Si on parlait écriture avec Aurélia Bonnal?

9 Oct

Alors, vous avez découvert cette superbe collection Qui vive de chez Buchet Chastel? Toujours pas, retournez donc lire l’article dans lequel je parlais de la prometteuse Aurélia Bonnal et de son premier roman: The queen is dead, puis revenez écouter Aurélia vous parler écriture. Une interview sincère, timide parfois qui fait une belle place aux éditeurs (trices, ici!) et qui met joliment en lumière leur rôle essentiel! 

Pour en découvrir plus sur l’univers d’Aurélia, allez également visiter son blog: Lutecewoman!

Crédit photo: Eva Truffaut

 

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

J’ai appris à écrire en apprenant à lire, j’avais six ans. Forte de ce savoir, j’ai confié à la première page de mon premier journal intime un quand je serai grande je serai écrivain. Maintenant je suis grande et je suis écrivain. Entre temps, j’ai écrit beaucoup beaucoup. Des lettres, des billets de blog, des dissertations, des articles pour promouvoir de la lessive, des contes, des discours d’anniversaire, des poèmes, des chansons. Et puis j’ai ressenti le monde très fort, j’ai observé l’absurdité des choses, j’ai tout remis en question en permanence. Mais ces questions, inné ou acquis, travail ou talent, je ne peux y répondre de manière satisfaisante, c’est trop loin de ma réalité. Pour moi écrire fait partie de la vie, et c’est aussi mon travail, donc oui, je travaille aussi, mais tout est déjà là, dedans – bien caché, souvent.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Ici encore tout est variable, rien n’est habitude. Des périodes d’écriture intenses, d’autres où je ne rédige quasi rien, mais je transporte avec moi quelque chose qui sera écrit, et même vivre, alors, c’est écrire, puisque ces émotions, ces sensations, tout cela sera matière un jour à une idée, une ligne, ou un roman.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Mon premier roman il est là maintenant, dans les vitrines, sur internet et sur les tables des libraires, chez les gens. Un jour, il a été une conversation avec mon amoureux, une table de café au soleil. A un autre moment, il était sept chapitres endormis. Et ensuite il a été tout le temps qui me restait hors quotidien, et en deux mois il était écrit, corrigé, prêt.

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Je ne sais pas si on peut jamais se satisfaire de ce que l’on écrit, de ce que l’on produit. Tout ce que je peux faire moi, c’est écrire le plus honnêtement possible, faire de mon mieux à mes propres yeux, quitte à en pleurer de constater combien ce que je produis est éloigné de ce qui semblerait recevable. J’ai lâché prise et accepté l’imperfection de mes travaux, mais je reste très exigeante envers mon travail. Le manuscrit, quand même, contient sans doute en lui-même sa propre unité, quelque chose qui fait sens, et à un moment, ce roman-là est prêt, terminé. C’est un sentiment très ténu, mais on sait quand ce n’est pas tout à fait fini et quand ça l’est. Du moins, moi je l’ai su.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Il y a eu un premier roman, désavoué avant publication, mettons que c’est pour moi à présent un travail de préparation. Je suis ravie qu’il ait été refusé par quelques éditeurs – peu d’envois, peu de refus. Pour The Queen is Dead, j’ai été découverte et attendue par mes éditrices alors même que je n’avais que quelques chapitres à montrer. C’était très simple, gratifiant et fertile de travailler dans cette bonne intelligence avec des gens que j’estimais autant.

Blog: Lutecewoman

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Encore une fois, chez moi c’est un grand mélange de tout cela – je n’ai aucune règle en la matière. J’observe néanmoins que je suis du genre à laisser grandir un projet en moi, presque à mon insu, avant de m’y consacrer plus pleinement. J’ai eu des premiers lecteurs, des amis, mais j’ai cessé de leur envoyer mes chapitres parce que cela m’entravait dans ma progression. J’ai eu besoin de me retrouver seule face à mes mots. Mon manuscrit était quasi un premier jet – je n’ai changé que quelques mots, quelques phrases, en le relisant. Mais je construis aussi, dans ma tête, sur des carnets jamais relus, des dos d’enveloppe aussi, des notes dans mon téléphone. Il y au un projet général et une progression qui a évolué d’ailleurs au fil de l’écriture. Je travaille très intensément quand je rédige. Je relis à voix haute ce que je viens de produire, c’est presque de la dentelle, c’est minutieux et intuitif, mais je ne laisse alors rien passer, c’est impitoyable aussi. Ensuite je laisse poser quelques heures ou un jour, et je relis à tête froide et voix haute. Souvent je change alors un mot ou deux. J’essaie de prendre de la distance, même si c’est impossible, j’essaie comme le joueur solitaire d’échecs de retourner mon échiquier de regarder avec mon œil de noir ce qu’a fait le blanc, comme si je n’en savais rien. Mes sessions d’écriture ont souvent duré deux heures. Mais pas toujours.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Je me le suis demandé, forcément, j’imagine que c’est normal, de perdre le sens. La légitimité de mon travail m’a été offerte par les autres ; ici : ma famille, mes amis, mes éditrices surtout. C’est insensé d’écrire, tant pis, on m’attendait avec enthousiasme. Cela m’a portée tout du long.

Crédit photo: Laurence Guenoun

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Les éditrices m’ont fait livrer des exemplaires dès qu’elles l’ont reçu. Je suis restée plusieurs semaines sans comprendre vraiment, mais la joie de mes proches m’a vraiment touchée. J’ai ressenti aussi deux fois de la fierté face à cet objet. J’ai de la chance, il est très beau.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je vais me contenter de rester sans voix, ce jugement déborde de beaucoup mes capacités.

10. Etre écrivain, c’est…

quelque chose qui fait partie de moi. Pour les autres, je ne sais pas. Les autres, je ne les trouve écrivains que si leurs livres me touchent.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Je ne crois pas être autre chose qu’une petite auteure en herbe, je vais donc les laisser y réfléchir eux-mêmes.

Merci Aurélia d’avoir pris le temps de répondre à cette interview et longue route à vous!!

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4 Réponses to “Si on parlait écriture avec Aurélia Bonnal?”

  1. christine 9 octobre 2012 à 07:25 #

    Toujours enrichissant.

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  1. La 25ème heure du livre: une heure chargée de rencontres, de mots et de chaleur! « L'insatiable - 21 octobre 2012

    […] ce, je les laisse en proie à des fans en délire.Gilles Paris est occupé, Aurélia Bonnal aussi: ce sera pour […]

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