Si on parlait écriture avec Serge Joncour?

12 Fév

Son dernier mot L’amour sans le faire remporte un joli succès, mérité et évident au regard de la sensibilité de l’histoire que Serge Joncour nous raconte.

Aujourd’hui, c’est sur mes questions qu’il a bien voulu poser ses mots.

Merci beaucoup Serge!

Crédit photo: David Ignaszewski

Crédit photo: David Ignaszewski

 

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Et bien voilà, ce doit être exactement cela 10% de fulgurance, d’intuition, et 90% du travail, du temps passé à reprendre, à corriger, à peaufiner ! C’est la qualité de ces 90% qui est à préciser, parfois c’est un travail réjouissant, à se surprendre
soi-même de ses trouvailles, à améliorer le sens, mais c’est aussi des phasesd’incertitude, de doute,où je ne vois plus bien où va l’histoire. En panne !

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

C’est variable. Parfois 8 heures. Parfois 1. Mais il y a aussi les courriers,les textes pour la radio, le travail d’un scénario, répondre à un questionnaire, c’est de l’écriture toujours, mais pas celle dévouée au « roman ». De toute façon écrire est un
genre de vice, ou de besoin, un geste naturel.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

En 1998 il s’appelait VU, envoyé par la poste au Dilettante.

vu

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Un manuscrit est un peu comme un proche, on est souvent satisfait, parfois un peu fâché, mais sa seule présence peut rassurer !

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Beaucoup. Je dis toujours une dizaine pour arrondir, mais c’est de cet ordre là, à commencer par un recueil de poèmes à 19 ans, qui fut refusé. J’ai plus de
cent lettres de refus dans mon grenier.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

C’est un peu comme un train, parfois ça va très vite, puis ça n’avance plus, un vrai tortillard. Les belles phases dans l’écriture, c’est d’être lancé comme un TGV, et de voir courir l’histoire sous ses doigts sur 2, 10, 15 pages comme ça. Rare !
L’écriture se fait aussi en dehors de l’écriture, en marchant, en faisant autre chose, en lisant, des idées viennent, des directions se dessinent, un inconscient se tisse. Ecrire un roman c’est comme d’avoir une seconde vie, une vie dans laquelle on peut reprendre, revenir en arrière, bien réfléchir à ce qu’on fait…

l'amour%20sans%20le%20faire

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ?

Ecrire un roman, c’est chaque fois un processus différent pour moi. Mais en écrivant celui qui fut le premier publié, je sentais bien plus d’allégresse, plus de folie que dans les précédents. Plus de liberté aussi.

Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ?

Et bien penser à moi !

J’ai mis des années avant de trouver un éditeur. Je suis devenu, têtu, obstiné, pour ça en tout cas, me disant que c’était essentiel pour moi. Et moi, j’ai cette envie là, de raconter une histoire en prenant mon temps, et non pas à table à l’oral, comme d’autres savent le faire. Et j’aime écrire, jouer avec les mots, faire naitre des images, des personnages, c’est important les personnages, faire en sorte que les autres s’y reconnaissent, dans mes personnages. Les adaptations au cinéma de certain de mes livres, ont même donné corps à mes personnages, je les ai rencontré sous les traits de… et bien de pas mal d’acteurs ! d’actrices ! Mais ils existent surtout dans le souvenir de certains lecteurs. En somme : ils ont parlé !

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Il est là ! Enfin là ! Il existe ! Maintenant c’est à lui de me prendre par la main ! Vas-y, livre, fais-moi vivre un peu, donne-moi du réconfort, prends un peu les choses en main, fais moi voir du monde ! Emmène moi, dans les librairies, les salons, vas-y… Au moins, ces deux ou trois années sont devenues concrètes, réalisées, Oh comme tu es solide… Et je vais écrire sur ta première page pour faire des dédicaces…Et tu vas partir, je ne sais où, finir dans un sac, une table de nuit, entre les mains de telle ou telle personne, être souligné, prêté, tu vas vivre une sacré vie j’espère, et en plus, tu es là en plusieurs exemplaires, un plein carton !! C’est solide comme de le pierre finalement, l’imaginaire….

