Un monde en fuite en compagnie de François Vallejo et Marie Hélène Lafon

14 Nov

Un monde en fuite.

Vaste programme.

On pourrait en discuter longtemps et ne jamais tomber d’accord.

C’était le tableau proposé par Lire lors de la 25ème heure du livre en compagnie d’Olivier Adam, Aurélien Bellanger, Marie Hélène Lafon et François Vallejo. Une invitation prometteuse. On va écarter du jeu Olivier Adam qui a fait une apparition furtive avant de repartir dédicacer, et puis j’ai déjà donné mon ressenti sur les lisières (un avis parmi de nombreux plus positifs).

On embarque donc en compagnie des trois autres auteurs présents qui ont offert un débat intelligent, drôle et fin! Je n’ai pas encore tenté l’aventure de La théorie de l’information d’Aurélien Bellanger mais je suis tentée!

Par contre, je suis repartie avec les deux autres et ce furent des moments de lecture enrichissants.

François Vallejo nous offre Métamorphoses. Un roman ambitieux et prometteur. Comment réagiriez vous si l’on vous apprenait que votre frère s’est converti à l’islam au point de devenir fanatique?

C’est à cette question que se trouve confronté Alix. Alban Joseph, son demi frère serait devenu Abdelkrim Youssef.

On suit les doutes et les interrogations de cette femme, en proie avec des sentiments violents: l’incompréhension, le refus de voir la vérité, la terreur, le rejet, la quête de sens. Un roman construit de façon habile qui nous renvoie à notre propre vision du monde et de ces nouveaux extrêmes. François Vallejo réussit le pari de ne jamais tomber dans la facilité et dans les clichés.

Un roman qui plonge au coeur de la conversion et des raisons du basculement. Un éclairage sans compromis sur le rôle de la société dans ces métamorphoses, sur ces êtres à la dérive qui cherchent coûte que coûte de l’émotion et des sensations dans un monde qu’ils ne parviennent plus à saisir. Un roman à lire en même temps que Rue des voleurs de Mathias Enard dont je vous parlais ici pour une vision de ces phénomènes que les journaux traitent constamment sans s’attacher aux vrais problèmes, sans tenter de comprendre le fond du problème, sans oser lever le voile sur notre part de responsabilité… à tous!

Un autre roman tous aussi touchant mais complètement différent: Les pays de Marie Hélène Lafon

Fille de paysans du Cantal, Claire  n’a pas d’autre choix pour vivre que de partir à Paris pour étudier les lettres classiques à la Sorbonne. Commence alors le récit de l’initiation de Claire à un nouveau monde. A l’opposé de ces romans qui renient le passé, Marie Hélène Lafon démontre avec brio la force des racines, la façon dont ce monde dans lequel on grandit nous façonne. Tenter de le renier, c’est fuir mais ne pas comprendre. Pour construire son nouveau monde, Claire ne saura se départir pleinement de l’ancien et c’est sans doute cela qui la constitue, qui la rend unique et humaine.

Des passages lumineux sur le pouvoir des livres.

Une langue riche et poétique où chaque mot résonne, où chaque phrase est construite parfaitement. Une écriture dissemblable à toute autre.

Un roman à savourer!

« Elle avait dû laisser retomber au fond d’elle, et retourner au silence, les échos soulevés par cette voix, cette façon de dire, ces noms prononcés, noms de personnes et noms de lieux, qui, pour elle, depuis plus d’un an, n’avaient de place, leur place, que là-bas, de l’autre côté du monde, où elle avait commencé d’être et n’était plus, ne serait plus. »

« Elle sentait, plus qu’elle ne savait, que quelque chose était perdu, avait été quitté qui ne relevait pas du lumineux paradis des enfances; il n’y avait pas de paradis, on avait réchappé des enfances; en elle, dans son sang et sous sa peau, étaient infusées des impressions fortes qui faisaient paysage et composaient le monde, on avait ça en soi, et il fallait élargir sa vie, la gagner et l’élargir, par le seul et muet truchement des livres. »

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Une Réponse to “Un monde en fuite en compagnie de François Vallejo et Marie Hélène Lafon”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Si on parlait écriture avec François Vallejo? « L'insatiable - 20 novembre 2012

    […] La 25ème heure du livre m’a permis de rencontrer des auteurs avec qui j’avais déjà « discuté » et d’en découvrir de nouveaux au gré de conférences très intéressantes, cela fut le cas avec François Vallejo avec son dernier roman Métamorphoses. […]

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