Juste quelques mots jetés sur le papier…

23 Juil

Je reprends doucement mon crayon. Il faut que je me détache petit à petit de ces personnages qui hantaient mes nuits et tourmentaient mes jours, qui ne se sentaient libres qu’une fois que je leur offrais des mots. Mon crayon était contraint de les contenter, pas de place pour autre chose. Maintenant qu’ils sont un peu éloignés, je reprends mon carnet et griffonne quelques mots. Rien de construit, juste le bonheur de voir le crayon courir à nouveau sur la page… Je vous partage mon dernier petit texte, juste comme ça, en passant…

Crédit photo: MaxMet

Marie descendit l’escalier sur la pointe des pieds. La maison était silencieuse, calme, comme elle l’aimait. Rien qu’à elle. Tout semblait pris dans la douceur de la fin de nuit. Dans un instant, tout se réveillerait, chaque chose allait reprendre la place qu’elle devait occuper. Pour le moment, tout était silencieux, bercé par cette douce lumière que la fenêtre ne pouvait retenir.

Elle enfila son gilet et sortit. Le silence, quelques cris d’oiseaux ici ou là, rien de brutal, simplement l’éveil du jour. Le soleil avait décidé de se montrer. Elle avança pieds nus dans la pelouse encore recouverte de rosée. Elle caressa le tronc de l’olivier à l’ombre duquel elle lirait un livre cet après midi, après un repas rempli des saveurs de l’été. Peut être s’endormira t-elle portée par les mots qu’elle aura savourés.

Elle aperçut quelques fraises rouges qui viendront combler les papilles de Manon, lorsqu’elle viendrait, cet après midi, jouer à la grande avec son seau et sa petite trousse de jardinage.  Elle chapardera ces fraises en jurant, la bouche rouge et sucrée, que ce n’est pas elle. Marie sait déjà qu’elle la prendra dans les bras pour la faire tournoyer dans les airs, qu’elle la bercera ensuite, qu’elle l’enivrera de câlins et qu’enfin elle lui dira combien elle l’aime.

Elle s’assit sur le petit banc au bout du jardin. Juste un instant pour elle, pour savourer le fait d’être en vie. La vie est chaotique, n’est parfois qu’un long tunnel sombre et puis un jour la lumière. Enfin, trouver cette place que l’on doit occuper, mettre fin à cette quête existentielle si difficile.

Elle savoure cet instant en sachant que demain sera différent, plus compliqué, plus difficile, chaque jour ne peut pas offrir le même lot de bonheur.

Marie aurait voulu savoir se contenter de ces instants, peut être fallait il vivre les jours sombres pour que justement une fois le bonheur présent, on sache le reconnaître.

Ce matin, elle aurait voulu arrêter le temps, figer cette douceur, s’en remplir pour ensuite continuer. Se faire la promesse que l’essentiel est là et qu’il ne sert à rien de courir après des chimères et des mirages. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient et elle ne pouvait s’en contenter. Elle continuerait à douter, à toujours vouloir plus. Mais aujourd’hui, Marie allait profiter de son bonheur, ne pas penser à l’avant ni à l’après, juste être là dans le présent. Il était trop tard pour refaire le passé et l’avenir n’est que du sable que nos doigts ne peuvent retenir, il n’y a que le présent qui compte et aujourd’hui, elle allait se donner l’illusion d’y croire.

Elle se leva du banc, rentra dans la maison et vit apparaître en haut de l’escalier Manon, son ours à la main, les cheveux en bataille, le regard rempli de sommeil. Elle descendit l’escalier marche par marche, pour venir se blottir contre Marie, lui réclamant d’une petite voix son bol de chocolat. Marie lui sourit et l’embrassa, lui caressa les cheveux et lui murmura qu’elle l’aimait. Manon la regarda, avec cette mou concentrée qui la caractérisait parfois et sans que Marie ne s’y attende, lui dit : « tu sais, maman, je crois que la vie est belle. »

Une larme. Un sourire. Tout était dit.

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11 Réponses to “Juste quelques mots jetés sur le papier…”

  1. lucie 23 juillet 2012 à 07:58 #

    ton texte me touche et résonne en moi. Il faut dire que je fais de la méditation de pleine conscience depuis presque deux mois alors être présente à l’instant, je commence à mieux savoir faire.

  2. chanone 23 juillet 2012 à 08:45 #

    Belle histoire, c’est bien écrit et plein d’émotions 😉 bonne journée !

  3. Laetii 23 juillet 2012 à 11:14 #

    C’est très joli 🙂

  4. Submarine 23 juillet 2012 à 14:44 #

    Ouah, Charlotte… Tu m’as touché. C’est le genre d’histoire qui sait me bercer, pleine de tendresse et de lucidité. Il faut savoir reconnaitre les petits instants de bonheur, et les savourer… Tu avais lu mon texte sur LME ? Il te plaira peut-être du coup 😉

    • insatiablecharlotte 26 juillet 2012 à 17:31 #

      Coucou Submarine! Merci beaucoup… non je n’ai pas lu… Je t’avoue que quand je suis « en phase d’écriture », ce qui était le cas jusqu’à il y a peu, je m’enferme un peu et je ne vais pas lire ailleurs… mais je vais aller voir!

  5. adele 27 juillet 2012 à 10:07 #

    C’est très touchant…
    C’est tout à fait ce genre d’histoire que j’aime en ce moment.
    J’admire ta façon de retranscrire les émotions.
    Bonne journée charlotte!

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  1. Juste quelques mots jetés sur le papier… « L'insatiable | PROSE "Les professionnels des services de l'écrit | Scoop.it - 23 juillet 2012

    […] Il faut que je me détache petit à petit de ces personnages qui hantaient mes nuits et tourmentaient mes jours, qui ne se sentaient libres qu'une fois que je leur offrais des mots. Mon crayon était contraint de les contenter, pas …  […]

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