Si on parlait écriture avec Yannick Grannec?

27 Nov

Si vous n’avez pas encore rencontré La déesse des petites victoires de Y.Grannec, notez le dans votre wishlist et à votre prochain tour en librairie, hop emportez le! 

C’est donc Yannick qui vient nous parler écriture, avec humour et lucidité!

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?
Monsieur Boris C., neuropsychiatre de profession, a dit : « nous sommes programmés pour ne pas être programmés ». Si la loterie génétique nous dote d’une configuration particulière, c’est bien l’environnement qui l’active. Ou pas. C’est le terrain et l’ensoleillement qui font le vin.
La seule chose dont je sois sûre est qu’il n’y a pas d’écriture sans lecture. Un écrivain est d’abord un lecteur, même si la réciproque est absurde : un grand lecteur ne fait pas obligatoirement un grand écrivain ! Lire est pour moi une nécessité biologique. Je dois cet « acquis » à mes parents qui, sans être des intellectuels, encourageaient la lecture, la curiosité, le goût de l’effort et du travail bien fait. Quant à la répartition statistique, je dirais 99 % de travail. Le 1 % restant est un mystère.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)
Avant de me consacrer à l’écriture, j’utilisais les temps de loisir, les lendemains de présentation, les transports, tous les petits bouts de temps disponibles en dehors de mon activité de graphiste et de ma vie de famille. Éreintant et frustrant. Aujourd’hui, je travaille en temps scolaire. Je parachute mes enfants à l’école et je m’y colle. Soit de 9h à 16h environ, avec la plupart du temps un pique-nique-clavier. Je réserve le matin à l’écriture, l’après-midi aux recherches. Je suis plus affûtée avant 13 h : après, je lutte contre mon divan. Je ne gagne pas toujours. Mais il ne faut pas négliger les périodes de flottement mental : elles sont souvent, quand le cerveau relâche, la source de bonnes idées. Je suis incapable d’écrire la nuit. J’envie tant les personnes qui n’ont besoin que de quatre heures de sommeil ! Comme je suis pragmatique, j’utilise mon activité mentale nocturne : avant de m’endormir, je me programme sur une question et, souvent, j’ai la réponse au réveil. Sans oublier de garder toujours avec moi un carnet pour noter les petites pensées fugitives. Elles s’évaporent très vite. Quand je suis libre de mes horaires, je peux travailler dix ou douze heures d’affilée. J’ai toujours eu une grande capacité de travail et de concentration. Mais tout se paye et ces sprints sont suivis de périodes équivalentes en mode protozoaire.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ? 
Au collège et inachevé. Je consacrais bien plus de temps au dessin et à la lecture qu’à l’écriture elle-même.

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?
Il existe un seuil au-delà duquel le tamis est trop fin. À trop vouloir ratisser, sophistiquer, épurer, on perd la « force ». Il faut savoir écouter la petite voix intérieure qui vous dit « stop ». En peinture, on parle du concept « d’Einfühlung » : c’est la toile qui propose le prochain passage. Ou le dernier. Et il ne faut pas oublier le très important dialogue avec votre éditeur. Car voir son manuscrit accepté ne veut pas dire que le travail est achevé.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?
Une précédente tentative de roman s’était soldée par un refus oecuménique. Je reconnais maintenant que c’était mérité.

 

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?
Je ne travaille pas de façon linaire. Le plan se construit et se déconstruit au fur et à mesure. Le mur de mon bureau est un puzzle de post-it qui s’ordonne avec le temps. Comme s’il existait une logique sous-jacente, un squelette que je dois extirper de tonnes de terres et de gravats. Pour l’écriture elle-même, je ne connais pas l’angoisse de la page blanche. J’ai trouvé mes petits protocoles : j’écris un passage sans me censurer, au demeurant illisible, je ferme, je passe à autre chose et j’y reviens jour après jour. Pour nourrir ces textes, je prépare en amont des fichiers de « compilation » sans a priori, en écoutant mon intuition : bouts de dialogue, photos, faits historiques, etc. Avec le temps, encore une fois, une logique s’en dégage. Sans ce facteur « temps », je suis perturbée. J’ai mis quatre années pour écrire « La Déesse des petites victoires ». Quand un texte me semble acceptable, je passe des heures à traquer les fautes et les répétitions. Une étape qui se solde toujours par une réécriture partielle. Puis, si vraiment je suis trop satisfaite de moi-même, je le donne à mon premier lecteur, mon mari, pour pouvoir, comme il se doit, ruminer ses critiques et douter de ses compliments.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 
Il faut une certaine dose d’inconscience pour se lancer et finaliser un premier roman. Pourquoi écrire pendant des mois, voire des années, une lettre d’amour à quelqu’un qui ne l’attend pas ? Qui n’en ouvrira peut-être même pas l’enveloppe ? Si vous redoutez la solitude, passez votre chemin. Si vous êtes susceptible, préparez-vous à souffrir. Si vous êtes angoissé, bienvenu au club. La recette pour surmonter le doute ? À part le sucre rapide et la nicotine à haute dose, je n’en connais pas. Le doute est constitutif et nécessaire à toute pratique artistique.
En toute sincérité, l’écriture d’un roman n’a fonction de « servir » que soi-même : sa curiosité, son ego, sa souffrance, son ennui, son plaisir… quelque soit le moteur, il correspond à une nécessité personnelle. Écrire est un acte profondément égocentrique. On écrit d’abord pour soi. Et le miracle advient parfois que d’autres s’y retrouvent. Car, lire, n’est ce pas se chercher dans chaque histoire ?

Crédit photo: IAS Princeton. Einstein et Godel (L’un des personnages principaux du roman de Yannick Graennec)

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ? 
On déchire fébrilement le carton. On respire l’encre fraîche. On caresse le papier. On admire son nom, là sur la couverture. Sur PLUSIEURS couvertures. On s’autorise quelques minutes d’autosatisfaction intense. Et on s’empresse de le distribuer autour de soi. Là est le vrai plaisir !

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?
Je n’ai pas encore assez de recul. L’encre est justement trop fraîche.

10. Etre écrivain, c’est…
Je ne manquerai pas de vous transmettre cette information dès que j’y aurai accès.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…
« Labor omnia vincit improbus. » Ou, plus simplement : « La route est longue, mais puissante est ta mobylette. » Je partage là un conseil que j’ai moi-même reçu : ne pas se prendre au sérieux, mais prendre ce que l’on fait au sérieux.

Crédit photo: Yannick Graennec. Roman à découvrir sans attendre!

 

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2 Réponses to “Si on parlait écriture avec Yannick Grannec?”

  1. blogclara 27 novembre 2012 à 19:09 #

    pour un premier roman, ce livre fait fort ! (mon billet bientôt)

    • insatiablecharlotte 5 décembre 2012 à 18:55 #

      Oui, c’est un roman étonnant et qui fait découvrir un nouvel auteur talentueux!

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