Eric Reinhardt et les femmes

29 Août

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Je me suis posée la question de l’intérêt de cette critique, tant ce livre est partout. Une petite voix de plus, est ce bien nécessaire ?

Nécessaire, sans doute pas mais mon histoire avec Eric Reinhardt ne date pas de ce roman, alors oui il a sa place dans ma sphère, parce que le système Victoria a été un de ses livres qui se comptent sur les doigts de la main, ces livres qui vous mettent KO, j’ai eu du mal à en parler les jours suivants, impossible de rédiger une critique tant le portrait de cette femme me hantait. Et puis, j’ai redécouvert Cendrillon, un roman totalement atypique. J’ai lu avec bonheur sa pièce de théâtre Elisabeth ou l’équité, là encore un portrait de femme qui trouvait à m’accompagner à un moment de basculement. Comme une évolution, comme mon évolution. Pas de jeu de miroirs avec ces personnages tant ils sont extrêmes mais des ressemblances, des sensations éprouvées.

 

Dans son nouveau roman, Eric Reinhardt parvient une fois encore à troubler, en dressant un portrait de femme grandiose, Bénédicte, que l’on voudrait croire, un temps, à l’opposé de cette Victoria ou d’Elisabeth, des femmes de pouvoir, mais il est bien connu qu’il ne faut pas s’attacher aux apparences, les parallèles existent, dans ce rapport des femmes au monde, au pouvoir et aux hommes.

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Ne vous laissez pas détourner par le début du roman qui peut déranger, où l’on peut se sentir de trop dans ce duo, dans cette rencontre entre l’auteur et sa lectrice, celle qui ose affirmer que des livres ont changé sa vie. Un début qui offre de beaux passages sur ce que les livres peuvent apporter tant aux auteurs qu’à leurs lecteurs, sans tomber dans la facilité ou la naïveté. Une réflexion comme un fil tendu tout au long du récit sur la place de la littérature dans le réel, sur ce trouble que l’on peut éprouver quand on croit aux pouvoirs des livres.

Eric Reinhart a ce talent de se réinventer à chaque livre, de moduler son écriture, de la faire s’incarner dans son personnage. Ici, le romantisme de Bénédicte, son héroïne, se ressent à travers des fulgurances poétiques, avec quelques aspects classiques, ce qui rompt avec l’écriture plus brutale de son précédent roman.

Une quête de soi, de ce rôle dans lequel on s’enferme et de l’impossibilité d’en sortir, de ce pas de côté que la littérature peut offrir et de la violence du retour à sa réalité.

Un personnage complexe, qui surprend sans cesse, qui agace parfois, et qui toujours émeut. On voudrait hurler pour cette héroïne qui demeure silencieuse, défoncer les murs qui l’entoure, tant on sent le malheur se refermer sur elle, sur nous.

Un roman exigeant et dense, une valse à mille temps qui peut donner le tournis. Attention, avant de commencer, une fois le premier pas esquissé, vous ne pourrez plus vous arrêter et il vous en restera des traces.

Certes, on parle de ce roman partout mais il en vaut la peine, vraiment.

Extraits

« Bien sûr, ce sont les livres, les livres des grands auteurs qui la guidaient dans cette recherche de l’exigence essentielle et poétique la plus élevée. Mais elle avait peur d’échouer, elle avait peur de se tromper, elle avait peur de rater sa vie. »

« Ils se reposent ici de leur réalité, c’est tout., lui disait-elle. Ces gens ne sont pas fous. »

« Elle attendait que toute la maisonnée fût endormie pour délaisser le rôle qu’on entendait lui faire jouer, et qu’elle jouait exemplairement, d’ailleurs, docile et performante, pour enfin se retrouver, regagner son monde intérieur véritable. »

 

Merci aux Editions Gallimard pour l’envoi de ce roman!

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5 Réponses to “Eric Reinhardt et les femmes”

  1. lalorelei 29 août 2014 à 11:55 #

    Tu as raison d’en parler, parce que de mon côté, je n’avais encore rien lu à son propos ! Je crois que je vais essayer un Reinhardt, peut-être le poche du Système Victoria, pour commencer.

  2. sophieadriansen 29 août 2014 à 16:28 #

    Eh bien, je crois que je vais y plonger…

  3. Sido 30 août 2014 à 18:23 #

    Une petite voix bien nécessaire puisque je peux ainsi découvrir cet auteur ! Merci !

  4. Louise 31 août 2014 à 09:29 #

    Heureusement que tu en parles car je ne connais pas cet écrivain,et ce que tu dis sur Le système Victoria ne peut que m’emballer. Pour le second ça attendra, par contre le titre très beau d’ailleurs n’a rien à voir avec l’histoire; où sont les forêts?

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