Si on parlait écriture avec Delphine de Vigan?

21 Août

Cela faisait longtemps que j’espérais obtenir les réponses de Delphine de Vigan à mes questions, c’est une auteur que je suis depuis longtemps, dont j’ai particulièrement aimé No et moi ou encore Les heures souterraines et plus récemment Rien ne s’oppose à la nuit. Je vous laisse donc en sa compagnie.

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1.L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je dirais 100% acquis, dans le sens où l’écriture est liée selon moi, avant tout, à notre relation au langage. C’est cette histoire-là qui se joue dans l’écriture : la découverte des mots, la langue avec laquelle on s’est adressé à nous enfant, la langue que l’on apprend à parler, la langue de l’amour, la langue du reproche ou celle des blessures, la langue de l’exil même dans son propre pays, la découverte de la chose écrite, de la lecture, etc…  C’est avec tout cela que l’on devient écrivain, les mots dans lesquels on baigne mais aussi ceux qui nus ont manqué.

Il n’empêche, ensuite, que c’est beaucoup de travail !

2.Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

J’écris depuis que j’ai douze ans. D’abord, et pendant longtemps, sous la forme d’un journal intime. J’ai commencé à écrire des livres alors que je travaillais encore en entreprise, du coup j’écrivais le soir et la nuit. Depuis que j’ai la chance de vivre de l’écriture, j’alterne entre des périodes « actives » et des périodes de jachère. Contrairement à certains écrivains, je n’écris pas tout le temps. Quand je suis « en écriture », je travaille entre 5 et 6 heures par jour.

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3.Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

J’ai envoyé d’abord un premier manuscrit par la poste à quelques éditeurs. Ce texte n’était pas suffisamment abouti pour être publié mais il m’a valu des encouragements de la part de certaines maisons. Sur les conseils d’une directrice littéraire que j’avais eu à l’époque au téléphone, je n’ai pas cherché à retravailler ce texte, je suis partie sur autre chose. J’ai envoyé ce deuxième manuscrit par la poste en priorité aux maisons qui m’avaient encouragée. Cette fois, j’ai eu plusieurs réponses favorables. Yves Berger, qui était à l’époque le directeur littéraire des éditions Grasset, a été le premier à m’appeler.

4.Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

En ce qui me concerne je ne suis jamais vraiment satisfaite. Je pourrais continuer à travailler sur un texte éternellement ! Il arrive un moment où l’on se rend compte qu’on ne fait plus rien d’autre que déplacer des virgules et les remettre le lendemain à l’endroit où elles étaient !! On a parfois le sentiment d’être allé au bout de ce que l’on pouvait faire avec un texte. En ce qui me concerne, soit je le laisse reposer (comme la pâte à crêpe), soit je le donne à lire à mon éditrice.

Quand je dois lire des extraits d’anciens romans à voix haute, je suis toujours tentée de les réécrire. C’est sans fin

5.Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

D’une manière générale, le processus est toujours plus ou moins le même : un an d’incubation (je me documente si nécessaire, je prends des notes, je rêvasse au livre fantasmé) puis je « rentre en écriture » ! Cela peut durer entre 12 et 18 mois. Je fais lire les dix premières pages à mon éditrice (parfois un peu plus), ensuite elle n’entend plus parler de moi jusqu’à ce que le livre soit terminé. Pour « Rien ne s’oppose à la nuit », j’ai fait une exception à mi parcours. Je doutais tellement du texte, que je le lui ai envoyé.

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6.Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ?

Oui, c’est bien ça le plus difficile : le doute et, pour peu qu’on soit lecteur, le sentiment que tout cela ne sert à rien. C’est vrai pour le premier roman mais c’est vrai pour tous les autres. Cela ne s’arrange pas avec le temps, je dirais même que ça empire.  Il n’y a pas d’autres moyen que de passer outre, c’est une énergie tenace que je ne sais pas expliquer grâce à laquelle, malgré tout cela (les impasses, les angoisses, le découragement…), on arrive un jour au bout d’un texte. Je me dis parfois que c’est un sport de combat (contre soi-même).

7.Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

J’étais dans le métro quand j’ai enfin osé ouvrir le sac que l’on m’avait donné et qui contenait une vingtaine d’exemplaires. J’avais écrit sous un pseudonyme, je me souviens de la couverture jaune entre mes mains, c’était vertigineux de découvrir ce texte sur lequel j’avais travaillé plusieurs mois, imprimé comme un « vrai » livre !

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8.Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je le trouve plutôt maitrisé pour un premier roman. C’est un texte que je portais depuis longtemps quand je l’ai écrit, il me semble que cela se sent.

9.Etre écrivain, c’est…

Je ne sais pas répondre à cette question.

10.Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Je n’ai pas de conseil à donner parce que je constate en discutant avec des amis écrivains qu’il y a cent façons de l’être et aucune recette. C’est en réalité très réjouissant, tout reste toujours à (ré)inventer.

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Clin d’oeil à Sabine qui vous parlait dans son carré jaune des Heures souterraines et de la nécessité de ce roman!

 

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11 Réponses to “Si on parlait écriture avec Delphine de Vigan?”

  1. Corinne (Couleur Café) 21 août 2014 à 08:57 #

    Super entretien ! Vivre de l’écriture est un rêve pour moi, et çà rassure quand Delphine de Vigan dit que c’est 100% acquis. Pour ma part, j’ai trop tendance à aller à l’essentiel, du coup, tout est dit en une ou deux pages. J’aimerais apprendre à développer plus et mieux, à sublimer les détails, à jouer sur la longueur et sur la subtilité !

  2. Lzarama 21 août 2014 à 11:14 #

    J’ai eu le plaisir de rencontrer Delphine de Vigan et ce moment d’échange entre elle et ses lecteurs reste un grand moment gravé dans ma petite tête !

  3. milleetunefrasques 21 août 2014 à 11:49 #

    Merci de partager cet entretien avec nous. J’aime beaucoup l’écriture de cette auteur

    • insatiablecharlotte 29 août 2014 à 15:15 #

      Elle a un style singulier et tous ses romans sonnent justes. Hâte de lire le prochain qui est en cours d’écriture!

  4. Estelle 21 août 2014 à 12:48 #

    Très sympa cette interview !

    Estelle
    lamodeestunjeu.fr

  5. marion 21 août 2014 à 15:09 #

    Merci pour cette interview très intéressante!

  6. lucie38 25 août 2014 à 00:05 #

    merci ! et j’avais tant aimé les heures souterraines http://facetiesdelucie.canalblog.com/archives/2009/12/14/16120611.html
    et Rien ne s’oppose à la nuit
    http://facetiesdelucie.canalblog.com/archives/2011/12/03/22817527.html

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