Cher Yonis

21 Mar

Si le lundi matin passe au jeudi soir, où va le monde. Ma participation à l’atelier de Leiloona (du 11 mars, ok j’ai un train de retard) mais les règles sont faites pour être contournées, non?

Crédit photo: Romaric Cazaux

Crédit photo: Romaric Cazaux

Cher Yonis,

J’ai bien reçu ta lettre et ta photo. Même en plein désastre, tu parviens à extraire la beauté du monde. Tu es un magicien !

Encore une fois, tes mots ont été douloureux. Je ne sais pas quoi te dire, tant tout me semble dérisoire.  Te raconter mes journées, ma vie. Me plaindre de mes maux de chanceuses, de petite française bien née, au chaud dans son appartement ?

Ridicule.

Je te vois, hochant la tête en détestant cette phrase. Dans ton dernier courrier, tu me disais que surtout je ne devais pas changer. Continuer à être la même. Mais quand on n’arrive plus à se regarder dans un miroir sans baisser le regard, c’est difficile. Je n’y arrive pas.

Mais ne te méprends pas, ce n’est pas de la pitié pour toi. C’est de la honte pour moi.

Honte d’avoir cru à des valeurs et des idéaux qui se réduisent à néant aussitôt que le concret les rattrape.

Honte d’avoir été assez naïve pour trouver un sens à la fraternité. Vous balancez de l’argent oui, vous accueillir non. L’entraide a ses limites, dès que le portefeuille est menacé.

Mais surtout, honte de ne rien faire pendant que toi tu organises mille rendez-vous, que tous les jours tu te bats parce que tu crois qu’un lendemain heureux est possible.

Est-ce cela que l’on appelle l’énergie du désespoir ? Quand on n’a tout perdu, l’instinct de survie prend le pas et dicte notre conduite ?

Tu pourrais en vouloir à cet Etat qui a conduit tout un peuple dans le mur, tu pourrais réclamer à grands cris la justice ou au contraire tomber dans l’extrémiste, avoir envie de tout détruire, puisque déjà il ne te reste plus rien.

Au lieu de ça, chaque jour, tu remontes sur tes barricades éphémères, tu donnes de la voix, tu ré-enchantes un peuple en lui ouvrant l’esprit, en lui faisant entendre les mots trop longtemps bafoués par des dirigeants sans scrupules.

Je t’admire Yonis.

Alors, aujourd’hui, tu m’excuseras, je n’ai pas envie de parler de moi. Sans intérêt.

Vis et reviens-moi vite Yonis, secoué, fatigué, terrassé sans doute, mais vivant.

Je t’embrasse tendrement.

Louise.

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2 Réponses to “Cher Yonis”

  1. M 21 mars 2013 à 21:55 #

    Superbe !

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