Si on parlait écriture avec Fanny Salmeron? (et ses étourneaux!)

19 Fév

Il y a peu je vous parlais d’un roman tendre et mordant, il s’agissait des Etourneaux de Fanny Salmeron. Depuis tout le monde en parle (notamment Elle), vous n’avez donc pas pu passer à côté (et si c’est le cas, il est encore temps de vous le procurer chez votre libraire!).C’est Fanny Salmeron qui vient à votre rencontre aujourd’hui pour vous parler de son parcours d’auteur et son travail d’écriture!Merci Fanny! La semaine, c’est son (génial) éditeur qui viendra vous parler de son travail, parce que tous les acteurs de la châine du livre sont essentiels!

Crédit photo: Ruddy Descieux

Crédit photo: Ruddy Descieux

 

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je dirais mille pour cent d’envie. Et surtout un vrai besoin. Je ne sais pas comment ni pourquoi écrivent les autres, mais pour moi c’est devenu très vite quelque chose d’indispensable.  C’était pour vider mon cerveau, un peu comme la pensine dans Harry Potter (attention référence!)

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Malheureusement, comme j’ai un « vrai » travail à côté, ça ne se compte pas en heures par jour. Et je n’ai pas un rythme très régulier. Je suis admirative de ces écrivains qui se disent à huit heures du mat « allez, je vais écrire jusqu’à dix-neuf heures » et qui le font. Je ne suis pas assez disciplinée pour ça. Tout me distrait.

Après, il y a le temps passé à l’écriture (journal, blog, carnets de toutes sortes) et le temps passé à l’écriture d’un roman. Ce n’est pas le même travail. Avant d’être éditée, j’écrivais tout et n’importe quoi, j’écrivais comme je respirais, j’ai dans une boîte des cahiers entiers que je n’ai jamais relus. Maintenant, je sais que tout peut être une idée pour une nouvelle ou pour un livre, alors je suis plus attentive à ce que j’écris.

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3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Il y a eu plusieurs premières fois. Le premier roman que j’ai fait lire autour de moi et que j’ai même envoyé à un concours de jeunes écrivains, je l’ai écrit à quinze ans. Le livre s’appelait « CHLOE ! » avec un point d’exclamation. J’avais même imprimé une fausse couverture dans le genre Robert Laffont, avec une silhouette de chat. Mais il n’y avait pas d’accent sur le E majuscule, je ne savais pas comment les faire, alors tout le monde m’a appelée « Shlo » pendant tout le lycée… Je ne sais pas où est ce manuscrit, je crois que je n’en ai plus de trace nulle part. C’est dommage. Ou peut-être pas…

Mais si on parle du premier roman édité alors c’est Si Peu d’Endroits Confortables en juin 2010, chez Stéphane Million. Un vrai grand moment d’émotion. J’étais fébrile. J’en avais eu un lumbago. Genre comme un accouchement.

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

J’ai du mal à l’être complètement. Heureusement que l’éditeur est là pour dire stop à un moment, qu’il impose une deadline. Pour les étourneaux (le troisième qui vient de sortir) j’ai fait tout changer à la dernière minute, au moment du BAT. J’ai cru que Stéphane allait m’étrangler… Mais il m’a dit « ok, je te fais confiance » et il a fait les modifs que je voulais faire. Je ne l’ai pas relu depuis la sortie, je pense que je voudrais encore changer des choses.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

L’année avant Si Peu d’Endroits Confortables, j’ai écrit un autre livre (d’ailleurs l’héroïne s’appelait encore Chloé) que j’ai envoyé à des éditeurs. J’ai eu plein de belles lettres de refus (je les ai toutes gardées), mais ce qui m’a aidée surtout c’est Jean-Marc Roberts chez Stock qui m’a reçue dans son bureau pour m’expliquer pourquoi ce n’était pas possible de publier ce roman. J’ai compris ce qu’il voulait dire.  Ça m’a permis de passer à autre chose, et d’écrire le suivant. En sortant de cette discussion, je me suis sentie plus légitime, j’ai senti que « être écrivain » ce n’était plus un rêve idiot.

Quant à la publication de Si Peu d’Endroits Confortables, c’était assez drôle. Je connaissais Stéphane Million pour avoir écrit une nouvelle dans sa revue Bordel (celui sur le thème de La Jeune Fille). Je me suis ensuite décidée à lui envoyer le manuscrit de mon roman. Quelques semaines après, comme je n’avais pas eu de retour, je me suis risquée à lui envoyer un mail « Est-ce que tu as eu le temps de lire le texte que je t’ai envoyé ? » et là il m’a répondu « Ah oui, c’est bon, je le sors en juin !». C’était dingue.

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6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

L’écriture ça se passe principalement dans la tête. Quand on somnole dans le métro, sous la douche, pendant une réunion un peu longue au bureau… Tous ces instants précieux et rares où on peut se laisser aller à flotter. Les personnages prennent vie dans ces flottements-là. Ensuite, ils grandissent. Ils se construisent. Ils font leur vie tout seuls ou presque. C’est arrivé plusieurs fois que mes personnages prennent des directions que je n’avais pas voulues au départ. Ce sont eux qui font la loi.

