Si on parlait écriture avec Fanny Chiarello?

3 Avr

Fanny Chiarello nous a offert dernièrement un roman savoureux, aussi audacieux que talentueux: Une faiblesse de Carlotta Delmont. Ce petit bonheur, paru aux Editions de l’Olivier vous attend en librairie. Pour patienter, laissez Fanny vous guider dans son travail d’écriture!

Crédit photo: Patrice Normand

Crédit photo: Patrice Normand

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

C’est de l’artisanat. L’inspiration, le génie, je n’y crois pas. Certes, nos univers singuliers, nos manières de voir et concevoir le monde nous échoient plus qu’on ne les choisit, mais ensuite il s’agit de cultiver cet univers, et de forger un style qui lui fasse l’écrin le plus ajusté possible.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Avant la parution de mon premier roman, j’étais jeune, je n’avais pas une vie sociale aussi trépidante qu’aujourd’hui et je n’avais pas besoin de beaucoup de sommeil. J’écrivais seize heures par jour, sans exagération ; j’étais l’auteur le plus prolifique de la décennie (ce qui n’a profité qu’à mes tiroirs). Treize ans plus tard, je ne peux plus en dire autant. J’écris en moyenne sept ou huit heures par jour.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Mon premier roman achevé, quoique non publié, c’était dans un cahier avec un protège-cahier vert ; j’étais en classe de première et mon professeur de français en fut l’unique lectrice. J’ai vite détruit la chose. Si je me rappelle bien, c’était l’histoire d’un roman qui se mangeait lui-même jusqu’à la disparition, un Ouroboros dont il ne resterait qu’une miette. J’ai oublié le titre. Mon premier roman publié, c’était Si encore l’amour durait, je dis pas, paru en 2000 aux éditions Page à Page (Lille) et repris par Pocket.

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4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Je n’imposerais à personne de lire un manuscrit dont je ne serais pas satisfaite ; à un certain stade de l’écriture, j’ai besoin des conseils avisés de mon éditrice, mais je ne lui ferais pas lire un texte dont je penserais qu’il est sans avenir. Je ne prétends pas que je ne me suis jamais trompée, mais j’ai toujours cru à ce que j’envoyais. Sinon, je détruis ; je le fais souvent, parfois je jette des débuts de roman de plus de 150 pages. J’estime que c’est l’honnêteté minimum à laquelle un auteur devrait se contraindre.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Des dizaines. Et des milliers de pages envoyées à des éditeurs et même à des producteurs hollywoodiens – j’étais jeune et fantasque, riuen ne m’effrayait.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Selon les projets, je peux passer de quatre mois à un an sur un manuscrit, avant corrections avec l’éditeur (d’une durée également très variable : quasiment neuf mois pour L’Eternité n’est pas si longue, une journée pour Une faiblesse de Carlotta Delmont). Chaque jour, je relis les pages que j’ai écrites les jours précédents, je les corrige (de sorte qu’une fois mon premier jet achevé, j’ai déjà corrigé cinq ou six fois la moindre phrase du roman, parfois beaucoup plus) et seulement ensuite je poursuis mon récit. Une fois le premier jet terminé, je relis l’ensemble et le corrige, une ou deux fois, jamais plus. Vient alors le moment de faire appel aux lumières de l’éditeur. J’envoie également le texte à mes parents, parfois à une amie.

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7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Je ne sais pas, je ne connais pas ce genre de doutes. Ou plus exactement, je les laisse me traverser, je reste sourde à leur poison. Mais la question de l’à-quoi-bon, de qui ça intéresse, de ce que ça apporte au monde, bref la question de la légitimité se pose tout au mong d’une carrière et pas seulement au premier roman. Ecrire ne sert à rien, mais après tout, vivre non plus : c’est cohérent.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

On oublie un instant que l’on n’est rien, et que notre livre n’est pas un événement majeur mais un pauvre atome dans l’histoire du monde. Un moment, on se sent glorieux. Il faut bien en profiter, ça ne dure jamais longtemps ; mais encore une fois, ce sentiment renaît à chaque nouvelle parution et pas uniquement pour la première, Dieu merci.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Vous répondre serait manquer de tact envers l’éditeur et les lecteurs qui l’ont apprécié. Mais c’est normal, j’imagine : je ne connais aucun auteur (et j’en côtoie un certain nombre) qui, après plusieurs années, soit toujours fier de son premier roman.

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10. Etre écrivain, c’est…

S’arranger avec le réel.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Récrivez mille fois la même phrase, dix mille fois s’il le faut, jusqu’à ce qu’elle chante et que dans sa mélodie, sa couleur, son timbre, vous reconnaissiez votre voix profonde.

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2 Réponses to “Si on parlait écriture avec Fanny Chiarello?”

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  1. Dans son propre rôle, Fanny Chiarello | L'insatiable - 7 avril 2015

    […] devine les influences musicales et littéraires de Fanny Chiarello. On retrouve les amours de son précédent roman, une faiblesse de Carlotta Delmont. Loin de ces […]

  2. Votre valise de livres | L'insatiable - 16 juillet 2015

    […] Dans son propre rôle de Fanny Chiarello […]

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