Voyage avec Matisse #1

17 Déc

Pour fêter ses dix ans, le nouveau musée Matisse du Cateau Cambrésis proposait de partir en compagnie de Matisse le temps d’un voyage. Le but: s’inspirer du tableau « Fenêtre à Tahiti » pour imaginer une rencontre avec le maître. 

J’ai participé et je vous livre le résultat (le texte étant un peu long, ce sera en épisode, un chaque jour jusqu’à jeudi!).

fenetre-a-tahiti-2

Suzanne et le maître (épisode 1)

Il en parlait tellement de ces couleurs si particulières, de cette atmosphère propice à la rêverie, de cette force qu’il ressentait une fois là-bas, face à ses toiles  qu’un jour, je lui avais lancé en plaisantant : emmenez-moi alors ! En y repensant, j’avais fait preuve d’un zèle qui ne me caractérisait pas.

Aussitôt la phrase échappée, j’avais éclaté d’un rire sonore pour masquer mon malaise. Il me regarda pendant un temps et de sa voix grave et posée me répondit : très bien, nous partons dans une semaine, va faire tes bagages !

Je sortis de la pièce, pantoise, un peu sonnée. Lui, le grand peintre, l’homme qui n’aimait rien de plus que la solitude et le silence, avait proposé de m’emmener en voyage, moi la fille de la voisine. J’étais celle qui traînait dans ses pattes depuis des années et  qui avait brisé la glace rapidement. Pour moi, il était le voisin, un peu bourru mais si généreux, qui m’offrait des crayons et m’apprenait à faire des pleins et des déliés, qui me conviait à des après-midi coloriages où la seule limite était la page, cet homme qui me disait qu’il fallait voir la beauté des choses et ne faire que cela, laisser les émotions s’exprimer. C’est en grandissant que je découvris qui était ce voisin si particulier, j’avais bêtement pris un peu plus de distance, me disant que je ne pouvais plus accaparer ce temps précieux.

Le soir en m’endormant, je me persuadai que c’était une blague mais quand le lendemain, il me croisa et me dit : j’ai pris les billets, nous partons lundi. Je ne pus que répondre un « d’accord » timide et étonné.

Le lundi suivant, j’étais prête : quelques vêtements légers, un chapeau, un carnet et des crayons. Henri, lui, tirait une grosse malle que je devinais ne contenir que des toiles et des pinceaux. Pour le reste, il avait dû prendre ses grandes tuniques qui le caractérisaient tant.

Le voyage fut long et pénible : le mal de mer ne me laissait que peu de répit.  Nous étions un peu maladroits, un peu gênés de nous retrouver ainsi, simplement tous les deux. Il m’expliqua qu’il fallait que je sois dans une attitude ouverte, toujours en recherche de sensations et de ressentis, qu’il ne fallait pas faire comme ces touristes qui ne profitaient de rien et ne faisaient que paresser dans les grands hôtels. Il voulait que je sois à l’écoute de mes sens, de tous mes sens.

J’écoutais les conseils d’une oreille distraite. J’allais passer une semaine sur une île paradisiaque et là était l’essentiel pour moi. J’aurais dû comprendre qu’il n’en serait rien, qu’avec lui tout devait avoir un but, et que le plaisir n’était pas ce qui guidait sa vie.

(Rendez vous demain pour la suite!)

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Une Réponse to “Voyage avec Matisse #1”

  1. valentyne 20 décembre 2012 à 13:20 #

    J’aime beaucoup ce passage : « il était le voisin, un peu bourru mais si généreux, qui m’offrait des crayons et m’apprenait à faire des pleins et des déliés, qui me conviait à des après-midi coloriages où la seule limite était la page »
    bonne journée

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