Après il n’y a plus qu’à écrire… C’est assez rapide, du coup. Même si avant j’ai passé sept ou huit mois à ne penser qu’à ça, à prendre des notes, à inventer des dialogues, des paysages, des attitudes, des idéaux.

Quand je me force, du genre « prends un stylo et une feuille blanche et écris pendant deux heures » ça me rappelle trop les contrôles à l’école, alors je ne fais généralement que des petits dessins (comme à l’école) ou alors j’écris la même phrase en boucle, que je trouve géniale. Et au final, c’est nul.

Par contre, non, je ne fais lire à personne en cours d’écriture. Je suis trop influençable. Et trop sensible. Si pendant l’écriture quelqu’un me dit « ça, j’aime pas trop » je vais pouvoir fondre en larmes. Mais quand le livre est terminé, c’est bon, je prends tout bien, j’assume carrément.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Si on n’a ni doute ni angoisse, à quoi bon écrire ? Il faut partir du principe que, au fond, rien ne sert à rien : ni l’écriture, ni le travail, ni l’argent, ni l’amour, ni le vertige, ni les fleurs… quand on a conscience de ça, tout se passe bien. On fait juste ce qu’on a à faire. Tout le monde a une bonne raison pour écrire. Moi c’est la seule façon que j’ai trouvé pour vivre mieux, vivre en plus grand.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Franchement, j’ai pleuré. J’ai ri et pleuré en même temps, en fait. Je crois que j’ai dansé un peu dans ma cuisine, aussi. Et j’ai pensé à moi quinze ans avant. Je suis allée la voir, la moi du passé, et je lui ai dit « tu vois, t’avais raison d’y croire».

J’étais pleine de trac et d’amour à la fois. Le ventre en fusion, quoi. Mais ça m’a fait la même chose pour le deuxième et le troisième. J’espère que ce sera pareil pour les autres à venir.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je dirais qu’il était vachement triste… Maintenant que je vais mieux, je comprends pourquoi des gens ont pleuré.  Mais je l’aime beaucoup, pour plein de raisons. Je ne regrette aucune page de ce livre. C’est ce que j’ai voulu écrire à ce moment-là, c’est ce que j’avais à dire sur le monde à ce moment précis.

10. Etre écrivain, c’est…

… cool ! Parce qu’une fois que le livre existe, on a parfois la chance d’aller participer à plein de salons à travers la France, d’aller rencontrer les lecteurs, d’autres auteurs, de se présenter en disant « bonjour, je suis écrivain » sans rougir…

C’est ça qui fait du statut d’écrivain autre chose que : « je passe mes nuits blanches à écrire tout seul et tout triste à la lumière d’une bougie. »

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

…qu’il faut beaucoup coucher pour réussir ! Non je plaisante… Je n’ai pas vraiment de conseil, s’ils écrivent, ils savent bien que c’est ça le plus important. Il faut persévérer et croire en vous, jeunes padawans.

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7 Réponses to “Si on parlait écriture avec Fanny Salmeron? (et ses étourneaux!)”

  1. Submarine 19 février 2013 à 09:14 #

    Je découvre avec grand plaisir Fanny Salmeron… J’aime beaucoup sa sensibilité. Je me reconnais dans quelques uns de ces mots… C’est agréable, je me prends à rêver ! Cette interview est un très bon moment, je suis séduite. Merci à vous 🙂

  2. lucie 19 février 2013 à 12:10 #

    Cet interview m’a beaucoup ému, va savoir pourquoi. A relire pour se redonner de l’oxygène quand devant le clavier ou la feuille, on sent que le souffle est court. Merci à vous deux.

  3. Sophielit 22 février 2013 à 17:35 #

    Incroyable, le 1er paragraphe de la réponse de Fanny à ta 5ème question… (et passionnant, l’ensemble, comme toujours avec cette rubrique)

  4. L'or des chambres 24 février 2013 à 15:43 #

    Voilà une auteure que j’ai envie de découvrir depuis la sortie de « Si peu d’endroits confortables ». Elle parle de l’écriture d’une façon qui me touche beaucoup, merci pour cet interview passionnant

    • insatiablecharlotte 8 mars 2013 à 10:06 #

      Je suis fan des étourneaux et je suis en train de lire les autres romans de Fanny! Un bonheur!

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  1. "Ce sont les personnages qui font la loi.&... - 8 mars 2016

    […] "L’écriture ça se passe principalement dans la tête. Quand on somnole dans le métro, sous la douche, pendant une réunion un peu longue au bureau… Tous ces instants précieux et rares où on peut se laisser aller à flotter. Les personnages prennent vie dans ces flottements-là. Ensuite, ils grandissent. Ils se construisent. Ils font leur vie tout seuls ou presque. C’est arrivé plusieurs fois que mes personnages prennent des directions que je n’avais pas voulues au départ. Ce sont eux qui font la loi."  […]

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