Et si on parlait écriture avec Isabelle Monnin?

7 Août

Je vous avais parlé de son dernier roman: Second tour ou les bons sentiments, un roman étonnant et passionnant.

Isabelle Monnin a accepté de répondre à mes questions… Vous n’avez qu’à suivre le guide!

1.      L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Ecrire est une manière de s’exprimer comme une autre : certains dessinent, chantent ou dansent, d’autres écrivent. Je crois qu’on écrit quand on n’arrive pas vraiment à parler. Dans ce sens, ce serait plutôt «inné», comme une espèce de trait de caractère, de facilité. Cela n’a rien à voir avec le talent et encore moins avec la possibilité d’être lu. Mais la littérature n’est pas seulement de l’écriture : elle suppose un supplément d’audace, presque de prétention, répondant à la nécessité, presqu’un besoin vital ou viscéral, d’avoir à transcender le réel, le capturer et le conserver aussi précisément que possible. Ensuite, il n’y a pas de miracle : il faut beaucoup de travail pour arriver à trouver la voix juste.

 2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

C’est variable, de zéro à dix peut-être. Cela se passe par bouffées.

 3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

« Les vies extraordinaires d’Eugène », paru chez JCLattès à la rentrée littéraire 2010. Un sentiment d’accomplissement : de l’avoir fait, de le voir exister sous forme non seulement de texte mais aussi d’objet-livre et de sentir l’accueil respectueux, délicat et attentif qu’il a reçu alors que je ne l’avais au départ écrit que pour moi.

 4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Un texte n’est jamais fini, on peut toujours le reprendre, couper, ajouter, transformer. Mais un jour, pourtant, c’est terminé. Parce que l’éditeur l’attend, parce qu’on n’en peut plus de s’user les yeux sur le manuscrit, parce qu’on rêve à un autre texte. La satisfaction est un sentiment éloigné.

Isabelle Monnin à la Grande Librairie

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Mon premier roman publié est le premier que j’ai fait lire à des éditeurs.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Le projet murit pendant des semaines, souterrainement. Je prends quelques notes dans un carnet ou sur mon téléphone portable. J’accumule du matériel, de la documentation, des images, des objets. C’est une phase d’excitation : tout fait sens, une photo, une phrase entendue, un tableau, un film, une musique. Comme si j’étais une éponge hypersensible. J’essaye de bâtir un plan pour canaliser mes idées. Et puis je me mets à l’ordinateur, je crée une bulle autour de moi, je dois être seule, dans ma tête faire le silence, je cherche la voix et quand je l’entends, c’est comme un robinet qu’on ouvre, il n’y a qu’à retranscrire ce qui vient. Ensuite, la phase la plus importante est la relecture, il faut restructurer a posteriori, rééquilibrer. Mais surtout couper. J’ai la chance d’avoir une éditrice très présente et très exigeante.

 7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Sans doute la durée. C’est un effort d’endurance et d’humilité, certains jours les relectures sont pénibles, tout cela semble vain et absurde – à quoi bon tout cela puisque personne ne l’attend ? Il ne faut pas se décourager. Il faut accepter de regarder en face ses limites et ses difficultés. Il faut ne pas fuir sa solitude.

 8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Une grande émotion (et, il faut bien le dire, un angoissant sentiment d’imposture).

 

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Unique.

 10. Etre écrivain, c’est…

Bien !

 11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Ecrire, sans se soucier de rien d’autre que sa voix. Le reste est secondaire.

Merci beaucoup Isabelle! Vivement le prochain roman!

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5 Réponses to “Et si on parlait écriture avec Isabelle Monnin?”

  1. valentyne 7 août 2012 à 12:59 #

    intéressant sa vision de l’écriture
    Je me reconnais dasn sa phrase « Je crois qu’on écrit quand on n’arrive pas vraiment à parler.  »
    Bonne Journée Charlotte

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  1. Et si on parlait écriture avec Isabelle Monnin? « L'insatiable | PROSE "Les professionnels des services de l'écrit | Scoop.it - 7 août 2012

    […] Je vous avais parlé de son dernier roman: Second tour ou les bons sentiments, un roman étonnant et passionnant. Isabelle Monnin a accepté de répondre à mes questions… Vous n'avez qu'à suivre le guide!  […]

  2. Et si on parlait écriture avec Isabelle Monnin? « L’insatiable « jack & Liz - 7 août 2012

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  3. Armistead Maupin, Delphine Bertholon et Isabelle Monnin au programme! | L'insatiable - 27 août 2013

    […] Isabelle Monnin change de registre après Second tour ou les bons sentiments pour nous offrir elle aussi une histoire de sœurs dans Daffodil Silver. Deux sœurs fusionnelles jusqu’au jour du drame; la vie qui bascule, pour flirter avec la folie parfois. La survivante qui voulant entretenir la mémoire de l’autre se construit une vie à travers elle, sans oubli possible, sans pansement sur les blessures. Un roman magnifique. […]

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