Si on parlait écriture avec Elsa Flageul?

29 Jan

Ce début d’année m’a apporté de délicieux moments de lecture, le dernier roman d’Elsa Flageul en fait partie. Les araignées du soir ont été une découverte pour moi et un roman lu d’une traite, le souffle court! Tout y est: l’écriture telle que je l’aime, des personnages puissants et qui prennent vie instantanément et une histoire prenante!

Elsa est en plus, d’une auteur talentueuse, une belle personne, sensible et délicate qui nous livre sa version du travail d’écriture.

Crédit photo: Astrid Di Crollalanza

Crédit photo: Astrid Di Crollalanza

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je ne crois pas que ce soit inné. Je parlerais plutôt d’un goût qui se développe pour la lecture puis pour l’écriture et qui devient envie, désir puis nécessité. Ce désir crée peut-être ce qu’on appelle le talent mais qui reste quelque chose de très flou et de très abstrait pour moi. Je crois au désir absolu d’écrire mais surtout au travail. Ecrire c’est surtout réécrire !

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Je me suis mise à écrire du jour à lendemain, il y a presque dix ans. Depuis ce jour, j’écris de la même façon, la publication n’a pas changé mon rythme d’écriture. Quand je suis dans l’écriture d’un livre, il y a plusieurs phases. La première, celle du commencement d’un livre est de loin pour moi la plus difficile, il y a tant de choix à faire, de décisions à prendre, de mauvais chemins à rebrousser pour trouver le bon, que cela me demande énormément de concentration. Dans cette phase-là, j’écris environ quatre heures par jour, je n’arrive pas à faire plus. Mais une fois que le livre est là, que le ton est trouvé, que les personnages prennent corps, alors je peux écrire beaucoup plus longtemps, en général sept heures par jour. A la fin de l’écriture d’un livre, je ne sais même plus combien d’heures par jour cela me prend tant je suis obsédée, j’y pense tout le temps et j’ai la sensation de ne jamais m’arrêter même si je ne suis pas physiquement à mon bureau. C’est tout le travail de l’écriture : il ne se fait pas uniquement quand on écrit, mais beaucoup malgré soi, la nuit, sous la douche, au cinéma, tout le temps. C’est une obsession de chaque instant.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Mon premier roman s’appelle « J’étais la fille de François Mitterrand », il est paru en janvier 2009 aux éditions Julliard. Je l’ai écrit entre 2008 et 2009 et c’est l’histoire d’une petite fille qui croit (et surtout espère) être la fille de François Mitterrand, alors président de la république (on est en 1989). Cette petite fille, Loulou, ne se sent pas aimée comme elle le voudrait, et s’invente alors une filiation imaginaire avec François Mitterrand qu’elle se représente comme étant le père parfait, absolu.

elsa

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Oui bien sûr qu’on peut l’être, heureusement ! Mais pas forcément quand on le termine bizarrement. Quand je termine un manuscrit, je n’ai plus de désir pour lui, j’ai la sensation d’en avoir « fini » avec lui. Mais je ne sais pas forcément quoi en penser, en général je l’ai tellement relu, remanié, retravaillé, mis sens dessus dessous que je ne peux plus le voir en peinture ! Je le laisse donc de côté et me fie à l’avis de mon éditrice, Betty Mialet et de sa collaboratrice, Vanessa Springora. Ce n’est que plusieurs mois après que je le relis et que je l’aime vraiment, complètement. Et là c’est pour de bon.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Un seul en ce qui me concerne. J’ai écrit un manuscrit avant « J’étais la fille de François Mitterrand » dont j’étais très fière parce qu’il était fini, que c’était le premier et que j’y avais mis le meilleur de moi-même mais dont je connaissais les failles et les manques. J’avais tout de même de l’espoir mais j’ai assez vite compris qu’il ne serait pas publié, et je savais très bien pourquoi. Cela m’a terriblement motivée. J’ai écrit « J’étais la fille de François Mitterrand » dans la foulée et je l’ai envoyé chez Julliard. Et j’ai été publié. Le bonheur absolu.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Chaque livre est différent mais en général je commence toujours avec une idée forte, principale, qui peut-être une image comme pour « Les Araignées du soir » par exemple, un lieu, un film, une sensation même. Je n’ai aucune idée de l’histoire, des personnages, de ce qui va se passer ni de pourquoi j’ai envie d’écrire ça, je ne sais pas grand-chose en définitive mais je sais que le prochain livre partira de là, de ça je suis parfaitement sûre. Je me jette donc dans l’inconnu et je vois où me portent les mots. Je me trompe parfois alors je reviens en arrière, je « cherche » le livre, son ton, son identité. Et puis à un moment donné, je le trouve avec certitude et là le travail devient différent, je commence à entrevoir où aller et comment. Je n’écris pas de manière chronologique et linéaire, si bien que le début du travail ne sera pas nécessairement le début du livre, je n’ai donc pas forcément de premier jet mais plutôt des étapes de travail, inachevées forcément, que je retravaille. Je n’aime pas faire lire quand j’écris sauf quand je ne sais vraiment plus quoi faire. A ce moment-là je demande l’avis de mon éditrice et de sa collaboratrice, et je reprends l’écriture avec leurs remarques avisées. Je fais aussi à lire à mon amoureux qui est d’excellent conseil. Ce sont mes premiers lecteurs.

