Si on parlait écriture avec Corinne Royer?

7 Mai

Corinne Royer  a publié l’année dernière un roman singulier: La vie contrariée de Louise. Elle nous parle aujourd’hui de son travail d’écriture.

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1.L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

C’est comme un marathon en solitaire. Le plus difficile est de prendre le départ, de se lancer. Après, on ne fait plus trop la part des choses, on est dedans et la sueur, on ne sait plus si elle provient de l’effort ou du plaisir… On sait seulement qu’on ne s’arrêtera plus avant d’être arrivé au bout. En tout cas on a besoin de croire qu’on arrivera au bout !

2.Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Très irrégulier. En période d’écriture ça peut varier de deux à cinq heures mais il y a des ruptures de rythme, parfois une semaine entière sans écrire. Je n’aime pas précéder l’écriture, j’aime au contraire la contenir, la reporter jusqu’au débordement, jusqu’à ce qu’elle s’impose, qu’il ne soit plus possible de ne pas écrire. C’est sans doute une mise en scène nécessaire pour éviter le sentiment d’un rapport à l’écriture qui tiendrait davantage du laborieux que de l’instinctif. Oui, au bout du compte, c’est un leurre…

3.Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

M comme Mohican aux éditions Héloïse d’Ormesson en 2009, un texte qui constitue une variation autour du thème du désir féminin et du rapport au monde que ce désir induit lorsqu’il atteint son paroxysme.

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4.Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Quand on le relit  comme une partition de musique et qu’on ne se heurte plus à aucune fausse note,  à part bien sûr celles que l’on a délibérément distillées. Mais, à force de se relire, on s’habitue à la musicalité du texte, on se l’approprie au point de ne plus pouvoir être objectif, alors, arrive un moment où on ne peut plus rien pour lui. C’est qu’il est temps de lui faire jouer sa petite musique pour d’autres oreilles…

5.Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Le premier texte envoyé a été le bon !  Avec la bénédiction de la Poste qui le déposa sans doute au bon endroit au bon moment.

6.Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Une idée d’abord, un scénario et quelques personnages. Puis un plan bien ficelé qui volera généralement en éclats aux alentours de la dixième page… Je crois que le fait de ne pas me tenir à mon plan initial est une façon de faire perdurer la griserie de l’écriture, de laisser les personnages prendre possession du texte, les laisser me surprendre, m’entraîner sur des terrains où je n’avais pas prévu d’aller. J’ai souvent le sentiment de ne pas avoir écrit certains passages de mon texte et cette part « étrangère » est précisément celle qui me stimule et m’intéresse.

7.Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Lorsque j’ai écrit mon premier roman, je n’avais aucune velléité d’édition. Je n’imaginais même pas l’adresser à une Maison. Je n’ai donc pas connu l’angoisse liée à une éventuelle parution. C’est un peu différent à présent… le regard de l’autre est anxiogène par essence.

8.Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Je crois que chaque auteur possède son propre moment de séparation, cet instant, souvent bref et un peu douloureux, où l’on sait que le cordon vient d’être coupé. Pour moi, cela se situe en amont de la réalité physique du livre, lorsque le manuscrit est remis à mon éditrice. Voir le livre imprimé, le toucher, le feuilleter n’a pas été un moment particulièrement marquant.

9.Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Qu’il a toutes les qualités et tous les écueils d’un premier roman ! J’y suis très attachée…

Coier

10.Etre écrivain, c’est…

Une notion que je ne saurai pas définir… au point que je ne suis pas sûre de me « sentir » écrivain. Est-on pêcheur parce qu’on aime traîner au bord des rives avec une canne dans les mains même si on rentre bredouille ? Je ne sais pas.

11.Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

N’ayez pas peur de rentrer bredouille, traînez au bord des rives, encore et encore.

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