La muette ou le talent de Chahdortt Djavann

21 Juil

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Cette chronique a été publiée dans le webmagazine L’ivre de lire! Une folle aventure pour les amoureux de littérature, dépêchez vous d’aller y faire un tour si cette terre vous est inconnue!

La première fois que j’ai lu La muette j’avais 24 ans et j’avais pris le récit de plein fouet, indignée, révoltée, encore en proie à cette envie de sauver le monde.

La seconde fois, j’avais grandi, mais la révolte était toujours là, j’avais eu le droit d’aimer qui je voulais, de me marier selon mon choix et ce récit m’a fait le même effet, avec sans doute un peu plus de noir dans les yeux et de défaitisme.

Entre les deux, la couverture a ressurgi à plusieurs reprises dans des songes, dans des moments inattendus, comme ces livres qui vous suivent sans que vous sachiez pourquoi. Evidemment que vous savez pourquoi : ils sont diaboliquement écrits et résonnent au plus profond, là où l’on ne va pas chercher de crainte de trouver des ombres.

Ce carnet me suivra encore, comme une envie de l’ouvrir ou d’y poser des mots, comme un souvenir d’une lecture intense, une image pleine de promesse.

La muette c’est le récit de l’absurde du monde, de ce crime d’aimer dans un Iran obscurantiste et aveugle mais c’est aussi un ode à la liberté, à la force de la jeunesse rebelle. Un récit court que l’on sait tragique dès les premières lignes. Avec ce genre de livres, on ne pourra pas dire que l’on ne savait pas.

La muette a été mon introduction à l’œuvre de Chahdortt Djavann et depuis je la suis inlassablement, touchée par cette plume brute, cette révolte au cœur, ce cri pour survivre.

Dans Autoportrait de l’autre, paru chez Sabine Wespieser, elle dresse avec force le portrait d’un homme au seuil de la mort en se posant les questions essentielles, celles qu’il faut avoir affrontées pour continuer à avancer, ce sel que l’on doit extraire pour donner goût à la vie.

« Tourner en rond, répéter des milliers de fois les mêmes journées, les mêmes soirées sans se lasser. Partir par le même chemin, le matin, et revenir par le même chemin, le soir, sérieusement, jusqu’à épuisement. Jusqu’à la mort ; Ils répétent. Ils tournent. Ils courent d’illusion en illusion. »

Chahdortt Djavann nous offre également un voyage inoubliable dans les méandres d’une vie, à travers l’héroïne de son long récit en deux tomes:  Je ne suis pas celle que je suis  et La dernière séance  sur le récit parallèle d’une jeune fille prête à tout pour quitter sa terre natale et les séances de psychanalyse suivie par une femme dans un cabinet parisien. Un récit riche, ambitieux et troublant.

Une plume à découvrir, de celles qui parviennent à rendre universel le plus personnel, des mots qui claquent et qui ne s’arrêtent pas de chanter une fois le livre fermé.

PS: Je suis très impressionnée par cet auteur mais si vous la croisez, dites lui que je l’aime! Merci!

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Une Réponse to “La muette ou le talent de Chahdortt Djavann”

  1. sabine 21 juillet 2014 à 17:16 #

    Charlotte….. merci pour cette contribution à L’IVRE DE LIRE. Merci d’être toi et de nous entrainer vers des lectures incroyables, bouleversantes. Merci

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