Souvenir d’un premier roman par Gaëlle Josse

3 Juil

Voici la suite de l’interview de Gaëlle Josse sur son premier roman! Allez vite découvrir son univers si poétique et touchant!!

Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Je dis parfois que c’est l’histoire d’un tableau qui m’est tombé sur la tête ! Il y a un peu de ça : j’ai découvert sur Internet le tableau d’Emmanuel de Witte qui a servi de point de départ aux Heures silencieuses. Il m’a tellement intrigué, avec ses compartiments à secrets, ses personnages devinés, cette femme de dos parmi ses richesses, cette juxtaposition d’univers, cette perspective qui les réunit et les sépare, que je suis allée le voir « pour de vrai » à Rotterdam, où il se trouve.

Une histoire s’est mise en route, j’ai eu l’impression que cette femme, qui m’a émue dans sa simplicité, son humilité, que j’ai un jour appelée Magadalena, m’a prise par la main, m’a fait entrer dans son univers et m’a confié ses secrets. De mon côté, je lui ai confié quelques uns des miens !

J’ai ensuite gardé ce texte près de deux ans dans mon ordinateur, ne sachant pas qu’en faire et ne pensant pas, en toute sincérité, qu’une cinquantaine de pages Word sur les tourments intimes d’une femme imaginaire du 17ème siècle hollandais pourrait intéresser un éditeur et des lecteurs. ..

Un jour, je me suis dit qu’il fallait aller jusqu’au bout de la démarche, ce qui n’est pas forcément facile : c’est se mettre en attente, s’exposer au refus, à la déception, et toutes ces tâches matérielles qui prennent un temps fou : photocopier et relier plusieurs exemplaires, rédiger une lettre d’accompagnement personnalisée, chercher les adresses, faire les enveloppes, aller à la poste. Ça paraît bête mais c’est une vraie entreprise, il faut y être prêt  et en accepter les conséquences.

Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Chaque auteur a son histoire. Pour les Heures silencieuses, j’avais ciblé six ou sept éditeurs, de taille moyenne, dont j’aimais particulièrement les livres. Quelques jours après, j’ai reçu un appel téléphonique d’Henry Dougier, le fondateur et directeur, -à l’époque-, d’Autrement, un soir vers 22h sur mon portable. J’étais en vacances, au bord de la mer, en famille. J’ai failli ne pas répondre en voyant s’afficher « numéro inconnu » ! Je l’ai rencontré quelques jours après avec son directeur littéraire. C’était à la mi-avril 2010, ils ont sorti le livre début janvier 2011 pour éviter la rentrée d’automne et ses 650 romans…Ensuite, j’ai reçu une autre proposition, et deux refus, je crois. Le reste s’est perdu dans la nature…

Je suis arrivée à l’écriture par la poésie, j’avais déjà publié quatre ou cinq recueils et des textes en revues, mais il s’agit là de micro-édition, d’un univers à part qui n’a rien à voir avec le fonctionnement de l’édition classique.

 

Crédit photo: Xavier Remongin

Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Paradoxalement, ce n’est pas le premier roman qui m’a semblé le plus difficile. On est dans une sorte d’innocence, et quand le livre paraît, on découvre tout : la mise en place en librairie, les réactions de la presse, des blogs, les invitations en librairies, en salons, en festivals, les rencontres et les échanges avec les lecteurs, les lettres et les mails reçus, parfois bouleversants d’émotion…

Après, quand tout le monde vous dit (je sais, ça va paraître un peu prétentieux ) on a hâte de lire le deuxième ! c’est à la fois extraordinaire de réaliser qu’on crée une (petite, restons simple !) attente rien qu’avec ses mots, et totalement flippant de se dire : il va falloir être à la hauteur !

Peur de décevoir bien sûr, de ne pas être suivie, surtout en changeant totalement d’univers comme je l’ai fait avec Nos vies désaccordées et en même temps envie, besoin absolu de poursuivre ma voie, ma voix, en sincérité, sans penser « est-ce que ça va plaire ? », ce qui me semble être le pire pour un auteur.

Quand une histoire s’impose, débarque sans crier gare, il faut l’accueillir, c’est une nécessité intérieure, non explicable, et non négociable. C’est tout.

 Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Est-ce là que je vais vous faire rêver ? Pas sûr ! Si, quand on va chez l’éditeur et qu’on se prend les pieds dans les cartons remplis de son propre bouquin, ça fait drôle ! Même si on a travaillé sur les épreuves et vu les essais de couverture, la découverte de l’objet-livre est une autre expérience ! Et en même temps, une grande angoisse.

