Le difficile travail de relecture

8 Avr

Texte publié pour la première fois sur La main enchantée le 21 mai, mais qui retrouve du sens en ce moment…

Manuscrit Gainsbourg

Manuscrit Gainsbourg

Si vous vous promenez ici, c’est que vous aimez les mots et sans doute que vous essayez de jouer avec.

On écrit au début juste comme ça dans un cahier, pour soi, pour évacuer, parce que dire ces mots-là, c’est trop compliqué, ça pourrait faire mal, blesser, et surtout ils risqueraient d’être incompris.

Et puis un jour, on ose les montrer, à des proches ou sur un blog, à un atelier d’écriture. Les mots sont balancés comme ça, vous attendez fébrilement le retour, car après le sentiment grisant d’écrire pour soi, vient l’espoir de toucher les gens, que ces mots ne soient pas juste du soulagement personnel pendant un temps mais qu’ils voyagent et qu’ils viennent émouvoir d’autres personnes. Le jour où on publie ces mots, quel que soit le vecteur, je crois que c’est cela que l’on attend : un retour positif, des encouragements. Sinon ils pouvaient rester dans leur cahier, ces mots !

Sauf qu’entre le moment où ils sont dans le carnet et l’instant où ils peuvent être lus par quelqu’un d’autre, il y a un passage douloureux : la relecture.

C’est un moment difficile, très difficile, trop difficile parfois.

Jusqu’ici, je ne relisais que pour les fautes d’orthographe, la relecture était mécanique, sans tenter de comprendre le sens de ce que je lisais, sans vouloir réellement relire en fait. Parce que relire, c’est tout remettre en cause, c’est le risque de trouver que ce qui vient d’être écrit est vraiment mauvais

On voudrait que l’écriture soit innée, que cela sorte tout seul (ce qui est le cas, ça semble sortir sans effort) et que la relecture soit un moment fantastique d’auto satisfaction.

Il n’en est rien, la relecture nous met face à nos doutes, à nos incertitudes, face à notre petite écriture qui finalement ne nous plait pas beaucoup.

Peut-être un jour, la relecture sera un moment agréable, pour le moment, c’est l’enfer. La tentation est grande de tout jeter. On se prend ses rêves en pleine figure, on touche du doigt nos lacunes, nos erreurs.

Pour la relecture, il faut s’armer de patience et de persévérance, se juger avec impartialité mais bienveillance tout de même.

Parfois, relire ses mots, c’est s’étonner que l’on ait pu écrire cela, se demander où ces mots étaient cachés pour ainsi revenir, comme cela, s’exposer à tout va.

La relecture pour un texte d’une page ou deux, je m’en passe. Pour ce texte de 160 pages, c’est autre chose.

Là je suis au pied du mur, il faut que je l’affronte ce démon, que je prenne le taureau par les cornes et que je le domine. Il faut que je sache relire sans toutes les deux minutes me dire que ça ne sert à rien de continuer, qu’il est préférable de renoncer.

C’est là que commence le travail, le vrai, que l’écriture plaisir se transforme en véritable analyse, quand on veut que ces mots plaisent vraiment au-delà de quelques personnes, il faut travailler, tailler, couper, retrancher, réécrire, détailler, modifier, éluder.

Il faut s’y attaquer et persévérer, avancer, ne pas reculer, se dire que ce que l’on déconstruit est nécessaire, que peut être un jour on se relira et on se dira : finalement, ce n’est pas si mal… (on peut rêver, non ? )

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10 Réponses to “Le difficile travail de relecture”

  1. Submarine 8 avril 2013 à 11:01 #

    Oui, le travail de relecture est périlleux… Forcément, ton texte fait écho en moi !

  2. Olivia Billington 8 avril 2013 à 13:01 #

    Courage – mais je suis sûre que tu vas y arriver !

  3. valentyne 8 avril 2013 à 13:34 #

    Intéressant ton billet : j’aime bien quand tu dis : « il faut travailler, tailler, couper, retrancher, réécrire, détailler, modifier, éluder. »
    Jusqu’ici quand je lis des écrivains qui expliquent leur processus de relecture , j’avais surtout retenu : couper, couper, couper … mais j’ai peut être mal lu 😉
    Bonne journée et courage 😉

    • insatiablecharlotte 10 avril 2013 à 09:58 #

      Tu as raison Valentyne, c’est le mot qui revient le plus. Pourtant, selon moi, couper pour couper n’est pas une fin en soi. Il faut saisir le sens profond du texte et ne rien laisser de superflu! Difficile!

  4. Gwenaëlle 8 avril 2013 à 18:12 #

    Très difficile de se relire « efficacement », surtout quand le texte est frais. Le mieux, c’est encore de laisser reposer pour essayer de le voir ensuite d’un œil neuf et plus objectif.

    • insatiablecharlotte 10 avril 2013 à 09:57 #

      Ce n’est pas seulement l’efficacité, c’est aussi la confrontation à son écriture, qui lorsqu’on est intransigeante, peut être douloureuse

  5. doume 29 décembre 2014 à 19:23 #

    Je termine la relecture de mon premier (et si mauvais) roman. Qu’as-tu fait du tien ?

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