Les affranchis: des lettres à savourer!

2 Jan

Après le billet-remerciements du 30 janvier, je vous adresse une nouvelle fois mes meilleurs voeux pour 2013, que cette année soit incroyable de tendresse et de découvertes et qu’elle comble tous vos rêves (enfin gardez en un peu pour la suite quand même!).

Cette année, je vais essayer de faire venir les éditeurs sur mon blog pour qu’il vous parle de ce métier, indispensable à la chaine du livre et pourtant trop peu méconnu. Mon envie : vous parler d’éditeurs indépendants qui se battent pour donner à la littérature ses lettres de noblesse.

A venir, bientôt !

Pour certaines collections ou maisons, je pourrais acheter tout nouveau roman sans hésitation, ce sera forcément une réussite, tel est le cas notamment des éditions Sabine Wespieser.

Il en est de même pour cette collection de chez NIL, conçue et dirigée par Claire Debru : les affranchis.

Le concept (je reprends les mots figurant en tête de chaque ouvrage): »  Quand tout a été dit sans qu’il soit possible de tourner la page, écrire à l’autre devient la seule issue. Mais passer à l’acte est risqué. Ainsi, après rédigé sa Lettre au père, Kafka avait préféré la ranger dans un tiroir.

Ecrire une lettre, une seule, c’est s’offrir le point final, s’affranchir d’une vieille histoire.

La collection « Les Affranchis » fait donc cette demande à ses auteurs : « Ecrivez la lettre que vous n’avez jamais écrite. » »

Quelle idée géniale !

Et en plus quand c’est Annie Ernaux à la plume, ça ne peut être qu’une merveille !

fille

Annie Ernaux a décidé d’écrire à L’autre fille, celle qui aurait du être sa sœur, mais qui est morte avant la naissance de l’auteur. Une lettre émouvante sur l’héritage et la construction d’un être humain en dépit du poids des souvenirs et des douleurs. Comme à son habitude, Annie Ernaux nous offre un texte autobiographique, remplie de sensibilité et de simplicité.

« Dans ma chambre chez les parents j’ai affiché cette phrase de Claudel, soigneusement recopiée sur une grande feuille aux bords brûlés avec un briquet, comme un pacte satanique : « Oui, je crois que je ne suis pas venu au monde pour rien et qu’il y avait en moi quelque chose dont le monde ne pouvait se passer. » Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive, ça fait une grande différence. »

 

L’un des derniers nés de la collection est Le bruit des clefs d’Anne Goscinny.

clés

Je l’ai lu d’un souffle, sans osé le poser, de peur de réveiller justement ce bruit des clés. C’est à son père, le célèbre créateur d’Astérix et Lucky Luke notamment, qu’elle s’adresse. Elle n’entendra plus ce bruit des clés sur la table d’entrée, au moment il rentrait. Comment se construire face à un tel homme, comment faire le deuil d’un immortel ? Une lettre pudique, tendre qui fait monter les larmes. Une déclaration d’amour à un père, un hymne à cette vie si difficile à construire face à un père célèbre. Un récit qui me poursuit encore.

Magnifique.

« Papa, t’écrire c’est remailler une passerelle. C’est m’assurer que je pourrai l’emprunter jusqu’à la fin de ma vie. La parcourir dans un sens et dans l’autre. M’arrêter à mi-chemin et regarder la paysage. »

 

Une autre lettre touchante, celle de Linda Lê à l’enfant qu’elle n’aura jamais:

415JlPo9EsL__SL500_AA300_Un texte travaillé, à la langue riche et intelligente. Une réflexion intense sur la maternité et sur le choix du non enfantement. Une lettre brillante et touchante, sur le rôle d’une mère, sur ce que doit être l’éducation, sur le rapport de l’écrivain et sa crainte de perdre l’inspiration face à l’enfant à venir. Un texte dense et enrichissant!

A méditer!

Extrait: « Dans un monde qui court au désastre, la procréation est un crime, occulter le non-sens de l’aventure terrestre en attribuant à sa postérité la vertu de pallier ses propres ratages, c’est faire preuve d’aveuglement. »

« Près de toi, j’aurais désappris d’exiger des autres plus que de moi-même, j’aurais été moins désarmée, moins exposée aux fréquentes crises. »

Il me reste encore des lettres à découvrir, celle de Nicolas d’Etienne d’Orves, Bruno Tessasech ou Maxence Caron et cela me réjouit!

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4 Réponses to “Les affranchis: des lettres à savourer!”

  1. lucie38 2 janvier 2013 à 20:29 #

    le bruit des clefs dans ma pile à lire !!!

    • insatiablecharlotte 9 janvier 2013 à 18:16 #

      Alors lis le vite, c’est une lecture en apnée! Sans doute parce que moi aussi, ce rituel du bruit des clés m’est familier!

Trackbacks/Pingbacks

  1. Dis, Claire, c’est quoi un éditeur? | L'insatiable - 19 mars 2013

    […] Claire Debru a une multitude de cordes à son arc: traductrice, critique littéraire, auteur d’un blog, elle est aussi éditrice et a eu l’excellente idée de créer la collection Les affranchis chez NIL! […]

  2. Le sommeil le plus doux, Anne Goscinny | L'insatiable - 5 mai 2016

    […] l’instar de la superbe lettre, Le bruit des clés, l’auteur parvient à sortir le beau du pire, à faire prendre corps à ces odeurs, ces objets, […]

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