Si on parlait écriture avec Anne Percin?

6 Nov

Aujourd’hui, c’est la pétillante Anne Percin qui vient discuter avec vous. Je vous avais parlé de son troublant roman Le premier été, aujourd’hui elle investit le blog pour vous parler écriture!

Merci Anne pour cette interview!

 

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Entre l’inné et l’acquis, je choisis : l’acquis, parce que je ne peux accepter que tout soit joué d’avance et qu’on naîtrait « écrivain » comme Athéna sort tout armée du crâne de son père. Ainsi, certains auraient « le truc » dès le berceau, et d’autres pas ? Il y aurait un gène de l’écriture ? Ça reste à prouver… J’adore cette phrase de Philip Roth, que j’admire énormément : « Si j’avais trouvé quelque chose de plus intéressant à faire dans ma vie que d’écrire, et où j’aurais pu être bon, je l’aurais fait ». Je pense en revanche que quelque chose se joue très tôt, dans l’enfance ou dans l’adolescence : la rencontre entre une personnalité introvertie ou portée à la rêverie, et la découverte du langage écrit et de ce qu’il permet. C’est de la conjonction des deux que naît, le plus souvent, l’écrivain. En tous cas, l’écrivain que je suis. Maintenant, pour ce qui est du travail… Il en faut, certes, mais ça peut être un tel plaisir que ce travail-là ! Et la plupart du temps, c’est le texte qui nous travaille, pas l’inverse.  Non, pour moi, les ingrédients que vous citez ne sont pas bons. Dans ma recette à moi, écrire, c’est 50 % de passion, et 50 % de… courage. Le courage est pour moi la vertu la plus importante pour un auteur. Courage d’affronter le regard des autres, courage d’aller jusqu’au bout de ses idées, courage de s’y remettre encore et toujours malgré les refus encaissés, l’indifférence ou les mauvaises critiques…

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Je n’écris pas tous les jours (ni avant, ni depuis le premier roman). Si je suis en période d’écriture, c’est 3, 4 heures par jour minimum, le soir. Sinon, zéro. Ecrire quelque chose de manière mécanique, sans être portée par un grand projet auquel j’adhère, écrire pour la beauté du geste, pour ne pas perdre la main, ça m’angoisse. J’ai l’impression d’avoir perdu la magie. Je préfère ne rien écrire du tout.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

…et avec qui ? ☺ J’en ai commencé un vers l’âge de 22 ans, et comme c’était mon « grand œuvre » (je plaisante) je n’ai pas réussi à le finir avant l’âge de 25, 26 ans… Il n’est toujours pas fini, d’ailleurs. C’est un monstre hybride, illisible. C’est ce qui m’a appris à travailler sinon dans l’urgence, mais en tout cas dans une durée limitée. Je sais  qu’à un moment,  il faut arrêter de remodeler sans cesse un texte et s’en affranchir. Sinon, on risque la surchage, ainsi qu’à un tableau chargé de repentirs successifs et qui devient incompréhensible (comme dans Le chef d’œuvre inconnu de Balzac ou L’œuvre de Zola).

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Je ne sais pas si on le peut, mais on le doit. Sinon, comment accepter qu’il soit lu par les autres ? Il faut lâcher son texte, à un moment ou à un autre, et avoir confiance en lui. Je sais que je ne suis pas très représentative à cet égard, la plupart des auteurs que je connais détestent relire leurs textes publiés parce qu’ils redoutent cette impression d’insatisfaction, de « j’aurais pu encore dire ça, enlever ça… ». Moi, il m’arrive de relire certains de mes textes, par plaisir. (Je sais ce qu’on va penser : quel orgueuil, quelle suffisance !) Mais ce que j’éprouve, ce n’est pas de l’autosatisfaction. Je ne porte même pas de jugement sur eux, en fait. Je ne sais pas s’ils sont bons ou médiocres. Mais ils existent. J’aime les personnages que j’ai mis dedans, j’ai envie de les retrouver. Je ne juge pas mon écriture. Et ça rejoint ce qui m’a fait écrire à l’âge de 10 ou 11 ans, qui était l’envie de lire des histoires que je ne trouvais pas autour de moi.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Mon premier roman publié (Point de côté, ed. T.Magnier) n’est pas le monstre bouffi de surcharges dont je parlais précédemment… Mais ce qui est curieux, c’est qu’il est plus ancien encore, puisque j’ai utilisé comme base une fiction écrite entre 17 et 18 ans. Entre-temps, donc… Trois romans écrits, plusieurs nouvelles et beaucoup de poèmes, compilés en quatre recueils. Des dizaines de lettres de refus. Dont une sanglante, pour la poésie, du genre « sachez qu’il ne suffit pas d’écrire des poèmes pour être poète», le genre de lettre qui vous fait l’effet d’un cercueil miniature envoyé par la mafia sicilienne. Et un coup de fil d’éditeur, reçu à 24 ans, de la part d’Irène Lindon (Minuit) à qui j’avais soumis un texte. Elle l’a lu deux jours après réception, elle a pris son téléphone pour me dire : « Je n’aime pas votre texte, je ne le publierai pas, mais vous devez absolument continuer à écrire ». C’est une des plus belles choses qui me soit arrivées.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Beaucoup de maturation d’abord, de notes, avant d’avoutir à la nécessité d’écrire. Une fois que je sens que « ça urge », j’écris, en principe assez rapidement, de deux semaines à quelques mois. Ensuite, je me relis et j’écrème, plusieurs fois. Ensuite seulement, je fais lire, mais de plus en plus rarement. C’est extrêmement difficile et périlleux de trouver dans son entourage un bon lecteur. Il faut qu’il ait la bonne distance, le recul nécessaire, une bonne connaissance de la littérature que vous aimez (important !), il faut qu’il sache faire des remarques précises et floues à la fois… Bref, un bon lecteur, c’est l’éditeur idéal. Je me considère comme très gâtée parce que j’ai trouvé une très bonne lectrice parmi mes amies, à qui je fais tout lire, et une très bonne éditrice qui a juste le bon regard, qui m’aide à cerner les défauts sans trop me diriger (je suis très autocritique, je me corrige facilement, mais j’ai un petit problème avec l’autorité abrupte…).

