Des mots, une histoire… toujours, c’est le rendez vous du vendredi!

30 Mar

Voici la récolte de mots d’Olivia: myriade – vide – lundi – (saturnale)s – grenouille – bulle – icône – silencieuses – astuce – savoir-vivre – valise – étourderie – soif – plaine – kaléidoscope  – fièvre – trottoir – renverser – paupière – surprise

Contribution difficile et un peu longue…

Je regardais tout le monde s’agiter, la maison était en effervescence depuis lundi. Chacun savait ce qu’il avait à faire, cette fête était attendue depuis plus d’un an, cent cinquante personnes allaient se presser à cette soirée renommée. Le banquet allait être digne des plus belles Saturnales.

Le jardinier s’affairait, taillant au millimètre le gazon de la plaine qui servait de golf à François et qui serait piété par des hauts talons et des chaussures italiennes le soir venu ; les cuisiniers mitonnaient une myriade de mets plus succulents les uns que les autres, les femmes de ménage s’affairaient dans les chambres du domaine ; les valises des premiers invités attendaient dans le couloir que quelqu’un daigne les monter pendant que leurs riches propriétaires se reposaient dans leurs appartements. Tout était noté, consigné, rien ne devait être oublié, pas de place pour l’étourderie ou le naturel, tout serait cadré.

J’entendis les cris de Mathilda, qui m’extirpèrent alors de mes pensées et de ma contemplation. Elle s’amusait à chatouiller une grenouille qu’elle avait emprisonnée dans une énorme jarre. Cet enfant était toujours en émerveillement, elle regardait la vie à travers un kaléidoscope : les beautés étaient décuplées et elle voyait tout en couleur. C’était une petite fille pleine de surprise et d’astuce, elle était sans doute ce qui me donnait le goût de vivre. Elle passa près de moi, me fit un baiser tout mouillé, but mon verre d’eau pour étancher sa soif et repartit en sautillant.

Je la regardais grandir en essayant de trouver la bonne distance, elle était mon énergie, ma raison d’être mais il ne fallait pas que je l’étouffe, il fallait la protéger mais ne pas l’aliéner.

J’avais un mari richissime, une maison digne d’un château, je n’avais pas besoin de travailler et pourtant je n’étais pas heureuse, le caprice de la petite fille gâtée sans doute. J’étais dans une bulle, aseptisée, dont on ne sort qu’à coups de griffe surpuissants, puissance que je n’avais plus. J’avais compris au moment où j’étais tombée enceinte que je ne pourrais plus partir, sans prendre le risque de ne plus voir mon enfant. Ils étaient puissants, avec la main mise sur les choses et les gens.

J’étais malheureuse et pourtant si jalousée… Je les entendais chuchoter sur mon passage, me regarder comme si j’étais la femme la plus puissante qui soit, qui ne pouvait évidemment pas descendre pour se mettre à leur hauteur, elles faisaient pourtant toutes parties de ce monde où la vie semble hors du temps, où tout n’est qu’argent, palace, hypocrisie et mépris. Mais elles étaient aigries, voulant toujours plus et j’étais celle qui symbolisait le summum, j’avais tout ! J’étais épiée en permanence, mes vêtements, ma façon de me tenir, mes moindres petits mots…

Ce soir, on chuchoterait sur mon passage mais pour d’autres raisons, certaines se réjouiraient de ma déchéance car finalement je n’avais pas le droit d’avoir autant de choses pour moi. On brûlait si vite les icônes !

Je regardais tout ce petit monde s’agiter depuis ma chaise, à l’ombre d’un arbre.

Je n’avais pas si tôt fermé les paupières qu’un Madame retentissait, pour me demander de confirmer mille et un détails. J’aurais voulu que cessent ces Madame, qu’on ne m’appelle plus, qu’on m’oublie, qu’on me laisse là, seule dans mon coin.

Ce soir, je ne pourrai pas enfiler ma belle robe et danser toute la nuit pour oublier, et pourtant il faudra que je fasse bonne figure.

J’avais demandé à François d’annuler cette soirée, je n’étais pas en état, il m’avait alors regardé comme on regarderait quelqu’un qui vient de proférer une idiotie, m’avait assuré qu’il fallait honorer cette soirée, c’était une question de savoir vivre et de renommée. Je demeurais silencieuse, je baissais la tête une nouvelle tête en acquiesçant, sentant le vide se creuser encore plus au fond de mon ventre.

