Si on parlait écriture avec Sophie Van der Linden ?

5 Sep

Sophie Van der Linden s’empare de ces existences que l’on cache, de celles auxquelles on pense quelques secondes avant de les oublier, parfois elles font tirer une larme aux plus sensibles, et puis on oublie. Ma pauvre petite dame, on ne peut pas porter toute la misère du monde sur nos épaules, chacun son lot. Sophie Van der Linden parvient dans une langue poétique et minimaliste à nous plonger dans ces vies sans lumière et finalement par sa plume à les rendre immortels. La semaine prochaine, je vous parlerai de sa Fabrique du Monde et de son nouveau roman L’incertitude de l’aube. En attendant, venez l’écouter parler écriture et découvrez son univers sur son blog!

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1.L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Rien d’inné pour moi. J’écris parce que j’ai lu. Comme l’enfant qui vient au langage séduit par le bain de langue que lui apporte son entourage, je viens à l’écriture parce que je suis touchée par des textes qui, au fil des années, s’imprègnent en moi. Sans doute est-ce le jour où je me suis véritablement sentie bercée par cette « petite musique de la langue » que j’ai pu m’autoriser à produire la mienne.

2.Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman publié et maintenant ?)

Cela dépend beaucoup de l’évolution du projet. Plus que tout, j’aime cette période où, précisément, on n’écrit pas encore, où tout mûrit uniquement en tête : l’intrigue, la narration, tout est suspendu, flottant, malléable. Alors là, oui, ce sont de très nombreuses heures par jour dédiées à ce travail de construction.

Quant à l’écriture elle-même, d’abord, très rapidement, quelques pages. Puis, un long et lent mûrissement. Ensuite, quand je sens que c’est prêt, des « campagnes » d’écriture assez furieuses où je ne fais que cela. Je peux faire lire les premières pages pour tester la tonalité du style, mais ensuite, j’attends d’avoir achevé totalement le texte.

3.Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

C’est une histoire qui me traverse l’esprit comme une flèche, peu importe de savoir où et quand. Ensuite, elle distille son charme au fil des années et, un jour, je dois l’écrire.

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4.Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Cela s’arrête quand on n’en peut plus des relectures et corrections. Je veux dire quand physiquement on n’en peut plus d’un texte ! J’ai l’impression que cela dépend beaucoup du premier jet. Il m’est arrivé de lutter indéfiniment sur un passage parce qu’il était bancal dès le départ. J’ai plutôt tendance à penser que, dans ce cas, c’est assez irrécupérable.

5.Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

J’ai eu de la chance, beaucoup de chance : premier écrit, premier envoi, premier contrat et première, magnifique, aventure.

6.Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ?

Pour La Fabrique du monde – une narration à la première personne du singulier épousant le flux de pensées d’une jeune femme de 17 ans – je tenais à offrir une langue à la fois vraisemblable, mais sans mimétisme, et assez « écrite », approchant la prose poétique. L’équilibre fut tout à la fois difficile à trouver et difficile à maintenir. Si j’osais, vu le contexte du livre (une usine textile) je dirais que j’ai eu le sentiment de marcher sur un fil, sans cesse menacée de tomber soit dans la naïveté, soit dans le trop sophistiqué. C’est le travail sur le rythme, sur les blancs qui m’a permis d’asseoir cette langue.

7.Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Ah ! Pas grand-chose à vrai dire, peut-être parce que j’ai, auparavant, déjà publié plusieurs livres (des ouvrages critiques)… À dire vrai, la réception du livre imprimé déclenche le plus souvent en moi une sorte de déprime. Mais l’enthousiasme est ranimé avec le tout premier retour de lecture, qui compte énormément.

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8.Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Ce récit est celui qui m’a fait entrer en écriture, j’y reste donc profondément attachée.

9.Etre écrivain, c’est…

Une expression écrasante dans laquelle je ne me reconnais pas.

10.Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait… 

Je serais très pragmatique : soigner ses envois aux éditeurs, choisir d’adresser son manuscrit à une maison dont le catalogue correspond à l’écriture. Ainsi, vous serez nécessairement lus. Après…

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11.Citez trois ouvrages fondateurs

Très classique, mon indétrônable triumvirat : Du côté de chez Swann, Marcel Proust, Ulysse, James Joyce et Au-dessous du volcan, Malcom Lowry. Trois grands piliers de l’écriture de la subjectivité.

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