Si on parlait écriture avec Pia Petersen?

8 Jan

On reprend les bonnes habitudes sur le blog avec les interviews d’auteur et le retour prochain de la rubrique Quand je serai grande, je serai! Partage et rêves, deux maîtres mots ici!Pour commencer l’année, voici une interview comme j’aime: sans concession et pleine d’espoir.C’est Pia Petersen qui nous raconte son parcours d’écrivain et qui nous prouve encore une fois qu’à force de travail et de détermination, tout est possible!Et si vous ne connaissez pas encore Pia, vous allez vite l’adopter avec la sortie demain de son nouveau roman (absolument génial): Un écrivain, un vrai (rdv demain même lieu même heure pour que je vous parle de ce roman!) Merci Pia pour votre confiance, votre disponibilité et votre gentilesse (et Merci Kévin Juliat, il saura pourquoi!)

Crédit photo: Philippe Matsas

Crédit photo: Philippe Matsas

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je n’ai jamais vraiment su. Je voulais écrire déjà à l’âge de 7 ans, je suppose donc que c’est inné mais en réalité je n’en sais rien. Je pense qu’il y a de la vocation quelque part et que ça peut se réveiller à n’importe quel moment. Après, on est précoce ou pas. C’est de la sueur et du talent mais aussi beaucoup de volonté et une bonne dose de culot. C’est vrai que c’est beaucoup de travail, un livre écrit sur un an est en réalité réfléchi depuis toute une vie. Je m’occupais beaucoup de la liberté déjà enfant. En même temps il y a des textes magnifiques qui ont été écrit très rapidement.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Le temps d’écriture ne se calcule pas seulement d’après le temps où l’on est assis à écrire. J’écris aussi quand je me brosse les dents, quand je prends le métro, quand j’essaie de ne penser à rien, quand je me promène. Le temps d’écriture est permanent, c’est un mode de vie où il faut être disponible tout le temps.

Pour mon premier roman, je prenais les rites très au sérieux. Je pensais que si je faisais comme Balzac, je serai Balzac. J’avais investi dans une belle plume, pensant que ça rendrait mes écrits plus intelligents. J’écrivais le matin en buvant du café parce que c’est ce que font les écrivains. Puis j’ai été publiée, je devais aussi me déplacer et tous les rites ont volé en éclat. Maintenant j’écris partout où je suis, quand j’ai un moment. Mon écriture se fait au fil du jour, je ne cesse jamais, il n’y a plus d’heure, plus de lieu, plus de plume, c’est tout le temps, partout… Cafés, Starbucks, chambres d’hôtels, aéroports…

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Après avoir pris ma décision d’écrire, il m’a fallu longtemps avant de commencer, le temps de découvrir la vie, d’apprendre des choses, de faire des expériences. Le premier roman (Le jeu de la facilité) était assez complexe, je voulais prouver que je maîtrisais bien le français alors j’avais mis le paquet. J’avais presque vidé le dictionnaire de synonymes dedans alors il y avait trop de mots. Je l’avais écrit à Marseille, enfermée dans mon bureau, en respectant les rites des écrivains tels que je me les imaginais.

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4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

On n’est jamais satisfait et c’est ce qui rend ce travail si dur. Le talent, c’est aussi de savoir quand c’est fini. Disons qu’il y a une logique dans chaque roman, un moment où il ne sert plus à rien de changer ou réécrire quoi que ce soit puis il y a la lassitude. Quand on ne découvre plus rien soi-même, c’est qu’il faut le mettre de côté. Quand je l’envoie à l’éditeur, j’ai une rupture avec le roman, ce n’est déjà plus le mien. Après, quand il revient, je retravaille dessus mais différemment. Ce n’est plus du tout le même travail, il s’agit de peaufiner et là on ne peut pas se permettre d’être sentimental ou de vouloir se faire plaisir. C’est au fond l’insatisfaction permanente qui permet d’être vigilant et de savoir écrire contre soi-même.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié?

Le premier n’a jamais été édité. Il est toujours dans mon tiroir quelque part, je crois. Je l’avais envoyé à je ne sais combien d’éditeurs, que des refus. Puis quelques éditeurs m’ont donné des conseils, ce qui est toujours bon signe. Après il y a eu des nouvelles que j’ai envoyées à des magazines. Que des refus.

Pour le deuxième manuscrit, pareil, beaucoup de refus mais j’ai insisté, c’était long puis finalement une petite maison d’édition à Marseille l’a publié. Mais ce n’était pas encore fini.

Le troisième manuscrit, je l’ai envoyé ou donné en main propre (je connaissais à ce moment, grâce au premier roman, quelques personnes dans le milieu littéraire). J’avais toujours des refus mais pas francs, des éditeurs qui voulaient éventuellement me publier mais pas encore, qui voulaient me garder sous la main. Puis j’ai rencontré Hubert Nyssen (Actes Sud) qui avait lui aussi refusé le manuscrit mais voulait me suivre dans mon travail d’écrivain. Je lui ai envoyé le premier jet d’un nouveau manuscrit qu’il a lu et il m’a tout de suite envoyé un contrat. C’était pour Parfois il discutait avec Dieu. J’ai dû mettre cinq ans pour y arriver.

