Si on parlait écriture avec Valentine Goby?

4 Sep

Aujourd’hui, c’est Valentine Goby qui nous parle de son travail d’écriture!!  Découverte lors du dernier salon du livre au cours d’une conférence très intéressante avec notamment Véronique Ovaldé et Emilie de Turckheim, Je n’ai pas eu le temps de faire de critiques de ces livres mais pour découvrir des avis sur son dernier roman Banquises, vous pouvez aller chez Lucie ou chez Clara!

Et nouveauté, vous la retrouverez jeudi pour qu’elle nous raconte son parcours au travers de la rubrique: Quand je serai grande!

Merci infiniment Valentine pour votre disponibilité!

Crédit photo: David Ignaszewski

 

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Il me semble que l’écriture n’est pas une volonté, d’abord. C’est un désir, qu’on connaît peu soi-même, puisqu’on ignore que le reste du monde y accorde une importance proche de zéro. Petite je ne dessinais pas, mais j’écrivais beaucoup. Je pensais être dans une norme, et me suis étonnée, adolescente, de découvrir que ma pratique était bien singulière.

Depuis, je travaille. C’est-à-dire que je recommence  jusqu’à ce que le travail ait l’air d’un talent.  Jusqu’à ce que le talent s’enracine dans le travail. Je pense être une écrivain du labeur, pour qui chaque phrase est une conquête. Il y a le donné et il y a l’acquis, et en même temps, par un long, patient, têtu travail sur soi.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Avant : quand c’était possible. Dans les marges, et parfois les marges c’était la nuit, au bureau, car je n’avais pas chez moi d’ordinateur. Maintenant c’est dans l’idéal tous les jours, et de préférence le matin, et de préférence l’automne, et de préférence par temps de pluie. Et de plus en plus c’est entre les temps de rencontres, d’ateliers d’écriture, de conférences, car écrire est, littéralement, un pré-texte : le livre a une vie d’après, qui se partage, s’échange, une vie d’après l’écriture.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Ecrit aux Philippines, sans désir d’écrire un roman. La poursuite de mes textes habituels depuis l’enfance, poèmes, nouvelles. Celle-ci a été plus longue. Plus dense. Plus fournie.  Une écriture irrégulière dans les trous de l’existence, quand je n’étais pas dehors avec les enfants des bidonvilles. Un lieu à moi.

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Je ne sais pas. Ca s’arrête un jour. C’est le moment où on a besoin de l’autre, où le manuscrit n’est pas forcément terminé mais nécessite un regard. C’est le temps où on atteint ses propres limites, où on ne se suffit plus. Il y a des manuscrits dont j’ai été satisfaite et qu’aujourd’hui je trouve mauvais.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Je ne connais pas cette frustration. J’ai eu tout de suite de la chance, un roman envoyé par la poste à Gallimard et publié huit mois plus tard.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

J’attends la rencontre entre une question intime, et un événement extérieur pour l’incarner : un fait-divers, une musique, une anecdote historique, une photo, un territoire… c’est imprévisible, le moment où ça arrive. C’est un choc. Avant, la question est là longtemps, des années. Par exemple, être étranger chez soi, c’est quoi ? J’ai vécu ça, mais je cherche la fiction. Elle arrive par le biais de cette photo de femme tondue en 1945, qui sera la figure centrale de L’échappée, un roman qui raconte, justement, ce que c’est être étranger chez soi. Le premier jet était très maîtrisé pour mon premier roman .J’ai complètement abandonné le contrôle à ce stade de l’écriture. Et dans le déroulé du scénario, et dans le processus d’écriture lui-même. J’écris sur clavier, ça va plus vite que ma pensée, ça creuse, se déroule dans un lâcher-prise émotionnel essentiel. Après, je polis, je donne forme, je coupe, énormément.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Le mieux, c’est ne pas savoir qu’on écrit un premier roman. Moi, je faisais ce que j’aimais depuis toujours, sans autre ambition. Donc, aucune angoisse. Quant à se demander à quoi ça sert, je ne comprends pas la question. Ca ne sert à rien. Ca me fait plaisir. Ca me fait respirer. Ca me donne de la joie, point. L’angoisse est venue avec la publication, le regard extérieur. Qui est gratifiant, aussi, qui fait exister plus qu’un texte : quelqu’un.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Moi j’ai pensé : maintenant, je ne mourrai plus jamais. Ce qui était d’une prétention incroyable, mais un aveu sincère : pour la première fois de toute ma vie, j’étais en sécurité, je ne pouvais pas mourir. Ensuite, la peur du jugement. La peur de m’être donnée à voir pour le pire.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je suis contente d’en avoir écrit d’autres. Je suis contente, me reflétant de les miroirs de mes livres, d’avoir écrit ce qui a suivi. D’avoir vécu, grandi, changé. J’ai une tendresse pour ce premier roman, mais il est très loin de moi aujourd’hui.

10. Etre écrivain, c’est…

Comme me l’a écrit un jour Michel Déon, et c’est la plus belle chose qu’on m’ait jamais dite comme écrivain : « Ne pas avoir peur ». L’écriture n’est pas la vie, c’est le lieu de vérité, d’éternellement possible, renouvelable, d’éternel aveu.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

D’écrire, d’écrire, d’écrire. Et de couper, polir, jusqu’à l’os. Jusqu’à ce qu’il ne reste que l’os.

Merci beaucoup Valentine et rendez vous jeudi pour discuter de votre parcours!

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3 Réponses to “Si on parlait écriture avec Valentine Goby?”

  1. clara 4 septembre 2012 à 06:42 #

    merci pour cette interview très intéressante !

  2. lucie38 4 septembre 2012 à 09:09 #

    J’aime particulièrement quand Valentine dit qu’il faut polir jusqu’à ce qu’il ne reste que l’os. J’aime aussi et je partage l’idée que l’écriture surgit quand se fait la rencontre d’une question intime et d’un évènement extérieur pour l’incarner. Merci infiniment pour ce partage !

  3. valentyne 4 septembre 2012 à 12:42 #

    Bonjour Charlotte
    Je n’ai rien lu de cette auteur mais elle a des réponses intéressantes 😉
    j’aime bien sa modestie par exemple « Je pense être une écrivain du labeur, pour qui chaque phrase est une conquête »
    Bonne journée

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