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7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman c’est de ne pas savoir si ce texte deviendra un jour un roman ou non, s’il sera lu, s’il mérite même de l’être. C’est l’incertitude de la publication tant espérée, c’est effectivement ne pas savoir si tout ce temps passé à écrire toute seule dans son coin ne sera pas au final perdu. Je me souviens de moments de doute pendant l’écriture de mon premier roman, presque des gouffres, où je me demandais ce que j’étais en train de fabriquer et si je n’avais pas complètement perdu la raison ! Ce qui aide à surmonter ces moments-là (que je rencontre toujours parfois mais pour d’autres raisons aujourd’hui), c’est le désir fou de l’écriture, le plaisir infini qu’on y trouve, la certitude que l’on peut avoir parfois, quand on est heureux et fier d’une phrase que l’on vient d’écrire par exemple, d’être à l’endroit précis où on doit être ici et maintenant. Cette certitude d’être parfaitement soi quand on écrit, d’être à sa juste place ainsi que le bonheur immense d’écrire cela m’a fait tenir. C’est une sorte de foi, finalement.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

C’est un bonheur absolu, un peu irréel aussi. Personnellement, mon plus grand bonheur a plus été l’annonce de la publication que le fait de tenir mon premier roman entre mes mains. Quand j’ai su que mon manuscrit allait devenir un roman, je crois que ça a été un des plus heureux moments de toute ma vie, vraiment. Après je me suis habituée à cette idée (folle) que le livre allait exister et quand je l’ai eu dans les mains pour la première fois, c’était d’une part le résultat d’un long processus de travail et d’autre part, j’avais du mal à réaliser que c’était moi qui avait écrit ça, que ce nom écrit en gros caractère était bien le mien. Il y avait une forme de distance par rapport à l’objet, c’était très étrange. Cela ne m’a jamais vraiment quitté d’ailleurs, je suis toujours un peu impressionnée par cet objet qu’est le livre, j’ai toujours du mal à me dire que ce sont mes mots à l’intérieur. Mais c’est une joie immense, absolue.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je l’aime beaucoup ! J’y suis très attachée parce qu’il représente beaucoup, c’est grâce à lui que j’ai été publiée, j’en suis donc très fière. Si je l’écrivais aujourd’hui, il serait bien différent c’est sûr, j’irai plus loin sans doute, à tous points de vue. Mais à ce moment-là, je ne pouvais pas écrire autrement, c’est une question d’expérience comme pour tout dans la vie.

10. Etre écrivain, c’est…

« Vous savez être écrivain c’est faire ses courses avec les vieilles dames, c’est prendre ses cafés avec les vieux messieurs, c’est faire tout cela au beau milieu de la journée, c’est avoir en apparence la vie d’un retraité ou d’une femme au foyer », c’est dans mon dernier roman « Les Araignées du soir » et je trouve ça très vrai ! Plus sérieusement, outre la solitude qui est réelle, être écrivain c’est plonger en soi très profondément et y trouver ce qu’on ne cherchait pas.

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11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

D’écrire tous les jours, ça c’est essentiel. De ne pas attendre la sacro-sainte inspiration, qui à mon sens n’existe pas vraiment, et d’écrire même quand on en n’a pas envie, quand on n’y arrive pas. Rester concentré sur le livre même quand rien ne vient, parfois pendant plusieurs jours, plusieurs semaines.  D’être discipliné dans sa pratique de l’écriture, c’est pour moi primordial.

Et une fois que le livre est écrit, de ne pas hésiter à l’envoyer aux éditeurs, même quand on ne connaît personne dans ce milieu. Contrairement à ce que j’entends très souvent, il n’y a pas que les gens qui connaissent quelqu’un ou qui sont pistonnés qui sont publiés. Moi je ne connaissais personne, j’ai envoyé mon manuscrit par la poste et j’ai été publiée chez Julliard. Et je ne suis pas la seule dans ce cas. Il faut y croire.

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10 Réponses to “Si on parlait écriture avec Elsa Flageul?”

  1. Valentyne 29 janvier 2013 à 06:30 #

    Une femme passionnée et un beau portrait 😉 merci pour le partage Charlotte

    • insatiablecharlotte 4 février 2013 à 10:25 #

      t comme toutes les femmes passionnées, elle est passionnante… et c’est vraiment une belle personne!

  2. Submarine 29 janvier 2013 à 09:05 #

    Interview très intéressante ! Je ne connaissais pas cet auteur, son portrait me séduit. Merci Charlotte, & bien sûr Elsa Flageul, pour ce bon moment 🙂

  3. blogclara 29 janvier 2013 à 21:12 #

    Et moi j’ai envie de la relire !

  4. betty mialet 30 janvier 2013 à 10:30 #

    très belle interview. Bravo Elsa et bravo à sa talentueuse intervieweuse.

    • insatiablecharlotte 4 février 2013 à 10:21 #

      Merci beaucoup, très honorée que vous veniez dans mon petit monde faire un commentaire, et merci pour le compliment! Tout le mérite revient cependant à Elsa, formidable!

  5. L'or des chambres 14 février 2013 à 14:14 #

    Un très joli portrait d’écrivain et un roman qui me semble très intéressant… En même temps je découvre ton blog dont je vais garder précieusement le lien chez moi

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