Et si on parlait écriture avec Virginie Ollagnier?

11 Sep

Ahlala, Rouge argile… Je vous en ai parlé de ce coup de coeur, ce livre qui vous emporte au pays des milles saveurs et qui vous enveloppe dans la chaleur de l’Afrique du Nord.. Et bientôt, il faudra que je vous parle de Toutes ces vies qu’on abandonne, un tout autre registre mais toujours l’écriture sensible et délicate de Virginie… Il me tarde de lire L’incertain désormais…

Vous l’aurez compris, c’est avec un immense plaisir que je laisse la place à Virginie Ollagnier pour nous parler de son travail d’écriture.

Merci infiniment pour vos réponses… Hâte de vous lire à nouveau!

Rien que cette couverture… J’aime tellement ce roman!

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je ne saurais répondre de façon tranchée à cette question.

Je suis dyslexique et je n’étais donc pas « destinée » à l’écriture. Cependant cette difficulté est aussi à l’origine de mon désir de raconter des histoires à mes petits camarades de l’école primaire.

Et c’est ce même plaisir de composer des personnages et leur histoire que je retrouve à chaque roman.

Alors ai-je écrit parce que je portais cela en moi, ou ai-je écrit car raconter m’a porté toute mon enfance? Je ne saurais le dire.

Même si chez moi, le travail a d’abord été un amusement, ce travail demeure l’unique allié.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Avant mon première roman, je n’ai écrit qu’une seule nouvelle. Rien d’autre. Depuis, j’ai pu observer comment les histoires viennent à moi:

Je respecte trois phases pour l’écriture d’un roman. Trois moments bien distincts que j’ai découverts avec L’Incertain, qui se sont confirmés avec Rouge argile. Il doit donc s’agir de mon rythme intérieur j’imagine.

Donc, après les corrections du dernier roman, il me faut une année pour me libérer de mes personnages, les quitter, les oublier et me défaire totalement de leurs motivations. Cette première année est une soupape nécessaire pendant laquelle, je n’écris pas une ligne. Je me nourris, retrouve une vie normale ponctuée de signatures, de rencontres avec les lecteurs.

Puis la deuxième année s’ouvre sur une image qui me hante. Pour Rouge argile, un cheval empaillé s’est lentement installé dans mon imaginaire et j’ai commencé à construire les personnages qui l’entouraient suivant les thèmes qui me touchaient à l’époque: la présence de plus en plus prégnante des religions dans le débat citoyen, ou des choses moins politique comme l’héritage inconscient dans les familles… bref, un patchwork de mes envies.

La troisième année me sert à tester à l’oral l’histoire, les personnages, les péripéties que j’ai composés dans ma tête, sans prendre de note. Et enfin, alors que je suis sevrée d’écriture depuis deux années et demi, je me mets à ma table. Le rythme est alors soutenu. L’écriture me demandant beaucoup d’énergie, je m’astreins à des nuits complètes, et comme les sportifs à une vie régulière. Là, j’écris au moins cinq heures. Habituellement de neuf à quatorze heures.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Toutes ces vies qu’on abandonne c’était en 2004, dans le fauteuil rouge de mon salon. J’aime écrire sur mes genoux. Il s’agissait un peu d’une plaisanterie avec mon mari, qui voyait en moi un écrivain que je n’étais pas. Alors en 2004, je l’ai pris au mot. A moins que je n’aie écrit ce livre pour lui plaire… Elles sont compliquées les motivations du premier texte, un peu floues aussi.

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Hahaha! C’est là aussi que le rôle de l’éditeur est important. Je ne ressens jamais de satisfaction, mais je sais que mes éditrices ne laisseraient pas sortir un livre qui ne serait pas assez bon. Donc, je m’en remets à elles pour juger de la qualité du texte. Si je n’écoutais que ma propre perception, je n’aurais jamais rien laissé sortir de chez moi!

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Un seul texte. J’ai envoyé ma nouvelle aux Editions de la Baleine pour avoir un regard professionnel sur mon écriture. Ils ne m’ont pas répondu car ils avaient été rachetés par Le Seuil et c’est cette maison qui a pris contact avec moi. J’ai écrit la fin de Toutes ces vies qu’on abandonne en sachant qu’il serait publié au Seuil. Racheté à son tour, Le Seuil m’a libérée car sortir un livre lorsque tout se bouscule, se télescope dans une maison d’édition n’est pas le meilleur moment.  Je n’ai compris que plus tard toute la générosité de ce geste!

