Si on parlait écriture avec Laura Sadowski (enfin du thriller sur le blog)?

11 Déc

 Je ne suis pas la reine des polars et thrillers, mais quand j’ai lu le billet de George sur l’affaire Clémence Lange, j’ai été intriguée. J’avais déjà croisé la route de ce roman mais là il fallait qu’on se rencontre. J’ai été happée par l’histoire et surtout par son réalisme. Les séries américaines diffusées en boucle sont loin de refléter la justice française, ce roman y parvient sans enlever d’interêt et de suspens, vous avez compris j’ai beaucoup aimé L’affaire Clémence Lange dont je vous ai, d’ailleurs, déjà parlé!

Et puis, grâce à cette lecture, j’ai rencontré une personne attachante, humaniste et diaboliquement sympathique: Laura.

Je suis ravie qu’elle vienne vous parler d’écriture aujourd’hui sur le blog! Merci Laura et belle (et longue) route à vous!

Laura-SADOWSKI_small-medium

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Le plus difficile dans l’écriture, ce n’est pas d’écrire, c’est de trouver un style. Paul Valéry disait que « cela ne s’acquiert pas ; cela se développe ». C’est donc beaucoup de sueur. Et moins que du talent, c’est une sensibilité (la même que celle d’un instrument de musique) au langage. Jouer, écrire… n’est pas suffisant. Il faut jouer d’un instrument, écrire avec la langue d’une manière personnelle et reconnaissable entre toutes. Ça prend, j’imagine, toute une vie.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

En ce qui me concerne, c’est plutôt « par nuit » ! Je compte davantage mes nuits que mes heures. Elles sont nombreuses, surtout lorsque le roman est terminé. Le plus dur alors commence : il faut le travailler et le retravailler.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

 C’était « L’Affaire Clémence Lange ». C’était il y a quatre ans. C’est un « legal thriller » inspiré d’une histoire vraie. J’ai eu envie d’écrire une tragédie (au sens du théâtre classique) contemporaine, c’est-à-dire réaliste.

lange

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Jamais. Un auteur satisfait de son manuscrit est une espèce rare. Flaubert lui-même trouvait que son « Emma Bovary » méritait encore des retouches après sa publication. Paradoxalement, cette insatisfaction pour un manuscrit publié vous pousse à vouloir être meilleur dans l’écriture du prochain. Elle vous empêche d’être semblable à « la grenouille » de La Fontaine, contente d’elle-même.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Aucun refus. Mon premier texte a été retenu.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

C’est d’abord une histoire. Une impérieuse envie de la raconter. Le roman n’est pas de la poésie : il nécessite une intrigue, une ouverture et une fin, des personnages, un décor, des recherches, etc. Je réunis en premier lieu tous ces éléments. Comme mes romans sont des thrillers (qui imposent certains effets : des rebondissements, du suspense, etc.) je découpe une trame en temps forts. Au théâtre, on appelle cela : des actes et des scènes.

Ensuite je travaille la « captatio benevolentiae ». Dès les premières lignes, les premiers chapitres, le lecteur doit être saisi. Le lecteur compte autant que l’histoire qu’on veut raconter. Un roman ne doit pas être égocentrique.

Quand, enfin, mon histoire est sur ma table à tisser, je « trame ». Le tissage c’est la narration. Je tente de transformer un récit, en apparence banal, en une histoire singulière, inouïe, propre à émerveiller les lecteurs. C’est la phrase de transfiguration. Duras parlait de « sublimation ».

Tout au long, je ne perds pas de vue qu’il faut que je la raconte d’une manière qui me soit propre, à savoir avec un ton et une musicalité. Jusqu’à la dernière minute, c’est-à-dire jusqu’au bon à tirer, je corrige, me repens, réécris, me relis,…

geometrie

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

En fait, j’ai vécu mon premier roman avec l’inconscience des débutants. Je l’ai écrit, sans être envahie par l’angoisse, la peur qu’il ne rencontre pas son lectorat. La terreur est venue ensuite et grandit à chaque nouveau roman.

Je ne me pose pas la question de savoir à quoi je sers en écrivant. L’art, comme le luxe, ne sert à rien. Il ne fait pas appel à l’utile, aux résultats, à la production mais à l’imagination. Pourtant cette « fantaisie » soulage et enrichit plus la condition humaine que n’importe quel autre métier politiquement social.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

J’ai eu une sensation de vertige et d’euphorie à la fois. Je ne l’ai pas éprouvée quand j’ai eu un exemplaire dans mes mains mais quand je l’ai vu dans celles d’un lecteur. Soudain, j’ai réalisé que ce qui importe le plus pour un roman, c’est sa réception.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

 Je ne le juge pas : il existe à présent en dehors de moi. Mais je ne le relirai pas.

origine

10. Etre écrivain, c’est…

C’est une condition, ce n’est pas un métier. Si l’on conçoit l’écriture comme une profession alors tout est perdu. Il faut beaucoup d’humilité et également de la tolérance à l’égard de soi. Il faut aussi beaucoup lire, ses contemporains et les classiques : un écrivain est un lecteur avant tout.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

De ne pas perdre précisément sa capacité à rêver, à s’émerveiller. Si on refuse votre manuscrit, il ne faut pas céder à l’amertume, à la désillusion ou au découragement. Plutôt faire comme la Pénélope d’Homère : chaque nuit défaire son œuvre et recommencer à tisser.

la peur

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Une Réponse to “Si on parlait écriture avec Laura Sadowski (enfin du thriller sur le blog)?”

  1. Valentyne 11 décembre 2012 à 13:30 #

    Très intéressant cette interveaw et cette auteure 🙂 je ne connaissais pas du tout 😉
    Bonne journée Charlotte

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