Voyage avec Matisse #4

20 Déc

Fenetre a Tahiti-border

Suzanne et le maître (épisode 4. Fin)

Le lendemain, il vint me chercher dans ma chambre très tôt, nous partîmes alors que le soleil se levait à peine. Il voulait que nous passions la journée à un endroit particulier de l’île. Le point de vue était superbe, les couleurs éclatantes. Des odeurs enivrantes nous chatouillaient les narines. Nous restâmes, à nouveau, silencieux pendant plusieurs heures, je commençais à percevoir les vertus de l’ennui, la capacité à ne rien faire mais à absorber les choses, à laisser le monde venir à soi. L’après-midi, nous prîmes chacun dans nos cahiers et nos crayons.

La journée avait été épuisante de silence et de bruit, de calme et de fureur, tout s’était emmêlé. Ressentir le matin, tout exprimer avec ferveur l’après-midi, voilà le rythme que nous avions adopté. Je me sentais grandir enfin, j’avais en deux jours appris beaucoup plus sur la vie et sur mes envies que pendant les vingt premières années de ma vie.

Arrivés à l’hôtel, heureux à la perspective de dîner au bord de la mer et pouvoir enfin échanger nos impressions de la journée, une mauvaise nouvelle nous attendait : Marguerite était malade. Un télégramme demandait à Henri de rentrer au plus vite, une mauvaise fièvre la torturait et on craignait pour sa vie.

Après avoir découvert l’homme puis le peintre, je me retrouvais face au père, soucieux et dont le visage ne reflétait désormais plus que l’angoisse. Il m’ordonna de faire mes bagages en hâte. Nous prîmes le premier bateau pour la France.

Arrivés à Nice, je le remerciais de tout mon cœur. Il me regarda longuement et d’une voie douce mais ferme, il me dit :

–       Vis ta vie Suzanne, ne t’occupe ni des convenances ni du bien pensé ambiant. Fais ce que tu penses devoir faire, sans concessions, avec toujours cette envie et cette fureur. Ne transige pas. Vis !

Je le regardais partir, il se retourna et m’adressa un dernier regard. Ce fut mon dernier souvenir de lui, la guerre fit sous œuvre et nous éloigna. Mais toujours résonnent en moi ses paroles et son regard et cette injonction : Vis Suzanne !

 

—– FIN ——

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Une Réponse to “Voyage avec Matisse #4”

  1. le petit caméléon 12 mai 2013 à 11:39 #

    c’est exactement ça!
    il suffit d’un tout petit pas pour voir la vie dans la vie, je vois ce que les autres ne voient pas, c’est une immence richesse, un univers tellement riche que l’on peut s’y reposer à foison et se laisser aller dans nos reves à l’infini…
    comment avez vous pu si bien decrire cela en n’etant pas peintre?

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