En 2005 j’ai donc rangé le manuscrit de Toute ces vies qu’on abandonne, bien décidée à ne plus le présenter et à n’écrire que pour moi. Finalement, c’est mon mari qui l’a envoyé aux Editions Liana Levi.

Donc, disons que cela a été très simple et tout aussi compliqué.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Un projet que je laisse grandir. Puis l’écriture acharnée d’un premier jet, puis des lecteurs familiaux et professionnels (des amis auteurs), et enfin une réécriture afin de présenter quelque chose de pas trop moche à mes éditrices, en six-huit mois. Vient ensuite le temps du travail peaufiné, du ponçage, de la pose du vernis avec l’équipe des Editions Liana Levi.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Comme il s’agissait d’une plaisanterie, d’une boutade, je n’ai aucun souvenir pénible de Toutes ces vies qu’on abandonne. Rien qu’un chemin lumineux. Je ne savais pas, ma naïveté, une réelle légèreté à écrire… De plus comme je vous l’ai dit, Le Seuil est entré par le biais d’un mail directement dans la vie du futur livre. C’est ensuite que les choses se sont gâtées! Hahaha!

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Je me souviens avoir fêter allègrement la fin de l’écriture, mais pas du tout la sortie du livre.

Je me souviens de la difficulté que j’ai eu à assumer cette position…

Comme je pensais que le livre serait publié et qu’il a finalement attendu chez moi (avec tous mes espoirs coincés à l’intérieur),  je l’ai trouvé moche. Malgré la publication par Liana Levi, je n’envisageais Toutes ces vies qu’on abandonne que comme un texte qui m’avait fait souffrir, ou au mieux comme une petite bluette, fade et mièvre… C’est dire que ces premiers moments n’ont pas été joyeux.

De plus Toutes ces vies qu’on abandonne a touché beaucoup de lecteurs. Là, j’ai été bien embêtée car il me fallait défendre une bluette fade et mièvre et je mourais de honte à chaque fois. Je n’osais pas même parler de ce qu’il se passait autour du livre, à mes amis …

Je ne vous fais pas rêver, n’est-ce pas? Hahaha!

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

J’en dirais qu’il ne s’agit pas d’une bluette fade et mièvre et que j’ai appris à l’aimer. Ce changement vient du fait que j’ai constaté le plaisir qu’il a offert à d’autres, à des inconnus. C’est ce qui l’a sauvé à mes yeux.

10. Etre écrivain, c’est…

Se remettre en question souvent, se nourrir du monde le plus possible et travailler-travailler-travailler.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Je ne me vois pas bien donner de conseils. Je n’ai écrit que trois livres…

Cependant, si je le devais, il serait de travailler sans oublier de se faire plaisir! Le plaisir est très important car il soutient l’endurance qu’il faut pour aller jusqu’au bout d’un texte.

Ensuite faire lire le manuscrit terminé à des personnes de confiance mais sans concession! Le regard critique est essentiel.

Et après réécriture, enfin, le proposer à un éditeur.

 

Crédit photo: Olivier Jouvray

Merci infiniment Virginie… et pour les ceux qui n’ont pas encore découvert, Rouge argile, c’est le moment!! 

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2 Réponses to “Et si on parlait écriture avec Virginie Ollagnier?”

  1. lucie38 11 septembre 2012 à 08:39 #

    j’aime beaucoup l’écriture vu comme un sport de fond…en même temps cela me fait penser à un bon vin, à cause de la période nécessaire de maturation. Je vais tenter cette auteure ! Merci Charlotte ! et Merci Virginie !

  2. marie 11 septembre 2012 à 13:03 #

    Encore un bel echange que tu nous proposes Charlotte! Merci a vous deux pour ce temoignage qui donne envie de decouvrir les livres de Virginie et qui nous montre encore une fois que toutes nos interrogations, nos doutes sont partages et qu’il ne faut pas hesiter a oser.

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