La fièvre se faisait de plus en plus forte et ma jambe me faisait souffrir terriblement. Les médecins avaient été surpris de l’ampleur des blessures. Ils s’étaient succédés à mon chevet tous plus circonspects les uns que les autres. Après tout, je m’étais simplement fait renverser par un vélo alors que je marchais tranquillement sur le trottoir… Les hommes qui me servaient de garde du corps et m’empêchaient de respirer n’avaient été d’aucun secours ce jour là ! Pourtant le verdict était brutal : les médecins ne savaient pas si je pourrais remarcher un jour… et moi-même j’en doutais.

19 Réponses vers “Des mots, une histoire… toujours, c’est le rendez vous du vendredi!”

  1. marlaguette 30 mars 2012 à 09:00 #

    Et oui, l’argent ne fait pas le bonheur… Sa bulle vient d’éclater !

    • insatiablecharlotte 30 mars 2012 à 11:47 #

      Je ne sais pas malheureusement si sa bulle a éclaté, j’ai peur qu’elle y reste coincée!

      • marlaguette 30 mars 2012 à 11:52 #

        Quelques fois les évènements font que les évènements de la vie font basculer des moments qui semblaient sans issues… Une suite peut être ?

      • insatiablecharlotte 30 mars 2012 à 11:59 #

        Tout à fait d’accord…
        Pour la suite, je ne sais pas… Toutes les petites histoires du vendredi sont un « on shot » après avoir fait une histoire sur plusieurs semaines, que je continue mais ailleurs…
        il faudrait que je reprenne ces histoires, voir si je peux les creuser… car certaines sont encore présentes en moi!!!

  2. Cistu 30 mars 2012 à 10:14 #

    Voilà un personnage dont on ressent très fort le sentiment d’étouffement dans cette prison dorée !

  3. Asphodèle 30 mars 2012 à 10:44 #

    Hou c’est triste ! La pauvreté extrême ne fait pas non plus le bonheur… Alors il ne sert à rien d’envier quiconque ici-bas !!^^

    • insatiablecharlotte 30 mars 2012 à 11:45 #

      Ce n’est pas ma faute, ce sont les mots… qui m’inspirent toujours des histoires tristes ceci dit…oups!

  4. Olivia Billington 30 mars 2012 à 12:17 #

    Trop ou pas assez d’argent… pas évident.

    • insatiablecharlotte 30 mars 2012 à 12:20 #

      La question n’est pas seulement dans le trop d’argent, il est surtout dans la puissance infondée que cela procure!

  5. covix 30 mars 2012 à 20:09 #

    Bonsoir,
    Il y a une certaine force dans ce texte… celui ou tout semble beau…mais un aléa de la vie tombe, inattendu et change tout, la jalousie des autres flatte leur ego… c’est valable dans tous les étages de la société.
    Bonne fin de semaine
    @ plus

  6. soene 31 mars 2012 à 07:26 #

    L’histoire de cette pauv’ dame riche me fait rire. Hélas, on en voit dans la vraie vie… pas des masses, Dieu merci !
    Je m’attendais à tout, sauf à ta conclusion 😆
    Bon we et bises de Lyon

  7. Valentyne 31 mars 2012 à 12:03 #

    Surprenante cette chute , et bien amenée 🙂
    Là elle est vraiment coincée !

  8. Ceriat 31 mars 2012 à 20:16 #

    Une bulle qui éclate pour ton personnage, mais qui nous apporte une bien belle lecture. 😀 J’aime beaucoup ton texte. 😀

  9. lucie38 1 avril 2012 à 00:04 #

    et bien quelle chute !!!
    l’argent ne fait pas le bonheur… et un clin d’oeil au film intouchable…

  10. janickmm 1 avril 2012 à 10:05 #

    sans doute cet accident de trottoir peut apporter quelque chose, il faut du temps et de la patience, même quand tout semble réuni pour être « heureux » (selon les codes)

  11. elcanardo 2 avril 2012 à 22:34 #

    Triste histoire… La fin refeme définitivement la porte de la prison (dorée) semble t-il. Ton écrit est prenant… Bravo !

    Coincoins attristrés

  12. Pierrot Bâton 4 avril 2012 à 15:38 #

    Pov’ petite fille riche!
    A mon avis, le cycliste a été payé par la famille pour que son vélo empoisonné blesse l’ intruse !

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  1. Jus de pommes | Désir d'histoires - 30 mars 2012

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