Si on parlait écriture avec Erwan Larher?

18 Sep

Après la lecture d’Autogenèse, une lecture bouleversante et coup de poing, j’ai, sur la pointe des pieds, demandé à Erwan Larher s’il acceptait de participer à ma petite rubrique d’interview… Et le voilà… Généreux dans ses réponses, vous allez découvrir la première partie aujourd’hui et la suite demain… pour prendre le temps de savourer!

Pour en savoir plus, vous pouvez découvrir sa page internet ou son blog

Crédit photo: Dorothy Shoes

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Poseriez-vous la même question à un ébéniste ou un luthier ? L’écrivain est un artisan, qui a pour matériau la langue. A l’origine, on trouve la vocation, certes, mais ensuite ce n’est que travail pour apprivoiser ce matériau, le modeler, se l’approprier, le violenter ou le vernir, le tordre ou le lisser. Quant au talent… Il me semble qu’il niche quelque part à la jonction de la maîtrise technique (sa propre technique, pas la technique) et de la sensibilité. L’artisan devient artiste quand sa singularité touche à l’universel à travers une voix originale.

Donc, pour résumer, du travail, du travail, du travail, même si ce nécessaire n’est pas suffisant.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Longtemps, j’ai écrit durant mon temps libre : soirs, nuits, week-ends, congés. En moyenne deux heures par jour je dirais, à la louche. Du jour où j’ai décidé de mettre l’écriture au centre de ma vie et de me contenter de jobs alimentaires, la moyenne est montée à 4 ou 5 heures. Il convient toutefois de relativiser ces chiffres : certains jours, tout coule, fluide, et je peux passer huit heures à écrire. D’autres, au contraire, sont consacrés uniquement à la vraie vie… Cela inclut bien sûr l’écriture invisible : les heures passées à réfléchir, à se documenter, à prendre des notes, voire à rêvasser.

3. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Ah non, jamais. Pour un perfectionniste ascendant exigeant comme moi, c’est une torture de me dire que le texte est définitif. Ceci explique que je relise des milliards de fois chaque manuscrit et que mon éditeur doive me l’arracher des mains, idem avec les épreuves avant le départ pour l’imprimerie. Il arrive cependant un moment dans le processus créatif où l’on sent que l’histoire est terminée, tout comme je pressens parfois que la 980 millionième relecture sera peut-être contre-productive, accédant hélas pour un bref instant à la sagesse des médiocres ­– celle qui voudrait que le mieux soit l’ennemi du bien.

4. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Tout d’abord, un très long processus (parfois plusieurs années) de gestation. Presque à mon insu maturent les personnages, les situations et la langue qui va leur donner vie. Quand je décide qu’il est temps d’accoucher, tout un travail imperceptible a déjà été effectué. J’alterne alors les phases d’écriture et celles d’organisation de l’histoire : un plan, parfois des tableaux Excel pour les personnages. Je n’écris pas toujours linéairement. Il m’arrive de rédiger des scènes qui prendront place plus tard dans le livre, ou d’en réserver certaines comme un pâtissier ses blancs en neige.

J’écris à la main dans un cahier ; quand j’ai plusieurs pages, je recopie sur mon ordinateur. Cette étape permet une première lecture et donc des corrections. En général, quand je tape mon travail manuscrit, j’en profite pour rester sur ma lancée et poursuivre l’histoire, directement à l’ordinateur cette fois.

Quand j’ai suffisamment de matière, ou que je bloque, j’imprime la matière déjà existante et je relis. Je relis énormément, à voix haute. Je travaille donc en superposant les strates : écriture, lecture, corrections, écriture de nouveau, relecture, corrections, etc. J’ai également des dossiers « bribes » ou « chutes » qui contiennent des scènes, des idées, des dialogues, dans lesquels je vais parfois piocher pour les incorporer au récit. Et des Post-it partout bien sûr.

Le résultat final n’a donc plus grand-chose à voir avec le « premier jet ». Je donne en quelques lignes une description assez fidèle de ma manière de travailler dans mon premier roman Qu’avez-vous fait de moi ? (je ne sais plus à quelle page…)

Avant de les envoyer à mon éditeur, j’ai fait lire chacun de mes deux romans à mon amoureuse, dont évidemment l’avis compte. J’aime bien également avoir le retour de Bertrand Guillot, dont j’aime le regard sans concessions (il va bien falloir finir par le rétribuer…).

5. Etre écrivain, c’est…

…travailler à changer le monde en racontant des histoires, en égrisant les imaginaires.

La suite… demain!

 

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5 Réponses to “Si on parlait écriture avec Erwan Larher?”

  1. Capucine 18 septembre 2012 à 18:48 #

    Bonjour,

    Voilà un homme passionnant… Je le découvre !

    Bonne soirée.
    Capucine

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