Escale en émotion #6

29 Oct

Il y a des échanges d’une sincérité telle qu’ils sont rares. J’ai reçu un jour ce texte par mail, sur la pointe des pieds. Je l’ai lu et j’ai été touchée, en plein coeur. Avec l’accord de son auteur (qui signe sous le pseudonyme Emilie Stella), je diffuse ce texte aujourd’hui… Il vous touchera sans doute et peut être cela aura t il en vous une répercussion particulière.

Bonne lecture.

Je me sens vide…et je le suis…

Je me sens comme après la fin d’une histoire d’amour quand l’autre s’en va en oubliant de te prévenir…

La nôtre a duré 6 semaines, c’est trois fois rien et c’est si long.

Largement assez pour imaginer la suite, largement assez pour commencer à créer des souvenirs, largement assez pour la penser durable.

Je me suis plu à tout imaginer…

La prochaine saison, l’hiver à venir, ce qu’on pourrait faire, tout ce qui allait se bâtir.

Je me suis plu à imaginer ce que tu aimerais, comment on allait t’accueillir.

Je n’ai rien acheté, je me suis dit qu’il fallait attendre, comme un amour pour lequel on se fait belle juste après qu’il nous ait dit ses goûts…c’était un peu ça…je voulais attendre, dans un état de bonheur absolu…

C’était un début d’histoire, un peu secrète mais avec le désir plus gros que tout de le crier au monde entier.

Bien entendu j’ai laissé planer quelques doutes…la raison, parfois, quelques millièmes de secondes, se dire que rien n’est acquis, que tout se joue encore, un peu, mais jusqu’à quand.

Quelques mots, aux plus proches, parce qu’il m’était impossible de faire autrement…

Et puis s’accrocher à chaque signe, à chaque jour qui passe et qui rend plus serein, comme si chaque seconde, un peu plus, me rapprochait de toi.

Et c’était bien un peu le cas.

Chaque histoire d’amour qui débute donne l’impression qu’on pourra déplacer des montagnes…je me sentais une forteresse imprenable, remplie de confiance, malgré les doutes, un enthousiasme repoussant chaque difficulté vers des ailleurs trop anxiogènes.

Je n’ai pas perdu un amour…mon amour est toujours là à mes côtés, mon amour me protège chaque jour de cette douleur qui a pris ta place au plus profond de moi.

Mon amour m’écoute, me soutient, m’épaule et me porte…m’évite de tomber. Malgré sa souffrance, malgré sa peine et son profond chagrin, il est là…malgré le désarroi de l’entretien dans un bureau lumineux où personne ne lui a demandé qui prendrait soin de lui, mon amour est là.

Et moi je me sens vide…et je le suis…la forteresse a été prise, soufflée comme un château de cartes, il me manque peu de chose, rien n’a vraiment changé, seule ma grossesse a disparu

Il y a cette photo, cette petite image, que je n’ai pas.

On croyait, avec prétention peut-être, on croyait ce jour là venir écouter battre ton cœur…

« J’ai un souci », tout s’est écroulé…

Je n’ai rien perdu d’autre que ma grossesse, c’est un moindre mal…et je pleure sans cesse. Je pleure ce ventre rond que je n’aurai pas cet été, je pleure cette naissance qui n’aura pas lieu à la fin de l’année, je pleure égoïstement ce corps qui avait commencé à changer.

Je n’ai pas la force nécessaire pour m’écrouler …

Toi mon amour, tu me tiens, et je me dis encore plus que je ne me suis pas trompée.

Je pleure ces heures longues que nous avons consacrées, je pleure ces heures longues qu’il va falloir recommencer.

Je pleure les piqûres, l’attente, l’espoir et la déchirure.

Je pleure cet avenir que je croyais presque présent mais qui me semble déjà bien passé.

Je pleure toutes les dernières fois où je suis venue, enceinte, ici ou là…

Je pleure de colère et d’excès, de peurs et d’impatience, faible et pourtant si forte, je ne veux pas me laisser le choix.

J’ai l’impression de ne plus avancer, que seule ma prochaine grossesse me rendra mon âme.

Je croyais que c’était fini, que les douleurs physiques s’étaient déjà jouées de moi et que j’allais être épargnée.

Naïve que je suis…

Les règles du jeu sont différentes, je finis par croire qu’il faut être bien fort pour s’en sortir et que je n’ai pas d’autre choix que de l’être.

Je travaille…j’évite d’être seule, j’ai besoin de toi mon amour…j’aimerais que tu restes avec moi tout le temps…

Le vide, n’importe lequel m’insupporte et m’étouffe…le silence, l’absence, la solitude, tout me fait suffoquer et je pleure…encore et toujours, ce corps qui n’est plus habité par rien.

Et malgré tout ça, je veux recommencer…vite!

Je sais qu’après demain sera peut-être comme aujourd’hui, je sais qu’il y aura peut-être encore des larmes, les mêmes que celles, encore chaudes, que je verse aujourd’hui.

Des cernes plus profondes et plus durables creuseront peut-être mes yeux, souvenirs indélébiles de tout ce que je n’ai pas choisi.

Mais à quoi bon vivre, si c’est pour renoncer. A quoi bon vivre sans y croire, sans espérer. L’enthousiasme, me pousse ou me déraisonne je ne sais pas mais plus que tout j’en ai besoin.

Un jour il y aura toi notre enfant.

Un jour je n’oublierai pas mais je pourrai respirer.

Un jour je te raconterai cette histoire, ton histoire.

Combien il nous a fallu nous aimer fort et y croire toujours pour pouvoir te sourire enfin.

Un jour il y aura des larmes de joie et ce sera bon.

 

Emilie Stella

Si ce sujet vous interpelle, je vous conseille de lire Dieu surfe au pays basque d’Harold Cobert. Un livre émouvant et tendre dont je parlaisici!

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4 Réponses to “Escale en émotion #6”

  1. Corinne (Couleur Café) 29 octobre 2012 à 07:33 #

    C’est vrai que ces mots sont touchants de douleur mais d’espoir aussi !

  2. jdhelene 29 octobre 2012 à 10:50 #

    Un texte qui me parle tout particulièrement… la même chose à 17 semaines de grossesse, le gynéco qui blêmit, … c’était il y a 19 ans, et c’est toujours là, au creux de moi…Mais la vie sait sourire aussi, j’ai trois grands enfants depuis 🙂

  3. Valérie 29 octobre 2012 à 13:44 #

    Très émouvant, les larmes montent car cette histoire me rappelle la même perte.

  4. Valentyne 29 octobre 2012 à 21:05 #

    Très émouvant, des mots très justes ….

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