Une photo, quelques mots: le souvenir du danger

19 Mar

Qui dit lundi, dit… l’atelier de Bric à Book

Ce petit texte a été inspiré par la photo, évidemment, mais aussi par les choses vues au salon du livre (je vous en parle vite), les quelques photos exposées, un article lu (dont je vous parle aussi bientôt!!), une atmosphère… un souvenir…

Crédit photo: Kotimages

Le souvenir du danger

Elle était tendue, toujours sur le qui vive, toujours prête à fuir, courir, échapper à l’horreur, sauver sa peau tout simplement…

Il avait fallu revivre après cela, réapprendre à faire confiance, à ne plus être en permanence dans l’analyse, dans le ressenti, elle ne vivrait plus de la même façon, c’était certain. Elle avait l’impression d’être une survivante, une rescapée et elle devait vivre avec un poids qui l’a faisait flancher parfois.

Plus rien n’avait la même saveur, tout était différent.

Le léger était devenu l’essentiel, le grave était relégué à l’ordinaire et l’indicible était devenu réalité.

Elle était française bien sûr, elle vivait français, elle dormait français, elle travaillait pour une grande société française, mais ses racines était là bas, ce qui la faisait tenir debout était à des milliers de kilomètres. Elle était étrangère aux yeux des gens, étrangère dans son pays car elle vivait ici et étrangère ici car sa peau trahissait ses origines, elle avait l’impression de n’être de nulle part, de n’être jamais complètement elle même, et pourtant ce jour là, elle s’était sentie frappée dans sa chair, dans son sang.

Là bas, tout avait vacillé, tout avait tremblé, les certitudes avaient volé en éclats. C’était attendu, mais pas comme cela, pas si violent, pas si dévastateur. Elle avait ressenti physiquement ce qui se passait à l’autre bout de la planète, c’était impossible évidemment et pourtant, elle avait eu l’impression d’être au milieu de ses gens qui avaient tout perdu. Elle avait pleuré pendant des jours entiers.

Finalement, rien n’avait changé pour elle : son appartement était toujours là, ses parents étaient bien au chaud dans leur maison de Bretagne, Pierre l’attendait tous les soirs… et pourtant, elle avait cette sensation de vide, de danger, d’absence couplée à ce besoin de vivre, de ne pas oublier.

La leçon qu’elle tirait de tout cela n’était pas qu’il fallait rester sur ce drame et continuer à pleurer mais qu’au contraire, il fallait vivre pour ceux qui étaient morts, qu’il fallait en parler, continuer à croire que le beau existe et savourer ce que la vie nous apporte, sans être dans la perpétuelle insatisfaction.

Elle n’oublierait jamais ce 11 mars 2011, comme un repère dans sa mémoire, comme une parole soufflée par une grand mère aux portes de sa vie : Vis, ressens, observe, accueille le plus petit des bonheurs et fais de ta vie une œuvre, sois libre, résiste à l’aliénation et vis la vie dont tu rêves.. tout cela peut s’arrêter demain!

9 Réponses vers “Une photo, quelques mots: le souvenir du danger”

  1. Leiloona 19 mars 2012 à 07:04 #

    Très joli texte sur ce fil invisible qui relie chaque immigré de la première comme de la deuxième génération.
    J’adore le « une parole soufflée par une grand mère aux portes de sa vie ».

  2. Leiloona 19 mars 2012 à 07:06 #

    Je comprends ce que ce personnage a ressenti. Pour moi, ce fil s’est manifesté le 26 avril 1986, et porte le nom de Tchernobyl.

  3. Danielle Masson 19 mars 2012 à 07:20 #

    bien vu d’avoir pensé à cette terrible date car cela a dû être terrible pour eux de ne pas avoir de nouvelles, de ne pas savoir, d’être impuissant

  4. Solange 19 mars 2012 à 08:01 #

    Joli texte, bravo ! Une analyse en profondeur du ressenti…
    Solange

  5. Douchka de chez Catbibi 19 mars 2012 à 08:48 #

    On ressent parfaitement l’angoisse qui monte …inéluctable!!

  6. lucie38 19 mars 2012 à 09:10 #

    splendide ton texte !! ma jeune femme est très attachée à ses racines aussi mais chinoises. Vivre comme si on allait mourir demain, oui….

  7. lucie38 19 mars 2012 à 09:20 #

    le lien vers mon blog a disparu du coup c’est signé lucie sans savoir vraiment qui. Lucie des facéties !

  8. adele 19 mars 2012 à 09:28 #

    Très beau texte! et très émouvant…

  9. mathylde 19 mars 2012 à 17:38 #

    Joli texte !

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