Pour mes deux romans, je n’ai pu les ouvrir qu’au bout de plusieurs jours, à la maison où ils me regardaient sur la table du salon, avec une horrible peur (oui, je suis un peu angoissée, mais j’assume !) : la terreur d’y découvrir une coquille, ou une correction non reportée, une scorie quelconque, malgré ma relecture des épreuves, celle du directeur littéraire et celle du correcteur. J’en aurais été malade ! J’avoue qu’en tant que lectrice, c’est le genre de choses qui me hérisse le poil ! C’est ainsi…

Allons, je vous faire rêver un peu, quand même : le jour où j’ai eu dans les mains l’édition italienne des Heures...Le ore del silenzio…Quelle émotion…Me dire que la traductrice a transposé chaque mot, chaque phrase dans sa langue, tenté de retrouver une atmosphère, une musique, la mienne…et après, recevoir les articles de presse italienne, répondre à une interview pour un grand magazine. La réalité a dépassé le rêve depuis longtemps !

 

 

Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

J’ai feuilleté à nouveau les Heures silencieuses lorsqu’elles sont parues en poche (J’ai lu). Je me suis aperçue que je n’en changerais pas une virgule. Ça ne veut par dire que le livre est parfait, mais par rapport à moi, il est « juste », dans ce qui est dit et la façon dont c’est dit. Je n’aurais pas pu aller plus loin dans l’écriture, ni dans l’histoire.

Lorsque est paru Nos vies désaccordées, j’ai eu cette même sensation, non pas de satisfaction, mais d’avoir « lâché » le texte quand il m’a paru porté au maximum de ce que je pouvais faire.

C’est ce que je cherche à nouveau dans cette phase de relecture de mon troisième roman. Ensuite, advienne que pourra ! Ça ne garantit pas le succès d’un livre, mais je veux me sentir« en paix » avec ce que j’ai fait, ne pas regretter un texte négligé, inabouti.

 Merci infiniment Gaëlle pour votre générosité!

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14 Réponses to “Souvenir d’un premier roman par Gaëlle Josse”

  1. nalou 3 juillet 2012 à 07:54 #

    hello 🙂 je cherchais justement comment agrandir ma « pile à lire », bin voilà, un de plus 🙂
    merci pour cette jolie découverte

  2. Laetii 3 juillet 2012 à 08:33 #

    Mmmhh un troisième roman, en voilà un joli scoop 🙂 Merci pour cet interview Charlotte!

  3. emidreamsup 3 juillet 2012 à 09:37 #

    Superbe interview, qui m’a beaucoup inspiré. 🙂

  4. lucie 3 juillet 2012 à 12:10 #

    merci pour ce billet, j’ai beaucoup aimé ce roman, il est notre lecture commune pour l’apéro littéraire que je fais avec les copines tous les mois et demi. Je te dirai ce qu’elles en ont pensé. J’ai hâte de lire nos vies désaccordées.

    • insatiablecharlotte 3 juillet 2012 à 15:39 #

      Nos vies désaccordées est un ton au dessus selon moi… mais en même temps il est complètement différent!!!

  5. My Little Discoveries 3 juillet 2012 à 22:12 #

    Toujours aussi intéressant!

  6. Ô Coco 4 juillet 2012 à 09:19 #

    Ce blog est tellement dense et riche, Charlotte l’Insatiable ! que je n’arrive pas à suivre toutes les publications ! Je suis ravie de cette nouvelle rencontre, c’est très surprenant car par le biais du blog, on a l’impression d’être plus proche de ces personnes, de leurs émotions, d’entamer une relation avec eux. Une approche différente d’un article lu dans un magazine. Et je vais lire Gaelle Josse, c’est sûr ! Personnalité attachante.
    Bel été…

  7. Ô Coco 4 juillet 2012 à 21:58 #

    Ce blog est si dense, que j’ai du mal à lire toutes les publications, Charlotte l’Insatiable ! De nouveau une belle rencontre, par le biais du blog on s’imagine entrer en contact direct avec les auteurs, une illusion agréable. Je vais lire Gaelle Josse, c’est sûr… une personnalité généreuse.

    • insatiablecharlotte 5 juillet 2012 à 17:44 #

      J’avais effectivement dit que j’allais ralentir le rythme des publications et puis finalement… Généreuse, c’est exactement cela!

  8. laplume2015 4 décembre 2015 à 13:00 #

    Merci d’avoir posté l’interview. très intéressant.

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