Des mots, une histoire…

23 Mar

Une nouvelle récolte d’Olivia: douleur – narcisse – irénisme – lilas – choix – fiançailles – mensonge(s) – forme – retour – diamant – photophore – tambourinage – branche – reflet – prisme – réitéré(e)(s) – espérance – papillon – souvent – purgatoire – désirable – série – folie – argentier – controverse – peine

Une nouvelle petite histoire…

Elle s’était levée la première, très tôt, avant que le soleil ne daigne se montrer. Elle n’avait pas réussi à trouver le sommeil, s’était tournée et retournée, seule dans ce grand lit, avait lu mais la fatigue lui fermait les yeux. Mais inévitablement, dès qu’elle éteignait la lumière, ses questions rejaillissaient et son cerveau ne parvenait pas à se calmer.

Elle avait alors enfilé son jean et son gros gilet et était sortie. La nuit était douce, elle longea la fontaine, décorée de multiples photophores que l’on allumerait le lendemain et dont les reflets dessineraient des formes multiples et des papillons sur les arbres autour. L’odeur si prononcée des lilas lui monta à la tête et qui lui rappela se parties de cache cache qu’elle faisait enfant… Elle s’assit dans la balancelle qui tapait inlassablement sur la branche que son grand père se refusait à couper et elle laissa couler quelques larmes.

Elle regarda sa main, les prismes de son diamant jouaient avec les rayons de lune, Théophile lui avait offert un soir, à la dérobée, tout hésitant et tremblant. Elle ne se souvenait plus bien de ce qui avait été dit, elle savait juste qu’ils s’étaient promis de se marier.

Ils avaient annoncé leurs fiançailles avec angoisse. Leurs familles se connaissaient peu et un gouffre les séparait. Mathilde avait peur de se retrouver face à la préparation de ce grand jour, elle savait que chacun voudrait y apporter sa note, alors qu’elle voulait quelque chose de simple. Il avait fallu batailler, imposer ses choix, refuser les caprices de sa belle-mère. Tout avait été sujet à controverse. Jusqu’au jour où à bout de forces, Mathilde avait dit à Théophile que puisqu’il en était ainsi, elle ne voulait plus se marier, qu’elle ne voulait pas de cette fête où les gens ne viennent que par obligation pour ensuite tout critiquer. Elle voulait n’être entourée que de quelques personnes, porter une petite robe blanche simple et un joli bouquet de narcisses. Elle voulait que le repas soit servi dans le jardin de ses grands-parents, que l’on sorte la jolie vaisselle de l’argentier et que l’on soit ensemble, tout simplement. Elle ne s’était jamais rêvée princesse, détestait ses films ou séries dans lesquelles les filles sont hystériques à l’idée de se marier. Elle n’en avait jamais rêvé, n’avait jamais cru cela possible.

Théophile avait alors pris les choses en main, si inquiet de la perdre pour des broutilles. Tout le monde avait fait preuve d’irénisme devant la détermination du jeune couple.

Elle se sentait pourtant si seule ce soir, dans ce jardin qu’elle aimait tant. Elle avait une douleur là, juste au niveau de la poitrine.

Elle regardait cette maison dans laquelle elle avait grandi, entouré de ses grands-parents. Son père était parti à sa naissance et sa mère avait sombré dans la folie en attendant le retour improbable de l’être aimé, inventant mille et une histoires sur ce départ et finissant par croire elle-même à ses propres mensonges, trop souvent réitérés. Sa mère enfermait Mathilde dans son monde froid et vide jusqu’au jour où ses grands parents avaient décidé de la prendre avec eux et de l’élever. Sa mère n’avait opposé aucune résistance.

Mathilde avait longtemps cru qu’elle n’était pas aimable, pas désirable, que personne ne pouvait s’intéresser à elle, qu’elle était transparente, qu’elle devait vivre indéfiniment au purgatoire pour réparer des fautes qu’elle n’avait pas commises, hormis peut-être le fait de naître, car après tout c’est ce que lui répétait sa mère que si son père était parti, c’était à cause d’elle.

