Si on parlait écriture avec Aude le Corff?

14 Mai

Aude, c’est une des blogeuses que je suivais quotidiennement et que j’admirais (j’avoue!), alors quand elle a arrêté son blog pour se lancer dans l’écriture, j’ai applaudi! Et puis un jour, elle m’a dit: ça y est, mon premier roman va être publié… chez Stock! Respect!

Vous pouvez donc découvrir en librairie son road movie sensible et poétique Les arbres voyagent la nuit.

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1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Oh la colle. J’ai besoin d’écrire (et de lire) depuis l’enfance, c’est une façon d’échapper à ce monde, un plaisir de jouer avec les mots, d’inventer une histoire, et avant tout une passion. Quantifier la part de sueur et de talent ? Quand je suis prise dans mon roman, je ne vois pas le temps passer, les idées viennent toutes seules, teintées de tristesse ou de fantaisie selon mon humeur, sans sueur, ni talent particulier, à part une imagination féconde. J’atteins alors un certain état d’exaltation, les personnages prennent vie.

Le plus laborieux (ici résident les 90% de sueur !) est selon moi le travail de relecture, seule puis avec l’éditeur, c’est long, à la fin on voit flou, on ne peut s’empêcher d’être perfectionniste mais on aimerait passer au livre suivant !

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Entre zéro (fatigue, besoin de marcher en musique, flemme) et cinq heures. Je reprends le soir quand ma famille me le permet. Parfois c’est court mais intense.

En ce moment, j’ai moins envie, je passe du temps sur un paragraphe, je vais faire un tour sur les réseaux sociaux, me préparer un thé, lire, caresser mon chat, je reviens. J’ai une confiance en moi assez variable qui peut me freiner. Bref, il y a d’autres paramètres que la sueur et le talent !

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

J’ai commencé par des contes. Puis il y a eu un roman un peu loufoque, qui n’était pas mûr, il y a quatre ans. Et celui-ci, que je considère comme mon premier vrai roman.

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

A chaque relecture, même la centième (millième ?), j’ai toujours un truc à modifier. A la fin, il y a de moins en moins de passages qui me gênent, je suis à peu près à l’aise avec ce que j’ai écrit, l’éditeur est là pour relever certaines incohérences ou des répétitions, mais il reste humain. Et dix ans plus tard, on n’écrit plus la même chose de la même manière. Il faut accepter de ne jamais pouvoir rendre le roman parfait.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Mon premier manuscrit a été envoyé à  quelques éditeurs, en 2009, et je n’ai pas insisté après leurs refus, je devais avoir conscience que je n’étais pas prête. J’ai laissé passer un peu de temps puis je me suis lancée dans Les arbres voyagent la nuit, très différent, plus poétique, entre conte et roman.

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6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Je demande très peu d’avis extérieurs car je suis sensible aux remarques, qui peuvent me déstabiliser. Je ne prends pas le risque d’être influencée et de changer un personnage ou une fin malgré moi.

J’ai un roman pour la jeunesse sous le coude, je me suis beaucoup amusée à l’écrire en attendant les réponses des éditeurs l’an dernier, je ne pensais pas que mon imagination m’entraînerait aussi loin.

Mon projet actuel, un roman pour adultes, grandit depuis 2012, je couchais régulièrement des idées sur un cahier, les personnages passaient dans ma tête, je visualisais des endroits, des scènes assez précises. J’ai enfin commencé à l’écrire, ça me change les idées, car un premier roman publié, c’est beaucoup de joie mais aussi de l’angoisse…

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Le plus difficile : tant donner et se dire qu’on ne sera peut-être jamais lu, que notre texte n’est pas à la hauteur. Il y a tellement de romans publiés, et en même temps si peu par rapport à la masse de manuscrits envoyés, ça peut être décourageant. Mais je reviens toujours à l’écriture, malgré les pauses et les doutes. Je me souviens d’un ami qui me conseillait de ne pas trop m’accrocher parce que je n’avais pas de contacts, que les statistiques étaient déprimantes, et j’avais répondu, l’air buté : « je m’en fous, je continuerai jusqu’à ce que ça marche ». Heureusement, ça a effectivement marché un an après !

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Un sentiment d’irréalité, même si on s’y prépare (épreuves, choix de l’illustration, premiers essais informatiques). De la satisfaction. De la reconnaissance envers l’éditeur qui a cru en nous, sans lequel nous n’aurions pas ce livre entre les mains.