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

En ce qui me concerne, la question ne se pose pas pour un premier roman. On a la foi qui soulève les montagnes, on y va, on croit qu’on va atterir dans le pays des Bisounours… Et parfois, on a raison ! Les contes de fées, ça peut arriver. De temps en temps, le milieu littéraire nous sort un miracle pour qu’on continue à croire ☺ Pour moi, l’à-quoi-bonisme (comme disait Gainsbourg) ça vient au bout de plusieurs livres écrits et beaucoup de livres lus, quand on voit le paysage littéraire dans lequel on s’inscrit et qu’on se dit… what’s the fuck ? Mais c’est un autre débat.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

L’impression d’avoir des super pouvoirs, qu’on soupçonnait mais qu’on avait eu peur d’utiliser, peut-être. Un peu comme Harry Potter se découvrant magicien, ou bien le vilain petit canard qui s’envole avec les cygnes, ou Spiderman après la piqûre de l’araignée, quand il se met à sauter sur les murs, vous voyez ? Oui, je sais, j’ai de drôles de références. Mais c’est ce que j’ai trouvé de plus approchant. Parce que ce qu’il y a de plus beau, dans ce sentiment, c’est que ce n’est pas vraiment une surprise.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Il est parfait tel qu’il est. Et surtout, je l’aime. Pour tout ce qu’il a représenté, pour tout ce qu’il m’a apporté (non, pas la reconnaissance ni les millions, c’est un roman jeunesse confidentiel), pour tout ce qu’il représente y compris pour d’autres personnes que pour moi : je l’aime. Il m’a fait rencontrer le vrai alter ego de l’auteur, qui n’est pas l’éditeur comme on se le figure avant d’être publié, mais le lecteur.

10. Etre écrivain, c’est…

Être amoureux d’une idée.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Ce n’est pas un rêve. Si c’est ta réalité, et que t’es coincé dedans, alors vas-y.

 

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10 Réponses to “Si on parlait écriture avec Anne Percin?”

  1. Valentyne 6 novembre 2012 à 06:11 #

    Intéressant 🙂 je retiens « être écrivain c’est être amoureux d’une idée » et 50% de passion et 50% de courage 🙂
    Encore une auteure que je n’ai pas lue …mais cela va venir:-)
    Bonne journée Charlotte 😉

  2. In Cold Blog 6 novembre 2012 à 09:39 #

    Passionnante entrevue, vraiment. 🙂

  3. juriste-in-the-city 6 novembre 2012 à 10:21 #

    Très intéressant !! Merci.

    • insatiablecharlotte 7 novembre 2012 à 23:00 #

      Merci! j’aime vraiment ces interviews, elles sont à chaque fois différentes et riches!

  4. Brize 10 novembre 2012 à 22:47 #

    Merci pour cette belle interview : c’est super de pouvoir ainsi rencontrer un auteur dont on a tellement apprécié un roman (en l’occurence, « Le premier été ») !

  5. Caroline Aso 11 novembre 2012 à 21:30 #

    Merci pour ce superbe entretien que j’ai eu grand plaisir de lire! En plus,j’ai récemment eu l’occasion de découvrir « Comment (bien) rater ses vacances » et l’auteure, pétillante comme tout, est bien le reflet réjouissant de sa prose! Très sympa en tout cas!

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