Sous les couvertures de Bertrand Guillot

29 Sep

Bertrand Guillot nous embarque dans un rêve d’enfant (et de grands enfants ? ) : croire que les livres ont une vie.

A la manière de Toy Story qui donne vie aux jouets une fois l’enfant endormi, ici c’est au réveil des livres que l’on assiste.

Parce qu’il est bien connu que le week end, dans la librairie du quartier, les livres se dégourdissent les pages, se lamentent sur leur sort, refont le monde et se racontent des histoires.

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Mais en cette fin de semaine, une peur règne sur la librairie : le carton de nouveautés du lundi, car qui dit nouveautés, dit faire de la place et pour certains livres, partir au pilon. Une fronde, à la manière des grandes fresques épiques s’organise pour tenter le casse du siècle: prendre la place de ces best seller qui se vendent par poignée pendant qu’eux, livres dont on ne parle que trop peu (et qui pourtant le mériteraient davantage?), stagnent sur leurs étagères, pour atteindre le graal: finir entre les mains de lecteur attentionné, destinée glorieuse d’un livre.

A travers ce conte drôle, tendre et mordant  (et non pas décalé et jubilatoire, cf extrait ci dessous), Bertrand Guillot offre un portrait réaliste et intelligent du monde littéraire et dresse l’inventaire des défis auxquels il est confronté : l’arrivée du numérique, les obligations de rendement de l’édition, la survie difficile des libraires indépendants notamment. Mais en lieu et place d’un essai pompeux, toutes ces critiques sont faites avec humour et subtilité, dans des scènes particulièrement drôles.

Cette échappée dans le microcosme littéraire s’effectue par le truchement de cette fronde des livres, mais aussi par ces vies que l’on suit: celles du librairie vieillissant en proie à ses regrets et de sa jeune assistance qui voudrait bien qu’on lui laisse la main, le quotidien trépidant d’une critique littéraire ou encore la vie des auteurs (des livres qui sont en train de faire leur révolution) dans les salons notamment.

Tout est tissé avec délicatesse, saisissant de réalisme, on se prend à reconnaître les traits d’un auteur en vue et on voit déambuler ce petit monde sous nos yeux amusés.

Derrière tout ce décor et ces personnages, l’ambition de ce roman est sans doute (ou peut être pas du tout) de rentre un hommage vibrant aux livres et aux lecteurs, d’ériger une ode à la gloire de la littérature, celle qui nous permet d’avancer et nous fait grandir, celle qui nous sauve chaque matin, tout en conservant une pointe d’ironie, afin d’écarter tout risque de naïveté.

Un roman pétillant dans lequel, finalement, Bertrand Guillot nous offre le plus beau rôle, le plus authentique sans doute, celui de lecteur.

Un roman à dévorer, à aller acheter chez votre libraire préféré, et à choyer.

Et attention, vous fermerez ce roman avec un sourire aux lèvres, jetant un coup d’œil inquiet mais amusé à votre bibliothèque, et en vous confortant dans l’idée le livre n’est pas un objet comme les autres ! Il est vivant, mais chut.

Extraits :

« Sur le stand leur parvenaient les échos des débats, au bout du chapiteau. Les auteurs jouaient aux écrivains, et l’animateur enchaînait les poncifs littéraires. Une voix. Une petite musique. Décalé et jubilatoire. Ciselé ou déjanté. Mélangez, secouez, servez chaud. Et pour faire bonne mesure, on se demandait régulièrement, sous n’importe quel prétexte, si ce n’était pas précisément cela, au fond, la littérature. »

 « -Et si le grand livre, c’était celui devant lequel le lecteur se sent tout petit ? demanda Conteur. Et tous convinrent que cela était juste. »

 « Elle passa délicatement la main sur la tranche, retourna l’ouvrage pour en découvrir le dos, puis l’ouvrit au hasard. Elle aimait ces premières rencontres, les prémices d’une histoire possible entre elle et un auteur. »

 « Les livres portaient les espoirs démesurés et les doutes abyssaux de leurs auteurs, ce qu’ils avaient vécu et ce qu’ils auraient aimé vivre, ainsi que d’infimes morceaux d’âme dont ils n’avaient pas consciente. Ils portaient aussi l’amour et les calculs de l’éditeur, les fuites du stylo et les pannes d’ordinateurs, les plaques de l’imprimeur et la colle du relieur qui en bout de chaine leur donnait vie. »

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10 Réponses to “Sous les couvertures de Bertrand Guillot”

  1. Sido de errancesimmobiles 29 septembre 2014 à 19:36 #

    Oh ben zut ! Voilà que tu me donnes envie de le lire… Avec tout ce que j’ai déjà sous le coude… !

    • insatiablecharlotte 30 septembre 2014 à 09:26 #

      Oui mais pour une amoureuse des livres, ce livre est un moment particulier! Un vrai plaisir qui donne le sourire!

  2. Valentyne 29 septembre 2014 à 20:36 #

    Chouette, je le lis bientôt 🙂
    Bonne soirée Charlotte 🙂

  3. Ce titre me fait de l’oeil depuis un moment et ta critique ne fait que renforcer mon envie de le lire !

  4. jostein59 30 septembre 2014 à 07:04 #

    Ce livre que je vois de plus en plus sur les blogs m’intriguait. Evidemment, quand je lis ta chronique, je comprends tout ce qu’un bon auteur peut tirer d’un tel sujet. Et j’ai bien envie, moi aussi, de m’amuser avec cette aventure livresque.

    • insatiablecharlotte 30 septembre 2014 à 09:30 #

      Le panorama littéraire est complet et lorsqu’on baigne dans les livres, c’est vraiment drôle! C’est un hommage aux livres objets, à ceux qui nous accompagnent et que l’on se doit de défendre!

  5. milleetunefrasques 30 septembre 2014 à 09:30 #

    Un régal !!

Trackbacks/Pingbacks

  1. Votre valise de livres | L'insatiable - 16 juillet 2015

    […] Sous les couvertures de Bertrand Guillot […]

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