. Bizarrement, cela m’aide à me concentrer et à épurer mon récit en offrant un exutoire à mes plus mauvais jeux de mots.

2.Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman publié et maintenant ?)

Ecrire des articles est mon métier. La fiction, ma drogue récréative. Je ne compte pas les heures passées devant mon ordinateur. L’écriture est un muscle que j’exerce constamment sous des formes diverses.

3.Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Brioche, publié en août 2012 chez Jean-Claude Lattès. Une déclaration d’amour à quelqu’un qui s’est tué depuis. Ce n’était pas l’effet espéré.

4.Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

J’ai toujours fait partie de ces élèves dont le professeur devait arracher la copie. Et je n’éprouve de satisfaction réelle que quand j’enlève mes chaussures à talons hauts après une soirée. Mon côté Rolling Stone sans doute

5.Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Brioche est mon deuxième roman. Le premier était effroyable. Il est normal qu’il n’ait pas trouvé preneur. J’ai connu des tonnes de refus, des marques d’intérêt puis une belle histoire d’amour réciproque chez Jean-Claude Lattès avec mes éditrices Karina Hocine et Caroline Laurent. L’édition, c’est une relation sentimentale. Il faut tomber sur les bonnes personnes, celles qui vous désirent suffisamment pour vous donner envie de les étonner et vous aiment assez pour ne rien vous passer.

6.Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ? Des recherches ?

J’observe constamment les gens. Je pose beaucoup de questions. Je prends des notes, sur tout, tout le temps. Je suis souvent incapable de me relire ce qui opère un premier tri. Je garde en mémoire les choses qui me semblent utilisables quitte à les recycler là où je ne les attends pas. Je me ménage des surprises. Sinon, je m’ennuie. Quand j’écris, je descends en rappel dans un puits très profond avec une toute petite loupiote tremblotante. Ce sont des moments de joies célestes, de torture intense et d’excitation absolue. Je ne connais rien de meilleur que l’instant où une intrigue se débloque, où l’Idée arrive et que le dispositif se met en place comme par magie. Quand j’ai fini de jouer à Tetris avec mon texte, je fais lire une première mouture à ma garde rapprochée puis à des gens que j’estime mais qui me connaissent moins. Je n’attends pas d’eux qu’ils me disent que je suis un génie. Je fais ça très bien toute seule. J’espère une franchise bienveillante. Je retravaille ensuite en tenant compte (ou pas) de leur suggestions…

Brioche 1

7.Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ?

Rien. On est dans une inconscience totale. C’est après que les choses se compliquent

8.Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

L’incrédulité vite remplacée par la terreur de ne pas être capable d’en faire un deuxième. Puis, quand vient le deuxième roman, l’incrédulité vite remplacée par la terreur de ne pas être fichue d’en écrire un troisième. J’en suis là.

9.Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Que je l’ai écrit pour de mauvaises raisons et qu’il a débouché sur de bonnes choses. Je ne le relirai pas avant longtemps.

10.Etre écrivain, c’est…

Un plaisir et une douleur d’une qualité exceptionnelle. Passer sans transition de « Je vais révolutionner la littérature » à « Je suis une nullité » en un grand écart intellectuel insensé. Penser qu’on est une imposture et espérer maintenir l’illusion le plus longtemps possible. Tenter de trouver l’équilibre entre l’humilité et l’outrecuidance. Penser à écrire des livres de temps en temps…

11.Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Il faudrait être fou pour rêver d’être à ma place. Celles ou ceux qui pourraient le souhaiter mériteraient d’essayer et se verraient bientôt vêtus d’un joli pyjama très ajusté dans une chambre aux murs mous ! Plus sérieusement, je leur recommanderais de ne pas lâcher l’affaire et de ne surtout pas se laisser dévorer par l’aigreur s’ils mettent du temps à trouver un éditeur. La jalousie ne fait pas avancer les choses. Je suis la preuve qu’on peut y arriver.

12.Citez trois ouvrages fondateurs

Mes romans. Brioche: Dépendance Day (à paraître en février 2015 chez Jean-Claude Lattès) et celui que j’écris en ce moment. Cela ne veut pas dire que je les trouve bons. Juste qu’ils ont faits de moi ce que je suis et vice-versa.

J’ai aussi l’œuvre complète de Colette sur ma table de nuit, tellement lue et relue que je rachète l’intégrale quand les pages se détachent. Trois hommes dans un bateau de Jérome K. Jerome et Mort à Venise de Thomas Mann.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :