Les amants spéculatifs, Hélène Risser

3 Sep

L’application des règles de la finance aux relations amoureuses ou la réécriture moderne du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, c’est ainsi que l’on pourrait présenter le roman d’Hélène Risser. Il mérite mieux!81++m1qgCOL

 

Avant toute chose, avant même le fond, ce roman est un objet littéraire intéressant, comme une enquête qui se construit pièce par pièce, à l’aide de notes d’entretiens, de journaux intimes, de carnets griffonnés et d’extraits de roman. Le choix narratif est intelligent et se prête admirablement à l’histoire qui nous est contée. Rien de linéraire, de narrateur omniscient qui déroulerait le fil, mais des changements de ton, de rythme, la même histoire abordée par deux protagonistes qui révèlent le jeu caché de chacun, les manipulations quotidiennes, les mensonges envers les autres et surtout envers soi même.

L’histoire, quant à elle, est à ressorts multiples. Le postulat: Hélène est chargée par son éditrice de rédiger l’autobiographie d’une banquière de haut vol, Anna B, incarnation, aux yeux du plus grand nombre,  de la réussite au féminin: mariée, des enfants, des responsabilités et un joli compte en banque.

Rien d’aussi simple.

Sa vie intime est régentée par des contrats et des règles établies, point de place aux émotions et à l’imprévu, aussi quant elle décide de trouver son salut dans les règles de la finance qu’elle va effectivement appliquer à la recherche d’amants, tout sera calculé, dicté par des théorèmes et notamment la théorie des jeux. Hélène Risser va loin dans la démonstration, pour mettre à jour notre volonté de régenter notre vie selon des règles que l’on exècre quand elles sont appliquées par des financiers.

Prendre des risques calculés, planifier pour ne pas être surpris, laisser l’imprévu pour de rares occasions. C’est ce à quoi nous aspirons tous les jours, et pourtant le jeu serait plus drôle si on laissait le hasard reprendre les rênes, lâcher prise, si la carapace se fissurait un peu.

Un roman étonnant, qui dénonce autant qu’il prête à sourire, on est déboussolé par cette Anna, sans savoir si on doit l’aimer ou la détester, qui est loin du sort trop souvent réservé aux femmes en littérature.

Roman résolument original et intrigant (tant qu’il a été difficile de rédiger ce billet)!

 

Extraits

« De plus, si je ne m’abuse, c’est à ça que servent les livres: toucher la vérité, quand on est assis seul, sans témoin de ses faiblesses. « 

« Charles répond qu’aujourd’hui tout le monde arbitre sa vie en bon investisseur, entre risque et bénéfice. Le couple, le travail et parfois les vacances, tout fait l’objet de calculs et d’anticipations. « 

« Les Français sont devenus les petits capitalistes de la sphère de l’intime et les grands pourfendeurs de celle de l’économie. « 

« Mettre de l’ordre dans leur vie, dans leur couple, leurs affaires, et c’est cette mise en ordre qui leur donne du plaisir, après s’être procuré le bref frisson du jeu. »

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3 Réponses to “Les amants spéculatifs, Hélène Risser”

  1. irreguliere 3 septembre 2014 à 12:23 #

    Oui, c’est un roman très étonnant, et qui fait plaisir à lire !

Trackbacks/Pingbacks

  1. Si on parlait écriture avec Hélène Risser? | L'insatiable - 12 septembre 2014

    […] ressentis d’auteur et nous parler écriture sans détours. Hélène Risser, auteur du roman Les amants spéculatifs, vient répondre à mes […]

  2. Votre valise de livres | L'insatiable - 16 juillet 2015

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