Flash.

10 Août

Je vous avais présenté -ici- la jolie maison d’édition Les insomniaques et le projet de revue bi-annuelle: Capharnaum.

J’ai eu la chance d’être retenue pour le dernier numéro.

Un mot: FLASH et ensuite, libre cours à l’imagination.

Voici ma petite contribution, publiée dans cette revue…

Crédit photo: Aurel illus.

Elle était là, comme une machine, aveuglée par les flashs appuyés du photographe. Elle était une bête de foire, une parmi tant d’autres, que l’on délaisserait une fois le numéro terminé et les spectateurs partis. Elle était seule face à l’objectif, à devoir minauder, sourire, ne plus sourire, paraître inaccessible une seconde et la seconde suivante donner l’impression d’être la fille que l’on voudrait avoir comme meilleure amie. Elle faisait son show. Son corps était là évidemment mais son esprit était ailleurs et cela, personne ne le savait.

On la croyait un peu naïve, pas très cultivée, après tout le credo était sois belle et tais toi. On lui avait fait comprendre qu’elle n’était qu’un numéro de plus et que si elle n’était pas docile, on en trouverait une, encore plus jeune, plus belle.

Elle n’avait que 16 ans. On est un enfant à 16 ans et le photographe lui demandait de jouer la femme ; elle n’était qu’une enfant dans la lumière que personne ne prenait le soin d’aimer, de border le soir car, après tout, elle était une star.

Les gens la reconnaissaient dans la rue et au fond, elle l’avait cherché non ? Et puis, le rêve ultime n’était-ce finalement pas d’être célèbre ? Etre célèbre par tous les moyens, les plus abjects, les plus insipides.

Elle, elle rêvait d’autre chose tandis que crépitaient les flashs. On l’avait repérée dans la rue, on lui avait dit mille et une choses flatteuses, sa mère avait trouvé l’opportunité fantastique N’était- ce pourtant pas son rôle à elle de la protéger, de ne pas la voir transformée en objet. Elle voyait pour la première fois les yeux de ses parents briller de fierté, alors elle avait dit oui, sans envie, juste pour faire plaisir.

Mais ce microcosme l’avait happée, personne ne se rendait compte de son malaise tant les gens étaient dans leur monde, hautains et prétentieux, ne dédaignant pas lui accorder un regard. Les autres filles étaient fascinées par ce qu’elles étaient en train de vivre, elles se vendaient littéralement à qui en voulait.

Elle, elle ne rêvait pas de cette vie là…

Elle allait arrêter, lui dire que c’était la dernière séance, qu’elle ne voulait plus que du noir et du silence, qu’elle ne supportait plus ces flashs aveuglants, se voir étalée dans le métro, sur les bus, comme on étalerait une pub pour des yaourts ou du jambon. On l’avait utilisée comme un animal, lui enlevant son humanité, niant ce qui faisait d’elle une fille sensible et un peu trop fragile.

C’en était terminé, elle partirait et ne reviendrait pas, prendrait l’argent des photos et s’enfuirait loin de tout, de cette société qui consommait des corps et des images. Cette orgie visuelle, qui ne donnait sa place qu’aux cyniques et aux ambitieux, où l’individualisme avait tout englouti. Loin de ses parents qui n’avaient jamais pris la peine de l’écouter. Loin de ce garçon qui avait cru pouvoir jouer avec elle.

Elle partirait, elle éteindrait la lumière… définitivement.

Publicités

4 Réponses to “Flash.”

  1. ines 10 août 2012 à 10:13 #

    Bravo pour ta participation à cette revue et pour ce superbe texte! Tu as du talent!

  2. lucie38 12 août 2012 à 23:48 #

    ton histoire me fait penser à Marylin Monroe…Bravo en tout cas !

    • insatiablecharlotte 24 août 2012 à 10:11 #

      C’est amusant, parce que justement dans la revue, la graphiste a choisi d’illustrer mon article par une photo de … Marylin Monroe!! Pourtant, en l’écrivant, je ne pensais pas du tout à elle!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :