Des mots, une histoire… Lucille.

20 Avr

Olivia est de retour avec une jolie liste de mots:

hiberner – sentiment – tendresse – cachette – étagère – indécis – traîner – émanation – garnements – manque – spinalien – béant – désorienté – interdit – nocturne – caricature – caractère – banalisé – dosage – bleu – isoloir – enquêter – lointain – épaule – train – repartir – voyage

(J’avais le droit d’en laisser deux de côté… spinalien et garnements sont restés sur le bord de la route…)

Ce texte peut se comprendre seul, mais il a été conçu comme la suite ou en tout cas la mde l’histoire de Lucille, publiée il y a 15 jours ici même…

Le temps était venu de sortir de ma cachette, de m’ouvrir un peu au monde, de cesser d’hiberner. Il fallait tout remettre en place, que chaque chose retrouve sa place, chaque livre son étagère.

Je sortais toujours de ces phases un peu désorientée, comme sortant d’une longue maladie où le rythme des journées n’avait plus d’importance, où les peurs nocturnes alternaient avec la fougue fiévreuse des après midis. Ces périodes de quasi enfermement pendant lesquelles plus rien ne comptait, pendant lesquelles Octave se retirait dans la remise du jardin pour me laisser libre, pour ne pas avoir à subir ce caractère si particulier qui m’habitait pendant ces phases de création.

Je sortais toujours de ces périodes un peu indécise sur ce que je venais de faire, jamais pleinement satisfaite, sauf cette fois ci. Il m’avait fallu une force que je ne soupçonnais même pas posséder pour créer ce tableau, mais plus je le regardais et plus je me disais qu’il n’y avait rien à ajouter, qu’il était celui qui sommeillait en moi depuis longtemps.

J’avais l’impression qu’après cela, je ne pourrais plus créer, plus revivre ces moments frôlant parfois la folie mais pendant lesquels je parvenais à sonder mes entrailles, à retrouver l’essentiel, à ne plus être dans la caricature de l’artiste torturé mais à être moi, tout simplement.

Il fallait juste que je m’éloigne de tout cela, que le manque revienne, que les sentiments enfouis et lointains remontent en surface, que l’envie renaisse, que les interdits recommencent à me tourmenter pour que je puisse retrouver cette force si particulière, pour que la faille béante que j’avais en moi recommence à me faire mal.

Nous allions partir avec Octave, prendre ce train qui nous conduirait vers un endroit inconnu, repartir en voyage comme à chaque fois, comme un rituel salvateur, retrouver le creux de son épaule pour y poser ma tête et respirer son odeur, traîner sur la plage pour m’imprégner du bleu de la mer, sentir le vent fouetter mon visage et respirer ces émanations si particulières qui n’existent qu’ici, se sentir seuls au monde juste tous les deux, mêler nos mains avec une tendresse dévorante, nous retrouver… et vivre !

Ne rien banaliser du quotidien, là était notre défi pour ne pas nous perdre, pour ne pas me perdre dans ce monde si attirant et pourtant si dangereux de l’enfermement créatif, pour ne pas avoir la tentation de rester cachée des yeux des autres, demeurer en permanence dans cet isoloir, seul au milieu de la foule. Il fallait pourtant que je sorte de tout cela, que je vive, que je cherche les détails qui, plus tard, m’aideraient à aller au bout de mes envies, comme un détective qui enquête et ne veut rien laisser passer.

Il fallait oublier ces périodes de création parfois destructrices, retrouver le dosage normal d’une vie, refaire surface et vivre.

Ne jamais oublier de vivre…

13 Réponses vers “Des mots, une histoire… Lucille.”

  1. wens. 20 avril 2012 à 09:10 #

    Je continue d’admirer les compagnes ou les compagnons des créateurs dans l’ombre…une belle suite à ton texte précédent.

    • Violette Dame mauve 20 avril 2012 à 10:27 #

      j’aime beaucoup ce texte qui se suffit à lui même tout en étant une suite, comme une série dont l’on verrait la fin à chaque épisode.
      Amicales pensées
      Violette

  2. Amélie 20 avril 2012 à 10:53 #

    J’aime beaucoup ton texte ! On retrouve bien Lucille, et tu mets vraiment le doigt sur la solitude nécessaire pour créer, et le danger que cela représente pour l’entourage (et le créateur) de finalement trop s’isoler au point parfois de perdre contact avec la réalité… C’est très vrai, tout ça ! C’est valable pour toute création d’ailleurs…

  3. Olivia Billington 20 avril 2012 à 11:16 #

    Refaire surface…

  4. soene 20 avril 2012 à 13:32 #

    Heureusement qu’elle peut sortir de son isoloir créatif et qu’elle redevient alors « normale ». Elle en a conscience, c’est déjà pas rien.
    En fait, cette suite est rassurante.

  5. Saco 20 avril 2012 à 14:05 #

    Très jolie texte !

  6. Eeguab 20 avril 2012 à 20:10 #

    Curieux comme pas mal de textes de cette semaine ont des préoccupations communes:le temps,l’usure,les regrets.

  7. adele 21 avril 2012 à 09:09 #

    Ton texte est très beau. Et très juste.

  8. Solange 21 avril 2012 à 10:07 #

    Toujours aussi bien écrit. Bravo.

  9. janickmm 21 avril 2012 à 13:21 #

    Plein de choses dans ce texte qui font du bien ….

  10. elcanardo 21 avril 2012 à 19:20 #

    L’angoisse et l’interrogation se ressentent dans tes lignes… revenir du néant sans vraiment couper le lien pour pouvoir y retourner 🙂 Du bien bel ouvrage !

    Coincoins créateurs

  11. Ceriat 21 avril 2012 à 22:59 #

    Un bon dosage des mots, qui nous ravive. 😀

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  1. Bleu du bonheur | Désir d'histoires - 20 avril 2012

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