9. Etre écrivain, c’est…

Tout oublier quand on écrit. Etre habité par ces univers et ces personnages que l’on crée. Transmettre des émotions, une compréhension du monde et de l’autre qui nous est propre,  une part de soi, du rêve.

10. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Etre spontané, ne pas vouloir en faire trop, en copiant les auteurs que l’on aime par exemple. Rester soi. S’accrocher malgré les découragements.

Mais si l’envie n’est plus là, ne pas se forcer. Vous y reviendrez si c’est votre chemin.

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9 Réponses to “Si on parlait écriture avec Aude le Corff?”

  1. lucie 14 mai 2013 à 07:57 #

    Merci pour cet entretien, j’aime l’idée de ne pas se forcer, d’écouter ce qu’on a en soi…je suis curieuse de le lire ce premier roman…

  2. George 14 mai 2013 à 08:48 #

    Je connais Aude aussi depuis longtemps à travers nos blogs d’alors, j’aimais déjà son ton, cette façon d’écrire déjà sur son blog. Samedi, je suis allée à la F… et j’ai vu ton roman sur les tables, et j’ai trouvé cela magique, je me suis dit que ça arrive, elle y est arrivée, je suis très admirative.

  3. Submarine 14 mai 2013 à 10:19 #

    Je rêve de vivre cette belle aventure qu’est la publication du roman… Je suis moi aussi, très admirative. Comme elle le dit si bien, il faut accepter de ne pouvoir rendre le roman parfait. C’est loin d’être facile !

  4. isa-monblogdemaman 14 mai 2013 à 11:52 #

    Finalement, le conseil d’Aude est le même que celui qu’on donne souvent pour les blogs. Je le résumerais par trouver son univers ou son style. C’est le tout début. Bravo Aude. Tu as raison, il faut continuer jusqu’à ce que ça marche. Chaque nouveau livre fera vendre les anciens.

  5. Florence31000 14 mai 2013 à 15:58 #

    Merci pour cet entretien qui me permet de me connaître Aude Le Corff, auteur que je suis sur Facebook et Twitter. J’ai acheté son roman que je vais lire prochainement.

  6. Eric E. Thompson 21 mai 2013 à 08:15 #

    Il y a quelques années, lorsque j’ai découvert les blogs en 2007-2008, j’ai découvert avec plaisir la plume d’Aude grâce à son blog Nectar du Net . Nous avions alors échangé quelques mails. En 2011, Aude annonçait qu’elle préférait arrêter son blog pour se consacrer à l’écriture d’un roman. Je l’ai retrouvée il y a quelques mois sur Twitter et j’ai alors appris que son premier roman allait être publié en avril chez Stock ! J’étais très fière pour elle et impatiente de retrouver ses mots ! C’est pour cela que le jour de sa sortie, j’ai acheté son roman ‘Les arbres voyagent la nuit » et l’ai dévoré le soir même (et un petit bout de la nuit !). Comme vous le savez, je ne suis pas très douée pour les critiques littéraires mais ce fut un beau moment de lecture. Un roman poétique sur l’absence, la séparation, la vieillesse mais aussi une rencontre émouvante entre une petite fille et un vieil homme autour du Petit Prince, un voyage imprévu et doux-amer à travers la France et l’Espagne vers le Maroc et des personnes qui apprennent à se découvrir et à se respecter. Un roman où l’on sent l’amour d’Aude pour les mots et les livres. Les arbres voyagent la nuit est un roman attachant qui traite de sujets à la fois intimes et universels avec pudeur et sensibilité. Une belle entrée dans le monde des écrivains ! Bravo !

  7. Edmond J. Fowler 25 mai 2013 à 18:20 #

    J’ai donc pu suivre l’annonce de l’écriture du roman, puis la recherche d’un éditeur, et enfin la sortie de ce premier roman.

  8. Berta Madden 26 mai 2013 à 01:40 #

    Tu sais, côté livres, je suis une gourmande. Alors, avec ta présentation, je pense que je vais craquer vite… très vite ! Je te dirai ce que j’en ai pensé. Bravo à Aude, qui doit être sur un petit nuage de voir son premier roman édité. On imagine tout le travail qu’il y a eu en amont. Bises et bonne journée !

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  1. Votre valise de livres | L'insatiable - 16 juillet 2015

    […] L’importun d’Aude le Corff […]

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