Et si on parlait écriture avec Gaëlle Josse?

2 Juil

Petit bouleversement de planning cette semaine sur le blog…

Nos vies désaccordées… Je le dis et le répète:   mon coup de coeur de l’année! Tout naturellement, je me suis tournée vers son auteur, Gaëlle Josse, quand j’ai décidé de monter cette rubrique et à ma grande joie, elle a accepté. Et quand Gaëlle Josse fait quelque chose, elle le fait pleinement et avec toute sa sensibilité et sa générosité.

Alors pour le plaisir et pour savourer ses réponses, vous trouverez la première partie de l’interview aujourd’hui et la suite demain (sur les émotions du premier roman)!

Merci infiniment, Gaëlle! (Vous pouvez retrouver ses actualités et son univers sur son blog: http://gaellejosse.kazeo.com)

L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% de sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je crois que chacun d’entre nous possède une palette expressive, une prédisposition à une forme d’expression. L’écriture en est une, parmi d’autres. Après c’est un peu, ou beaucoup, ou énormément de talent selon les individus, mais c’est assurément beaucoup de travail, du moins en ce qui me concerne.

Pour moi, l’écriture se joue deux phases : la flèche lancée, la story, la narration, un monde, des personnages qui émergent, prennent vie et nous surprennent. Cela donne lieu, dans l’urgence, à un premier jet. C’est la phase la plus facile, la plus jouissive, la plus créative.

Vient ensuite le travail sur la langue, les mots, les phrases, le rythme, la ponctuation. Relire, relire jusqu’à ce que plus rien n’accroche, sans pour autant affadir le texte, lui garder son grain, ses angles, ses ruptures, sa densité. Ça veut dire relire jusqu’à une vingtaine de fois. Il ne s’agit pas de faire des jolies phrases, mais d’arriver au plus près de ce que je cherche à exprimer, avec le mot précis, l’adjectif , l’image qui conviennent, la bonne cadence de phrase, tout en restant dans l’intuition, la liberté, la spontanéité du geste. Quel boulot !

Crédit photo: Xavier Remongin

Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

N’étant pas auteur à temps complet, mais avec un « vrai travail » et une vie de famille, il m’est difficile de parler d’heures. J’écris dans les interstices disponibles, et je m’aperçois que les choses se construisent très en amont dans ma tête avant de les écrire, à l’ordinateur ou dans un cahier, selon l’endroit où je me trouve. Je n’ai pas une vie qui me permet d’attendre des heures l’inspiration en me promenant dans mon jardin !

Ensuite, il s’agit de phases successives : écriture du premier jet, très rapide, en quelques semaines, et ensuite relectures et modifications, avec des temps de « décantation », où je laisse reposer le texte pendant des semaines. Quand je le reprend à froid, je vois mieux, car au bout d’un moment, je suis saturée, trop immergée, sans le recul nécessaire. Cela prend de très longs mois. Je m’aperçois que du premier roman au troisième, pour lequel j’aborde les ultimes relectures, cette façon de faire demeure.

Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Satisfait ? Hum, j’ai tendance à ne jamais l’être, c’est comme ça ! Comme je le disais, il faut qu’au terme des multiples relectures, on ne trouve plus de « fausses notes », qu’on puisse relire l’ensemble sans rien trouver à reprendre. Comme une longue chevelure dans laquelle on pourrait le peigne le plus fin sans qu’il trouve de nœuds. Cela ne signifie pas  que le texte est bon, mais simplement que je ne peux pas le mener plus loin et que j’accepte l’idée d’un jugement professionnel extérieur, et bien sûr d’un partage avec des lecteurs !

Être écrivain, c’est…

C’est d’abord être un auteur ! Je ne pense pas qu’on s’autoproclame écrivain. Pour moi, cela suppose d’avoir accompli une longue œuvre, et ce n’est pas à soi-même d’en juger. La route est longue…. Mais surtout, par pitié, je ne veux jamais être une écrivaine, c’est trop laid !

Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Ca me donne un coup de vieux, là, qu’on me demande des conseils… Que dire ? Tout d’abord écrire en sincérité, en posant sa propre voix, en construisant son propre univers, avec ses questionnements, ses obsessions, ses mots, son phrasé, jouer sa propre musique…Et n’adresser à l’éditeur qu’un texte suffisamment abouti pour être montré.

Et je ne crois pas utile d’envoyer un manuscrit au hasard, urbi et orbi, mais au contraire l’adresser par empathie pour une ligne éditoriale, pour les auteurs publiés. Un catalogue d’éditeur, ce n’est pas qu’une liste de livres, mais un compagnonnage, des univers multiples qui vivent ensemble et auprès desquels on se sentirait bien…

A demain pour la suite!

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18 Réponses to “Et si on parlait écriture avec Gaëlle Josse?”

  1. Laetii 2 juillet 2012 à 10:31 #

    Ses mots sont tels que je m’attendais : simples, naturels, modestes posés et très justes. Gaëlle Josse est un exemple intéressant dans le sens où elle ne s’investit pas à temps plein dans l’écriture, qu’elle a un autre job et une famille, et arrive pourtant à sortir de vrais bijoux! Comme quoi, l’inspiration est là, à tout moment et partout! Il faut foncer…
    Vite demain 😀

    • insatiablecharlotte 3 juillet 2012 à 15:46 #

      Ses mots la représentent bien. Je trouve d’ailleurs que les réponses aux interviews que je reçois correspondent bien à l’image que l’auteur dégage dans ses livres…

      • Laetii 3 juillet 2012 à 19:33 #

        Tout à fait d’accord avec toi!

  2. Clochette 2 juillet 2012 à 12:43 #

    Génial cet interview!!! Et je suis tellement d’accord avec elle quand elle parle du mot écrivaine!!
    merci pour cette découverte d’un auteur que j’ai encore plus hâte de lire maintenant!

  3. My Little Discoveries 2 juillet 2012 à 14:40 #

    Je n’ai pas encore découvert cet écrivain (!) mais cette interview donne envie, elle est très intéressante! Merci et vivement la suite ;o)

  4. christine 2 juillet 2012 à 19:54 #

    Merci pour cette interview. Je retiens son nom afin de la lire.

  5. Ines 2 juillet 2012 à 20:19 #

    Je n’ai pas encore lu « nos vies désaccordées » ms ce livre figure en haut de ma pile à lire depuis ton article et celui de Laeti! Super cet interview et ça fait plaisir de lire que Gaelle Josse mène de front boulot, vie de famille et écriture…Comme quoi avec du talent et aussi et surtout beaucoup de la persévérance on arrive à ce que l’on souhaite! Un bel exemple à suivre pour toutes celles qui ont envie d’écrire et espérer un jour être publié!

    • insatiablecharlotte 3 juillet 2012 à 15:43 #

      C’est effectivement une interview sans concessions mais qui montre qu’avec ténacité, courage et travail, c’est possible (en même temps, elle a aussi un talent naturel indéniable!!!)

  6. lucie 3 juillet 2012 à 12:14 #

    j’aime la manière dont elle décrit son processus d’écriture, cette idée qu’il faut poncer, polir, peigner, gommer les aspérités du texte, laisser reposer et reprendre. Cela donne envie d’écrire pour de bon aussi, une histoire. Pour le moment je ne fais que des petits bouts , et toi tu en es où ???

    • insatiablecharlotte 3 juillet 2012 à 15:39 #

      Tu as tout à fait raison Lucie, elle donne envie même si je trouve qu’elle reproduit bien le travail que cela représente.
      Pour ma part, j’avance… j’ai osé faire lire l’histoire et j’en suis à la 3ème relecture! Merci de prendre des nouvelles!

  7. Valentyne 4 juillet 2012 à 07:04 #

    J’ai bien aimé les expression employées par Gaëlle Josse sur la première phase dans sa façon d’ecrire : « la flèche lancée … » Merci , Charlotte pour cette interview d’une vraie personne avec un « vrai travail »

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