Si on parlait écriture avec François Vallejo?

20 Nov

La 25ème heure du livre m’a permis de rencontrer des auteurs avec qui j’avais déjà « discuté » et d’en découvrir de nouveaux au gré de conférences très intéressantes, cela fut le cas avec François Vallejo avec son dernier roman Métamorphoses.

1.L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

L’écriture, c’est appris sans s’en rendre compte. Ça s’imprègne doucement, ça surgit, ça vous abandonne, ça revient. Ça vous travaille autant que ça se travaille.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Ecrire n’est pas forcément écrire au sens d’inscrire des lettres. Un roman se fait en partie dans mon dos. Une construction, une direction nouvelle surgissent, alors que je suis occupé à tout autre chose. Je ne suis pas conscient d’y penser et pourtant je m’aperçois que je ne pensais à rien d’autre. J’attrape ce qui vient de surgir, cela servira quand le travail systématique commencera. Alors là, ce pourra être cinq, six, sept heures sans lever le nez. Ce travail intense sera possible parce que, pendant des mois, j’aurai eu l’impression de ne rien faire, alors que tout était en train de se faire.

 

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Mon premier roman, inachevé : à douze ans, sur un cahier à couverture rose, La couronne de plomb, une histoire maritime influencée par mes lectures de Jules Verne et de Joseph Conrad. Je m’exaltais d’avancer dans un récit au long cours, même si je ne suis pas arrivé au port cette fois-là.

L’autre premier, le premier publié, c’était il y a une quinzaine d’années, Vacarme dans la salle de bal, écrit par étapes distantes, à cause de ce sentiment incertain d’écrire dans le vide, pour personne encore. Et quand le petit miracle de la publication arrive, on espère écrire pour quelqu’un, mais pour qui exactement ?

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Illusion d’être arrivé à un certain point, parfois, mais ce point recule toujours. Ce que je crois pouvoir faire de mieux est remis à chaque fois, ce qui permet sans doute de se remettre au travail en se disant que cette fois ce sera parfait, cette fois, oui, la prochaine, seulement la prochaine.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Un seul, apprécié par quelques lecteurs de maisons d’édition pour sa fantaisie libre, mais refusé pour cette même raison.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Des mois, voire des années de macération, d’accumulation, jusqu’à ce que le projet semble clair dans ma tête. Quand la cristallisation a opéré, ça va vite, quelques mois, puis la lenteur revient pour démonter ce qui a été fait, trouver que ce n’était pas aussi clair que je le croyais, reprendre et casser le cristal pour essayer d’en extraire le motif le plus pur.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Comme dit plus haut, c’est de ne pas savoir pour qui on écrit. Ecrire seulement pour soi, c’est frustrant ; pour ses proches, déjà mieux, mais on ne peut pas tout écrire. Arriver à se dire qu’on écrit pour des individus uniques qui forment une masse indistincte. Le groupe et l’unique, ne jamais perdre de vue ces deux-là

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

La sensation la plus forte, c’est quand l’éditeur vous appelle et vous dit de venir le voir, pas seulement pour parler, mais pour publier vraiment  votre livre. Ce jour-là, l’excitation vous empêche de faire toutes les tâches que vous aviez prévues.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je l’ai réentendu partiellement récemment, parce qu’un quatuor et un comédien s’en étaient emparés pour en faire une lecture musicale.  C’était devenu un texte étranger, drôle, vif et émouvant. Je ne l’écrirais peut-être plus de la même manière, mais pour rien au monde je n’en changerais quoi que ce soit.

10. Etre écrivain, c’est…

Ne pas se croire écrivain. Il faut écrire pour être autre chose qu’un écrivain. Un ébéniste ne construit pas un meuble pour être ébéniste. Il est ébéniste pour fabriquer un meuble.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Ne pas avoir peur de l’échec et continuer.

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