Si on parlait écriture avec Celia Levi?

12 Juin

J’ai découvert la plume de cette jeune femme il y a peu, et la lecture de ses Insoumises a été une révélation. Grâce à Sonia Jacob (Merci Sonia!), j’ai réussi à poser mes questions à Celia Levi sur son parcours d’écriture. Venez la découvrir et ensuite jeter vous sur ses romans, coup de coeur assuré !

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1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

C’est une question difficile sur laquelle je ne me suis jamais réellement penchée. Je crois surtout que cela naît avant tout d’une nécessité. C’est ainsi que cela s’est présenté à moi, un peu comme un accident. Je n’avais jamais écrit, ni n’avais éprouvé auparavant le besoin de le faire. Je désirais réaliser des films. Mais inhibée et indolente je n’avais pas suivi de formation technique, alors j’ai acheté une petite caméra super 8 pour filmer, en réalité on peut dire que cette façon spontanée de filmer est déjà proche de l’écriture. Cela prenait du temps et coûtait de l’argent. En voulant écrire un scénario j‘ai écrit les premières lettres des Insoumises. Très vite l’idée que ce serait un roman s’est imposée. Je ne crois pas que l’écriture ait été chez moi innée, d’autant plus que j’ai toujours beaucoup lu et que j’avais étudié la littérature à l’université. A posteriori je suis encore incapable de tirer des conclusions ou de grandes vérités sur le travail d’écriture si ce n’est que comme pour tout travail cela nécessite de la concentration et de l’acharnement. Si j’ai écrit relativement vite ( 6-7 mois) Les insoumises et presque sans effort, cela s’est inversé pour les deux romans suivants et la tendance s’est même accentuée. Le troisième roman m’a demandé beaucoup de travail, je l’ai écrit lentement en réfléchissant énormément.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman publié et maintenant ?)

En réalité j’ai l’impression que lorsqu’on entre dans le processus d’écriture, le livre ne vous quitte jamais, et que l’on travaille finalement à tout moment même lorsque l’on dort. Je ne compte jamais les heures dédiées à l’écriture, mais je me suis toujours fixé des pages ou des échéances.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Comme je l’ai expliqué plus haut c’était en quelque sorte le fruit d’un accident. C’était après le mouvement étudiant contre le CPE. Il me semblait ainsi qu’à certaines personnes de mon entourage que nous vivions dans un monde sans lendemain, que nous n’avions notre place nulle part. D’autant plus que je tournais un film que j’avais commencé deux ans auparavant et n’en voyais pas le bout. Paradoxalement presque tout de suite après avoir fini les Insoumises j’ai fini le montage de mon film (qui est resté dans un tiroir).

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Oui. Je n’étais pas entièrement satisfaite des deux premiers mais le suis beaucoup plus du troisième. Toutefois il est difficile d’être son propre juge. Le jugement que l’on porte sur son oeuvre varie aussi selon les âges, le contexte et il me paraît presque impossible de ne pas être influencé par le regard de ses proches à ce propos.

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5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

J’ai envoyé mon roman à plusieurs maisons d’édition, entre vingt et trente qui l’ont toutes refusé. Les Editions Tristram faisaient partie du dernier envoi, c’était une amie qui m’avait conseillé cette maison d’édition, le nom ainsi que leur catalogue m’ont plu. J’avais décidé d’abandonner et de ne plus écrire après cela, persuadée que je ne serais jamais publiée. C’était mon premier texte littéraire, et je pensais le dernier, je me disais donc pour supporte tous ces refus qu’après tout ce n’était pas si grave.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ? Des recherches ?

ça dépend du livre. Je n’ai écrit que trois romans alors j’aurais du mal à en tirer des généralités, à chaque fois j’ai écrit quelques pages qui ont donné le ton mais je ne savais pas si j’allais continuer. Cela correspond, je l’avoue à des obsessions ou si on veut à une seule et même grande obsession déclinée à l’infini. Puis je laisse les quelques pages de côté et j’attends que ça mûrisse, d’avoir une trame. Pour les trois au bout de la cinquantième page, je savais que j’allais achever de les écrire. Pour un écrivain c’est angoissant de ne pas finir, de ne pas réussir à avancer, c’est mauvais signe la plupart du temps cela signifie qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans la construction romanesque. Lorsque j ‘écris je lis et relis le texte. J’écris avec parcimonie si bien que lorsque le livre est terminé, je le corrige en rajoutant plutôt qu’en retranchant. J’attends que le roman soit achevé pour le faire lire. Je lis certains passages à haute voix cela me permet de repérer les répétitions. Je ne fais que peu de recherches sur les thèmes ou sujets que je traite. Il m’est arrivé pour le troisième de consulter des ouvrages spécialisés. Mais c’est assez dérisoire.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ?

J’ai écrit le premier dans une totale inconscience. Finalement le premier roman a été le deuxième. Je doutais à chaque ligne. Le plus difficile, c’est de comprendre que le roman a une logique, une pensée qui lui est propre, que la fiction est quelque chose que nous devons maîtriser mais qui doit aussi nous échapper pour exister.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains?

C’est étrange.. Tout à coup ce qui nous appartenait appartient à tous, au lecteur. Le livre naît au monde, et c’est pour son auteur autant un soulagement qu’une séparation totale qui revient presque à l’abolition de l’oeuvre elle-même.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je crois que si je devais réécrire les Insoumises, j’écrirais un livre très différent, moins naïf. Je me dis avec le recul des années que d’une certaine façon, j’étais encore assez optimiste.

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10. Etre écrivain, c’est…

Le droit à la mort. C’est l’introduction de Blanchot « La littérature et le droit la mort » à De Kafka à Kafka. C’est-à-dire le passage du rien à tout.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

De lire, de se promener, de révasser et de perdre beaucoup de temps devant une feuille blanche.

12. Citez trois ouvrages fondateurs

La recherche du temps perduLa comédie humaine  de Balzac, Le Decameron de Boccace. Trois c’est peu, je rajouterais si cela est possible Les dialogues avec Leuco de Pavese.
Merci beaucoup Celia pour ces réponses sincères et merci pour vos romans!

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2 Réponses to “Si on parlait écriture avec Celia Levi?”

  1. Theoma 28 juin 2014 à 18:46 #

    Un joli moment, merci !

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  1. Post-it 1 (tentative de sélection) | L'insatiable - 18 août 2014

    […] Les insoumises de Célia Levi […]

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