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je n’ose pas trop le relire. Mais je sais qu’il est gai, drôle, je crois assez bien écrit. Il vient de loin… !

sans-titre

10. Etre écrivain, c’est… l’être tout le temps, en permanence, c’est une forme de liberté. C’est risqué aussi, quand le livre ne plait pas, on peut avoir mal.
Et dans ces cas-là, il faut bien vite avoir envie d’un autre. Etre toujours projeté vers l’avant. C’est sans doute regarder le monde avec une sensibilité plus avouée, ne pas
avoir peur de ses émotions, c’est être aussi moins imperméable, moins étanche, que les autres…

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Sa place, c’est à chacun de l’inventer. Ce n’est pas comme un poste de directeur, ou de barman, ou de caissier, toutes les activités où le poste existe déjà. Non, là, il faut être convaincu d’avoir soi-même sa place, quitte à l’inventer. Le plus
important, quand on est découragé, c’est ce se dire que « découragé » on l’est tous à un moment ou à un autre. Alors, à soi de croire en soi, même si parfois, il faut un peu se
forcer ! Et ne pas hésiter à recommencer un autre manuscrit, quand celui qu’on a écrit ne plait pas,c’est pas grave, il nous a au moins permis de se perfectionner.

l'idole

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12 Réponses to “Si on parlait écriture avec Serge Joncour?”

  1. Valentyne 12 février 2013 à 06:16 #

    Bonjour Laure 🙂
    J’ai adoré ce livre « l’amour sans le faire  »
    Les personnages sont tellement « vrais » et attachants. J’aime bien dans les réponses à tes questions cette façon d’interpeller le livre en lui disant « tu »
    Bonne journée 🙂

    • insatiablecharlotte 15 février 2013 à 12:04 #

      Tu as remarqué… c’est le premier à utiliser cela et effectivement il t’attrape encore plus du coup!

  2. lucie 12 février 2013 à 07:47 #

    et bein dis donc, si avec ça ma belle Charlotte tu n’es pas reboostée. J’aime quand Serge dit qu’être écrivain « C’est sans doute regarder le monde avec une sensibilité plus avouée, ne pas avoir peur de ses émotions, c’est être aussi moins imperméable, moins étanche, que les autres… » et quand il dit qu' »Ecrire un roman c’est comme d’avoir une seconde vie, une vie dans laquelle on peut reprendre, revenir en arrière, bien réfléchir à ce qu’on fait… » Faire sa place, croire en soi. Merci à vous deux pour ce bel entretien !!! J’ai hâte de rencontrer l’auteur en mars dans ma ville !!!

    • insatiablecharlotte 15 février 2013 à 12:03 #

      Tu imagines bien que ses mots ont résonné en moi!! Belle rencontre en perspective alors!

  3. Le Journal de Chrys 12 février 2013 à 08:10 #

    J’ai beaucoup beaucoup beaucoup aimé L’amour sans le faire!!!!!

  4. Isabelle FEINT 12 février 2013 à 09:28 #

    « Ecrire un roman c’est comme d’avoir une seconde vie, une vie dans laquelle on peut reprendre, revenir en arrière, bien réfléchir à ce qu’on fait… » et pour moi qui ne suis que lectrice, lire c’est un peu la même chose : accéder à d’autres vies, revenir en arrière et réfléchir aussi… Merci à tous les deux.

  5. blogclara 12 février 2013 à 20:55 #

    Une belle interview qui frappe par sa sincérité !

  6. Laure 12 février 2013 à 21:57 #

    Très intéressant comme interview ! Un coup de coeur pour moi L’amour sans le faire et c’est marrant je reconnais dans ses réponses sa façon d’écrire, son style. J’aime cette simplicité et cette apparente sérénité. Un écrivain c’est un passionné et on sent le passionné, la vie pour l’écriture, l’écriture vit.
    Merci pour ce beau moment 😀

    • insatiablecharlotte 15 février 2013 à 12:02 #

      De rien! L’amour sans le faire a su conquérir de nombreux lectures et je crois qu’effectivement la simplicité et la passion de Serge Joncour y sont pour quelque chose!

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