Thierry Hesse, Chahdortt Djavann et Clémence Boulouque: Trois romans, trois réussites!

6 Fév

Trois critiques aujourd’hui! Trois romans forts!

 Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann415QWUdyV7L__SL500_AA300_

Deux raisons d’aller vers ce roman :

– la lecture du précédent roman De chahdortt Djavann, la muette (à l’époque, un petit mot sur Kesketalu), un roman court mais renversant

– le titre qui tout de suite a attiré mon attention, troublant pour celle que je suis.

Là encore l’auteur a réussi à venir me chercher dans mes retranchements, oscillant entre deux récits de vies : l’un nous embarquant au côté d’une femme dans l’Iran des années 90 et l’autre nous ouvrant la porte d’un cabinet de psy où la thérapie de la même femme se déroule, cette fois ci dans le Paris actuel.

Un roman déroutant, la folie n’est jamais loin, si proche, si tangible. La révolte comme seul étendard.

Les violences, la répression, le sort des femmes iraniennes, la construction de soi face à un père tyrannique et dangereux, les interrogations sur l’utilité d’une thérapie : l’auteur ne nous épargne rien et traite tous ces sujets avec talent.

Le travail autour de la thérapie est intéressant tant il est vrai. Rien n’est passé sous silence, ni la difficulté de se libérer, ni ses temps morts inévitables dans la quête de sens.

L’auteur utilise un style direct et simple, sans en faire des tonnes, trouvant le bon mot au bon moment.

A l’heure du bouleversement du monde arabe, ce roman, sorti en 2011, est à se procurer de toute urgence.

Extrait : « A l’époque, elle ne se doutait pas qu’en entamant une psychanalyse elle ajouterait à l’exil géographique et linguistique l’exil de soi. Mais elle savait d’instinct une chose : La naissance ne suffit pas, il faut se créer. »

L’inconscience de Thierry Hesse

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Ce roman ne ressemble à aucun autre, si bien que cela fait un moment qu’il est fini mais je ne sais pas comment l’aborder. L’exploration de relations autre qu’amoureuses me plaît. Je ne suis pas une romantique qui lit avec passion et ardeur les belles histoires romanesques.

Je veux qu’on me parle d’autre chose, de ces autres relations qui font que la vie a le goût qu’elle a.

Thierry Hesse se penche lui sur la relation fraternelle, une relation complexe et unique.

Deux personnages. Deux conceptions de la vie. Un lien. Frères.

Carl, marié, deux enfants, une belle maison.

Marcus, en errance, prof sans l’avoir décidé à Roubaix, quelques aventures avec ses étudiantes.

Un troisième personnage, une ville que je connais: Metz.

Rien n’est évident, les apparences sont trompeuses. Comme souvent. Comme toujours ?

Deux constructions, deux apprentissages différents, en provenance pourtant de la même source.

Une réflexion profonde mais qui laisse une place entière au lecteur sur les interprétations et les ressentis, sur le lien familial, sur les vies que l’on choisit et sur ce qui finalement est important. Sur l’illusion du bonheur aussi.

Un roman perturbant, qui ne suit pas les codes établis.

Extrait : «  On devinait ce qui les avait éloignés : deux frères ont beau avoir été élevés ensemble par les mêmes parents, ils n’ont pas eu la même enfance, et plus tard n’ont pas la même façon d’aimer les gens, de supporter les peines, ils rient rarement des mêmes choses et ne donnent jamais à la vie un sens tout à fait identique. »

Je n’emporte rien de ce monde de Clémence Boulouque

Boulouque

Clémence Boulouque, on la connaît malgré elle. Pour son père.

On aurait tort de s’arrêter là. Elle signe avec Je n’emporte rien de ce monde son huitième roman.

Elle nous conte ici l’histoire de Julie, sa meilleure amie, qui décide de mettre fin à sa jour, à l’âge où on est censé rêver à la vie et se construire mille facettes.

Evidemment, comme un leitmotiv, revient l’histoire de son père, de cette mort que l’on décide.

Comment survivre après ces drames, avec ces bouts d’êtres en moins ?

Clémence Boulouque nous livre un texte intense et poignant sur la perte des êtres, sur l’absence et malgré tout, sur la vie. Sur l’instinct de vie, sur le pouvoir de la littérature aussi.

Extraits: «  Et je parie sur les mots comme sur des ricochets, sur des échos. »

«  Mon père m’a abandonné cette jeunesse, ses quarante ans, cette fragilité des êtres que l’on prend pour des ainés, alors qu’ils sont à peine éclos.

Julie- cette façon de fixer le monde avec un regard de défi, de penser qu’il sera toujours plus essouflé que nous, et de ricaner ou de sourire sans lui prêter attention.

Ne rien emporter.

Le monde est fait pour qu’on s’en échappe. »

 

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2 Réponses to “Thierry Hesse, Chahdortt Djavann et Clémence Boulouque: Trois romans, trois réussites!”

  1. Laure 6 février 2013 à 21:18 #

    Ton article est vraiment très intéressant et je note tous ces livres qui m’interpellent, merci à toi ! Bonne soirée 🙂

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