Si on parlait écriture avec Julia Kerninon?

12 Mai

Parce que ces interviews sont des trésors et qu’ils sont une source inépuisable d’énergie et de motivation, j’avais envie d’y replonger… Départ pour l’écriture avec Julia Kerninon, et son grandiose Buvard!

julia Kerninon

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Faulkner disait : 99% de talent – 99% de discipline – 99% de travail. Plus sérieusement, j’ignore ce que c’est que le talent. Il me semble que la maîtrise de l’écriture est quelque chose qui s’apprend lentement et laborieusement, parce que c’est un champ d’action extrèmement complexe. S’il y a une part d’inné, c’est peut-être seulement un goût pour les mots et la solitude, qui rend capable de se concentrer sur quelque chose d’aussi vertigineux qu’une page vide.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman publié et maintenant ?)

Avoir publié ne change rien de ce point de vue là. Quand j’étais plus jeune, je pense que j’écrivais deux à quatre heures tous les jours. C’était un bon rythme pour un début d’apprentissage, mais ma vie est différente aujourd’hui. J’écris par périodes intenses de six mois, et puis je m’arrête quand j’ai fini. En phase d’écriture, je dirais que j’écris environ quatre heures par jour.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Le premier roman que j’ai fini, j’avais quatorze ans. Mon premier roman publié, j’avais dix-sept ans en l’écrivant, vingt à sa sortie. Il est paru aux éditions Sarbacane et s’appelle Adieu la chair. Mon premier roman publié en littérature générale – Buvard – j’en ai écrit la première version en 2007, la première année que je vivais à Budapest, enfermée dans mon appartement, en un automne. Après, j’ai repris le manuscrit de temps en temps, j’ai sorti un deuxième roman chez Sarbacane, Stiletto, et puis quand je suis retournée vivre à Budapest, à vingt-cinq ans, j’ai fini Buvard d’un coup, en quelques mois.

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4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Je pense que c’est un point important pour écrire de bons textes – de n’être jamais totalement satisfait du résultat. Parce que ça préserve une objectivité cruciale, et parce que la soif d’écrire ne doit pas être étanchée. Je pense qu’il faut être content, mais pas ravi. Savoir qu’on a fait du mieux qu’on pouvait, à ce moment-là de notre vie, mais qu’on fera mieux plus tard.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Assez peu. Les textes que j’ai écrits avant Adieu la chair étaient lus par une amie éditrice chez Thierry Magnier, qui me disait à chaque fois que je n’y étais pas encore tout à fait. Après, c’est Tibo Bérard des éditions Sarbacane qui m’a trouvée, à un moment où j’avais Adieu la Chair en stock, mais où je ne cherchais pas activement d’éditeur. Pour Buvard, six envois, six refus, mais un des éditeurs qui m’a répondu, Jean-Philippe Rossignol, m’a conseillé de m’adresser au Rouergue – après quoi, Sylvie Gracia m’a dit oui assez rapidement. Je n’ai jamais pensé que c’était le Saint-Graal – c’est peut-être idiot de ma part, mais je pensais que si je travaillais bien, ça finirait par arriver à un moment ou à un autre.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ? Des recherches ?

Je lis beaucoup, beaucoup de livres – au minimum tous les matins, pendant deux heures. Je prends des notes pendant des mois, j’y pense sans y penser, je fais des recherches quand le sujet s’y prête, et à un moment ça se déclenche et alors ça vient comme de l’eau. Après, je vérifie la structure, je relis, je corrige, je découpe, je recolle. Je fais lire le texte à ma famille, mon mec, et évidemment mon éditrice.

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7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ?

C’est pareil pour tous les romans. C’est difficile. Ça fait partie du jeu.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Ce que j’aime bien, c’est quand j’ouvre le carton des premiers exemplaires. Ça ne me fait rien de spécial de tenir le livre dans les mains, mais j’aime bien regarder le carton rempli. (De manière générale, j’aime les colis).

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Le premier publié, Adieu la chair, c’est difficile de dire, parce que ça me semble très loin – mais pourtant, quand je le rouvre, je suis surprise par les rapports avec ce que je fais aujourd’hui. C’est un peu un instantané de ma fin d’adolescence, mais je l’aime bien quand même. Buvard, c’est différent – je pense que j’étais devenue un meilleur écrivain quand je l’ai écrit, alors je l’aime davantage, pour le moment.

10. Etre écrivain, c’est…

C’est écrire. Peu importe comment et quand, être écrivain c’est trouver le moyen de faire ça, de le faire parfois en dépit du reste, de ne pas lâcher, de se pousser à bout, d’avoir du plaisir à le faire.

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11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Travaillez sérieusement. Ne vous pardonnez rien sur le moment. Faites toujours de votre mieux et vous n’aurez jamais rien à vous pardonner. Lisez des livres. On ne peut pas écrire des livres sans en avoir lu des centaines. Apprenez. Soyez attentifs. Soyez humbles. Soyez arrogants. N’oubliez jamais qu’un livre n’est pas une auto-promotion, mais une œuvre. Soyez encore plus critique que les critiques. Rappelez-vous que l’inspiration, si tant est qu’elle existe, est quelque chose de parfaitement instable, et que vous ne pouvez jamais compter dessus. Regardez à travers vos lignes de texte, et dégagez celles qui sont inutiles, celles qui dépareillent. Comprenez que dans la plupart des cas, il faut écrire de nombreux livres avant d’en écrire un qui soit bon. Écrivez sans autre attente que la qualité du texte. Rappelez-vous aussi que c’est épuisant – que c’est long, et qu’une journée de mauvais travail peut vous plonger dans l’angoisse – mais recommencez aussi longtemps que vous y trouvez du plaisir. Personne ne vous oblige à écrire – c’est précisément pour ça que vous devez de le faire le mieux possible.

12. Citer trois ouvrages fondateurs

Ulysse de James Joyce

Tout Hemingway

Birthday Letters de Ted Hughes

 

Merci beaucoup Julia! Et si vous n’avez pas encore rencontré la plume de ce jeune auteur, dépêchez vous! Buvard vous attend en librairie!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 Réponses to “Si on parlait écriture avec Julia Kerninon?”

  1. Laeti 12 mai 2014 à 13:40 #

    C’est drôle mais je retrouve dans ses propos, un peu de Caroline N. Spacek 🙂 J’aime particulièrement la dernière question, plutôt motivante et encourageante. Et évidement, la question bonus, toujours intéressant de savoir ce que lisent les écrivains! Une superbe découverte pour moi aussi Julia Kerninon!!

  2. Polina 14 mai 2014 à 10:51 #

    Très touchant comme interview, une belle découverte pour ma part ! 🙂

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  1. Mais, Lou, on ne tombe pas amoureux des femmes parce qu’elles sont belles. On tombe amoureux des femmes qui sont quelqu’un. | - 17 janvier 2016

    […] pouvez également retrouver la chronique sur le blog de L’insatiable charlotte de Buvard et l’interview de Julia […]

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