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6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

C’est différent de livre en livre. Le premier jet prend de trois à six mois et après je le retravaille, ce qui est beaucoup plus long. Je vais sur le terrain, je voyage, je lis beaucoup, je le fais lire à mes lecteurs personnels. Mais je travaille de plus en plus sur plusieurs livres en même temps. Pendant que j’écris un roman, j’ai toujours d’autres idées qui surgissent alors j’entreprend tout de suite un autre livre, quitte à le laisser de côté après, afin de finir le roman déjà en cours. Pour me reposer d’un manuscrit, je travaille sur un autre. Je laisse toujours mes projets grandir en moi, je rumine beaucoup, je tourne autour puis vient le moment où il faut se mettre en route, il faut y aller.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ?

Le plus difficile, c’est de se contraindre à ne pas tout écrire, à ne pas tout mettre dedans. On a tendance à vouloir écrire tous ses livres en un seul. C’est en même temps le roman le plus facile puisqu’on n’a rien à perdre.

L’angoisse et le doute ne disparaissent jamais, on se pose tout le temps des questions, on se demande à quoi ça sert, tout ça, mais on continue parce que l’œuvre est plus importante que ses propres problèmes égotiques, parce que ce que l’on veut transmettre ou montrer ou dire l’emporte sur tout le reste. Peu importe l’angoisse, le ridicule ou les mauvaises critiques, ce que j’ai à dire doit être dit et si personne ne s’en charge, il faut bien que je le fasse. C’est comme ça qu’on fait avec. Le tout est de savoir si l’enjeu du roman est suffisamment important.

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8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

C’est assez individuel. J’ai appris le français pour écrire en français, j’étudiais en faisant (en parallèle) la manche, tout en affrontant ceux qui pensaient que c’était totalement ridicule que j’écrive un jour des livres, ridicule et absurde, ce n’était donc pas évident que j’y arrive. Puis j’y suis arrivée. Même moi, je n’y croyais pas. Il y avait de l’ivresse, un sentiment de pouvoir aussi, je me sentais maître du monde pendant un bref instant, je me disais que tout était possible, j’imaginais la foule qui m’acclamait et qui se jetait sur le livre, bref, j’avais l’impression d’avoir changé le monde. Après j’ai fait le tour des librairies pour voir et j’ai assez brutalement réintégré la réalité.

Mais les premiers moments sont toujours magnifiques, quoique toujours mêlés d’angoisse et de peur que le livre passe inaperçu. Les moments où l’on n’est pas angoissé sont très rares.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Que c’était un premier roman avec, paraît-il, toutes les clés d’un premier roman. Il était complexe, il y avait trop de mots, il était beaucoup trop abstrait, lourd, indigeste. Quand j’allais en signature pour mon deuxième roman, je demandais toujours au libraire de l’enlever de la table. Il est maintenant épuisé (pas le libraire), je crois même que l’éditeur n’existe plus mais il y a toujours des lecteurs qui arrivent à mettre la main dessus. Bon, je ne peux pas les empêcher de le lire mais je ne les y encourage pas.

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10. Etre écrivain, c’est…

Un mode de vie, une manière d’être, un engagement…

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

…d’être sûr de ce que l’on veut, si c’est vraiment important, une urgence, une question de vie ou de mort, alors il faut foncer, sachant qu’il faut à mon avis savoir être son propre ennemi…

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Rendez vous demain pour découvrir ce roman qu’il faut absolument lire et qui colle si bien avec cette interview!

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6 Réponses to “Si on parlait écriture avec Pia Petersen?”

  1. christine 8 janvier 2013 à 07:52 #

    Incroyable cette volonté pour se faire éditer. Je trouve cela étonnant d’écrire plusieurs livre en même temps mais c’est vrai que le changement peut reposer l’esprit.

    • insatiablecharlotte 9 janvier 2013 à 18:10 #

      Quelle ténacité, c’est vraiment ce qui m’a marquée dans cette interview! Quelle force et leçon de vie je trouve!

  2. valentyne 8 janvier 2013 à 13:09 #

    merci pour le partage Charlotte 🙂
    J’ai bien aimé son humour : « J’écris aussi quand je me brosse les dents, quand je prends le métro, quand j’essaie de ne penser à rien, quand je me promène. Le temps d’écriture est permanent, c’est un mode de vie où il faut être disponible tout le temps. » et aussi sa persévérance 🙂 Chapeau à elle

    • insatiablecharlotte 9 janvier 2013 à 18:09 #

      Je la trouve courageuse et téméraire, des qualités nobles qu’il faut savoir entretenir! Elle mérite le succès qu’elle rencontre!

  3. adele 8 janvier 2013 à 14:14 #

    C’est marrant: Je me rends compte, au fil de tes interviews, que la façon de travailler des écrivains est très proche de celle d’un illustrateur.

    • insatiablecharlotte 9 janvier 2013 à 18:08 #

      Sans doute, tout rejoint la création, l’artistique et part des mêmes sources, des mêmes besoins et envies je pense…

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