Seul… (des mots, une histoire)

27 Avr

La récolte d’Olivia m’a inspiré la suite des aventures de cet homme déchu, fuyant les actes qu’il venait de commettre…(Seul) Je pense que le texte peut se comprendre sans la lecture du premier épisode mais je le précise quand même!

Les mots étaient: immédiateté – assiette – création – café – peau – trille – absence – bergamote – confiance – peigne – hermétique – insouciance – facile – tristesse – sourire – diable – déception – labyrinthe – sang – coincidence – chavirer – connexion

Seul

Une nuit de plus, il avait survécu à une nuit de plus dans ce squatt. Il avait trouvé cette grange qu’un autre avant lui avait dû occuper et quitter brusquement laissant quelques petits trésors pour un homme en fuite : un réchaud, une assiette, du café, quelques conserves, des biscuits à la bergamote. Ce dernier élément l’avait fait sourire tant la délicatesse de ces biscuits faisait ressortir le côté lugubre et sinistre de cet endroit, de cette situation.

Cela faisait deux nuits qu’il passait ici, à réfléchir. Il essayait de reconstruire le puzzle de sa vie, de trouver l’issue du labyrinthe dans lequel il s’enfermait tous les jours un peu plus.

A l’insouciance d’une vie, avait succédé la rudesse d’une survie. Son univers avait chaviré en une soirée. Tout s’était transformé. Il fallait oublier la lenteur des journées et l’effervescence des soirées qui se succédaient à la vitesse d’un trille. Désormais, tout n’était qu’immédiateté, la question unique était de savoir si l’on serait encore en vie, encore libre la seconde d’après. Le hasard et les coïncidences étaient  écartés, tout devait rester sous contrôle, rien ne devait lui échapper.

La liberté justement, il avait fui pour cela, pour ne pas être enfermé. Une fois les faits découverts, ces parents s’étaient contentés de lui dire que la situation était réglée mais que désormais il ne serait plus considéré comme leur fils, qu’il devait partir loin et ne jamais revenir. Ils avaient ajouté que la confiance ne reviendrait jamais, qu’il déshonorait la famille et que c’était le diable.

Il se souvient encore du visage de sa mère,  un masque sévère et fermé démontrant l’absence de toute pitié. Elle qui le chérissait tant, qui veillait à l’enfermer dans ce monde doré, hermétique au reste du monde, sans connexion aucune avec la réalité, elle le chassait définitivement de sa maison et de son cœur.

Ils n’avaient pas cherché à comprendre, il était tellement plus facile de juger. Ils avaient juste payé puisque dans leur monde même le silence s’achète, pas pour lui non, pour eux, pour que ce nom qu’il adorait tant ne soit pas souillé par les agissements répréhensibles d’un fils.

Il pensait que les parents servaient à cela pourtant, qu’ils étaient les derniers remparts, prêts à tout entendre, à tout comprendre, à aimer tout simplement sans faille et sans rupture. Tout au plus, pouvait-il comprendre leur déception, leur incompréhension mais pas ce rejet, pas cette répudiation.

Les premiers jours avaient été difficiles physiquement, il avait marché tellement vite pour s’éloigner le plus possible, sans s’arrêter, sans dormir, son corps commençait à céder, il se blessait pour un rien, s’arracher la peau à la moindre chute, le sang coulait si facilement. Il était épuisé.

Il avait finalement trouvé cette grange, il pensait n’y rester qu’une nuit mais le lendemain, il n’avait pas eu la force de se lever, de reprendre la route. Il était resté là et pour la première fois son esprit avait pris le dessus sur son corps. Sa survie, sa fuite, les douleurs qu’il ressentait n’étaient rien à côté de ce qu’il vivait depuis hier, la remise en question, la prise de conscience, les regrets.

Il avait réfléchi longtemps, pesé tous les arguments, n’avait pas dormi en cherchant la solution. Le suicide était une réponse mais il fallait du courage pour le faire et il n’en avait pas. Mais surtout il avait encore une once d’espoir, l’espoir de vivre un jour, de se reconstruire.

Il se leva, tenta de mettre de l’ordre dans ses vêtements, passa un coup de peigne rapide dans ses cheveux emmêlés et gras. Il sortit de la grange et marcha.

Il avançait d’un pas grave mais assuré. Il avait la tête droite, ne se courbait plus sous le poids de sa vie. Il donnait l’impression de savoir où il allait cette fois, et il le savait : il allait se rendre, raconter son crime et se laisser happer par la machine qu’il allait lui-même enclencher.

C’était l’étape nécessaire à sa reconstruction, à la création d’un nouvel homme, cet homme qu’il allait devenir.

12 Réponses vers “Seul… (des mots, une histoire)”

  1. harmoniephotography 27 avril 2012 à 07:40 #

    La suite est palpitante, tres bien ecrit Charlotte. Ca ferait une tres belle nouvelle……

  2. Douchka de chez Catbibi 27 avril 2012 à 08:33 #

    je suis bien d’accord avec Harmonie!!

  3. Violette Dame mauve 27 avril 2012 à 08:50 #

    très bon texte… Bravo
    Les mots bien utilisés et à bon escient
    Bonne journée
    Amitiés
    Violette

  4. Olivia Billington 27 avril 2012 à 10:01 #

    Honte et déshonneur familiaux, tant à dire sur le sujet !

  5. marlaguette 27 avril 2012 à 10:27 #

    Plaisant à lire…

  6. Pierrot Bâton 27 avril 2012 à 14:26 #

    Ah ! Toi aussi, tu as trouvé des biscuits à la bergamote! C’ est bien la preuve que ça existe ! Il a du courage, ton personnage.

  7. Asphodèle 27 avril 2012 à 14:27 #

    Encore une belle histoire Charlotte ! 😉 J’ai lu ton blog-it et j’ai été touchée aussi…

  8. antonio 27 avril 2012 à 16:03 #

    J’aime beaucoup ce texte tout en introversion: il n’y a que la lucidité et la vraie connaissance de soi qui sauve!
    Belle journée
    Antonio

  9. La plume et la page 27 avril 2012 à 22:33 #

    Encore une histoire difficile mais finement racontée. Est-ce qu’il arrivera à se reconstruire? Une suite peut-être?

  10. elcanardo 28 avril 2012 à 16:12 #

    Une grange magique ou en tout cas salutaire… La pause dissipe la précipitation et dilue le drame. J’espère qu’il pourra construire sa vie aussi bien que tu as construit ton texte ! Bravo !
    Coincoins redémarrés

  11. Ceriat 28 avril 2012 à 22:27 #

    La vie n’est pas vraiment facile pour ton personnage. 😀 Son repenti le sauverat-il ? 😀 Les mots se fondent si facilement dans ton texte qu’ils nous imprègnent. 😀

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  1. Bleu du bonheur II | Désir d'histoires - 27 avril 2012

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