Si on parlait écriture avec Jean-Philippe Blondel?

5 Mar

Son dernier roman 6h41 rencontre un joli succès, mérité tant ce voyage en train est intelligemment mené et émouvant!

Jean-Philippe Blondel, qu’on ne présente plus, revient pour vous sur son chemin d’écriture, avec simplicité et humilité!

Crédit photo: Photo : John Foley/Buchet Chastel

Crédit photo: Photo : John Foley/Buchet Chastel

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je ne sais pas répondre à cette question. Je pense qu’il est très important, dans la vie, de trouver son moyen d’expression, et j’ai eu la chance de découvrir le mien vers 7-8 ans. J’ai toujours écrit- d’abord des poèmes, puis des nouvelles, puis des romans. Il faut du temps pour que l’écriture mûrisse et prenne son envol. C’est un travail régulier mais toujours joyeux. Alors peut-être 90% de travail et 10% de persévérance…

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

J’écris une heure par jour environ, tous les jours, et cela n’a jamais changé, depuis le premier roman écrit (et non publié) en…1983

 

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Tout dépend ce que l’on entend par premier roman. Le premier roman écrit, c’était donc en 1983, un roman épistolaire qui s’intitulait « L’encensoir ». Le premier roman publié c’était en 2003, Accès Direct à la plage.

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Il y a un moment où le texte atteint une cohérence, où, en corrigeant, on s’aperçoit qu’on appauvrit le texte au lieu de l’enrichir, c’est le moment d’arrêter de retravailler. La satisfaction, c’est autre chose. Je ne suis jamais réellement satisfait.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

277, peut-être même plus. Pendant 19 ans, j’ai envoyé 19 romans différents à toutes les maisons d’édition qui les ont tous refusés. J’ai à la maison 277 lettres de refus. Cela ne m’a jamais découragé.

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6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Le premier jet prend environ 3 mois, mais comme je n’ai pas de plan ni d’idée précise de ce que je veux raconter, je le découvre souvent au bout de 80 ou 90 pages. Je vais quand même au bout de ce premier jet, tandis que l’idée et le ton se précisent. Je finis le premier jet, et le lendemain, je recommence depuis le début. Le deuxième jet est souvent le bon. Je retravailler, puis donne à lire à ma femme, qui est ma seule lectrice avant mon éditrice.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Je ne me suis jamais posé la question et je crois qu’il ne faut pas s’en poser. Ecrire et publier ne sont pas la même chose. Personnellement, je ne pourrais pas me passer d’écrire, mais de publier, oui.

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8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Eh bien, je ne vais pas vous faire rêver….quand mon premier roman est paru, nous venions d’avoir notre deuxième fille et, parallèlement, ma femme venait de perdre son père, nos nuits étaient hachées, nos vies très occupées, je n’ai rien ressenti de particulier, à part que c’était vraiment étrange de voir mon nom sur une couverture…Après, oui. Plus tard, il y a eu de très beaux moments.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

C’est toujours le même problème. Mon premier roman écrit , à 19 ans, me fait sourire bien que j’aie beaucoup de tendresse pour lui. C’est bourré d’imperfections. C’et lyrico-sentimental, avec un pathos assez mièvre – et on sent que je n’ai pas encore assez lu et que je trouve originales des formulations stéréotypées. Le premier publié, Accès direct à la plage, c’est autre chose. Je me reconnais dedans. Je l’assume. Je l’aime énormément. Je ne pense pas avoir fondamentalement changé, littérairement, en dix ans.

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10. Etre écrivain, c’est…

Tenter de se comprendre et de comprendre les autres, c’est vivre au milieu des autres et témoigner.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Ce serait de ne jamais désespérer. De comprendre que l’essentiel, c’est l’écriture, que le reste, c’est la cerise sur le gâteau mais que, si l’on ne rêve que de publication, alors on confond la fin et le chemin.

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16 Réponses to “Si on parlait écriture avec Jean-Philippe Blondel?”

  1. Valentyne 5 mars 2013 à 06:18 #

    J’aime bien le 90%de travail et 10% de persévérance 😉
    Quelle ténacité : 277 refus 🙂
    Un auteur que j’aime beaucoup …

    • insatiablecharlotte 8 mars 2013 à 09:58 #

      ténacité et travail, c’est ce qui ressort de cette interview, même si le plaisir occupe également une place de choix!

  2. lucie38 5 mars 2013 à 08:38 #

    « Etre écrivain, c’est…

    Tenter de se comprendre et de comprendre les autres, c’est vivre au milieu des autres et témoigner. »

    Oui !!! Bon ok, ténacité, persévérance.

  3. argali2 5 mars 2013 à 08:46 #

    J’aime beaucoup sa conclusion ! Merci pour cette interview.

    • insatiablecharlotte 8 mars 2013 à 09:58 #

      De rien! J’aime tellement lire leurs réponses, cela durerait encore quelques pages que ce serait toujours aussi bien!

  4. eimelle 5 mars 2013 à 10:09 #

    Merci pour ces réponses! Un auteur que j’apprécie beaucoup également, et une belle leçon de persévérance!

  5. Gwenaëlle 5 mars 2013 à 13:56 #

    Des réponses pleines de sagesse et d’humanité qui collent bien avec l’idée qu’on peut se faire de l’auteur. 😉

    • insatiablecharlotte 8 mars 2013 à 09:55 #

      Des réponses qui donnent une énergie folle et surtout une jolie leçon de persévérance!

  6. Laure 5 mars 2013 à 19:18 #

    On voit à quel point Monsieur Blondel est humble, c’est une vraie qualité. et je crois que les vrais auteurs ne se découragent jamais, c’est en eux. Cela montre qu’ils écrivent avant tout pour eux et que c’est une vraie passion.
    J’ai dans ma PAL « accès direct à la plage » que j’ai très hâte de lire, et encore plus depuis que je viens de lire cette interview, merci 😀

    • insatiablecharlotte 8 mars 2013 à 09:54 #

      Il n’est effectivement dans aucune posture ou aucun stéréotype, il vit l’écriture comme une évidence, et pour notre plus grand plaisir!

  7. Madame 6 mars 2013 à 21:31 #

    Merci pour cette interview, j’aime beaucoup ces livres, ses réponses lui ressemblent, simples, humaines, modernes, merci!

    • insatiablecharlotte 8 mars 2013 à 09:53 #

      Tout à fait d’accord. Je suis toujours contente de lire les réponses d’auteurs car je trouve qu’elles ressemblent vraiment à leurs oeuvres et leurs personnalités!

  8. Sous les galets 9 mars 2013 à 14:23 #

    Merci pour ce bel entretien, c’est précieux ces petits moments de vérité (sans arrogance ni fausse modestie). J’ai hâte de lire 6h41. Ravie de découvrir ton blog

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