Le dernier gardien d’Ellis Island, un carnet de vie sublime.

16 Sep

Lorsque Gaëlle Josse s’empare de sa plume, c’est pour exposer nos déchirures, disséquer ces instants de basculement qui nous mettent face à nous même, sans possibilité de détourner le regard, contraint de se regarder sans fard et sans costume.

Une nouvelle fois, elle parvient au cœur de l’humain avec son dernier gardien d’Ellis Island.

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Novembre 1954, John Mitchell est à 9 jours de la fermeture du centre d’immigration (et de rétention) dans lequel il a passé sa vie, en tant que gardien puis directeur. A neuf jours de tourner la page sur sa vie, il décide d’affronter fantômes et blessures et de figer ces souvenirs dans un carnet, pour faire le bilan de ces instants qui font une vie.

Un carnet à vif sur les choix d’une vie, comme un hommage aussi aux empreintes que l’autre laisse sur nous, à la responsabilité que l’on peut avoir (ou se donner) vis-à-vis de ceux que l’on aime ou que l’on côtoie.

Une introspection touchante et universelle, servie par une plume musicale et sincère, au plus près de ce qu’est l’être humain, dans ce qu’il a de pire et de meilleur.

Une vie rendue particulière par son insularité, comme si lui aussi avait choisi l’exil, vivre en dehors du monde et de sa fureur, pour côtoyer ces vies en suspens, en attente d’une nouvelle identité.

Une réflexion intelligente sur l’exil, sans naïveté ou grandiloquence, au plus juste de ces parcours de vies, de ces vies de passages.

Ellis Island est un lieu singulier, qui se ressent, comme si les murs avaient décidé de vous raconter ce qu’ils ont vu, les odeurs, les bruits, les mille langues parlées, les pleurs d’enfants, les souffrances que l’on étouffe, ses malles contenant quelques objets, comme des talismans de la vie d’avant, avant de rêver à l’Amérique, de croire que plus douce sera la vie de l’autre côté du monde. Gaëlle Josse parvient avec brio à relater cette ambiance, à serrer la gorge en pensant à ces vagues de passagers que l’on débarquait par centaines et que l’on marquait d’une lettre.

Un roman sensible, profondément émouvant et d’une puissance magnifique.

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Extraits

« Je sais que c’est une injustice parmi tant d’autres, un drame parmi tant de drames, mais c’est le mien. »

« Et s’ouvre la Porte d’or… Pour beaucoup, elle n’aura été qu’un portail grinçant et ils n’auront cessé de l’embellir pour les générations à venir. Car aucun miracle ne les attendait ici, sauf celui dont ils seraient les seuls artisans. »

« Et j’ai vite réalité que l’exercice d’un pouvoir, d’une autorité, si minime et dérisoire soit-elle, s’accompagne de silence, de solitude et de réserve quant à l’expression de ses sentiments. De tels paravents me convenaient parfaitement. J’ai endossé le rôle. »

 

Retrouvez Gaëlle Josse sur le blog dédié à ce roman: le dernier gardien d’Ellis Island.

Et si vous ne connaissez pas cette grande dame, alors écoutez là parler écriture et retrouvez mes émotions de lecture concernant ses précédents romans: Nos vies désaccordées et Noces de neige.

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2 Réponses to “Le dernier gardien d’Ellis Island, un carnet de vie sublime.”

  1. jostein59 17 septembre 2014 à 07:02 #

    Une très belle chronique pour un très beau livre. Je viens de le terminer. Gaëlle Josse est vrailent une auteure remarquable.

Trackbacks/Pingbacks

  1. Votre valise de livres | L'insatiable - 16 juillet 2015

    […] Le dernier gardien d’Ellis Island de Gaëlle Josse […]

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