Et puis un jour Théophile avait remarqué ce petit bout de femme, frêle et fragile. Il l’avait aimé tout de suite. Elle s’était laissée aimer, elle n’avait jamais connu cette sensation et c’était si agréable, si doux. Cela ne cicatrisait pas toutes les blessures évidemment, les peines demeuraient mais elle trouvait enfin un but à sa vie, alors quand ce soir de décembre, il lui avait tendu cette bague, elle avait dit oui, ce oui rempli d’espérance. Elle allait enfin avoir une famille, en construire une.

Mais ce soir, sa famille de sang lui manquait. Pouvait-elle réellement construire son monde, sa vie sans savoir d’où elle venait, en ressentant toujours ce vide, cette trace indélébile de l’abandon ?

Demain, elle dirait oui, elle le savait, elle lierait son destin à celui de l’homme qu’elle avait appris à aimer, elle dirait oui à Théophile, elle vivrait sans doute un joli moment mais elle ne pourrait pas arrêter ce petit moulin qui tournait dans sa tête, ce tambourinage incessant qui lui répétait telle une sentence inéluctable à tout bonheur : quand est ce que cela se terminera ?

13 Réponses vers “Des mots, une histoire…”

  1. marlaguette 23 mars 2012 à 07:10 #

    Houlala ! Ca me semble mal parti pour cette belle là…

  2. lucie38 23 mars 2012 à 11:32 #

    se fondre dans le couple et en oublier de régler ses comptes avec le passé…et puis un jour l’autre avance plus vite, différemment, dans une autre direction et l’on se retrouve seule, et le couvercle que l’on a posé sur la marmite se soulève pour libérer toutes les questions non réglées, elles rebondissent sur les murs et hantent nos nuits…
    j’aime ton texte.

  3. elcanardo 23 mars 2012 à 14:15 #

    Encore une belle échappée au rythme d’une pensée bien encombrée. Construire sans racine…tout un programme mais peut-être bien l’idéal : pas de schéma déterminé, juste faire comme il lui sied … Gageons que Théophile saura la rassurer.

    Coincoins emportés par les mélancoliques pensées de Mathilde

  4. covix 23 mars 2012 à 14:59 #

    Bonjour,

    comme ces doutes envahissent la belle; mais c’est légitime… finalement je pense que la raison l’a emporté…dans la simplicité…
    Beau texte.
    Bonne fin de semaine
    @ plus

  5. La plume et la page 23 mars 2012 à 18:58 #

    Le grand saut soulève beaucoup de questions… Personnellement je n’ai jamais aimé les mariages.

  6. Eeguab 23 mars 2012 à 23:18 #

    De ce sentiment curieux à l’idée d’un jour si « faste » et finalement plutôt effrayant.Trouble mathildéen joliment analysé.J’adhère.

  7. Olivia Billington 24 mars 2012 à 14:45 #

    Ah, un mariage, oui, sujet à de belles disputes, ça !

  8. Ceriat 24 mars 2012 à 15:40 #

    C’est de saison, le mariage. 😉 J’espère que celui-ci aura quand-même une issue heureuse. 😀 Ton texte est bien écrit et les personnages bien façonnés. 😀

  9. Soene 24 mars 2012 à 20:20 #

    A ce qu’on dit, les enfants qui ne connaissent pas l’un ou les deux parents, cherchent toujours à les retrouver…
    Je crois qu’on ne peut pas comprendre ce manque, si on ne l’a pas vécu.
    Une belle histoire qui ouvre sur une vie meilleure, ça me plaît bien, je suis très fleur bleue 🙂
    Bon dimanche et bises de Lyon

  10. Valentyne 24 mars 2012 à 21:16 #

    Émouvantes les pensées de Mathilde, Et Théophile m’a l’air de vouloir son bonheur 🙂 je croise les doigts 🙂

  11. Pierrot Bâton 26 mars 2012 à 22:25 #

    ça marchera! C’ est un gars bien, le Théophile!

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