Vivre, lire, rêver, lire…

19 Jan

Parfois, je me demande pourquoi j’ai tant ce besoin de lire? Oui c’est un plaisir, comme pour beaucoup; oui, lire est une saine occupation… Mais c’est plus profond… Cela a souvent été par crise chez moi: dès que je sortais d’une période de grandes révisions notamment (et croyez moi, j’en ai eu pas mal !!), je me ruais sur les livres, je les engloutissais comme on se rue sur du chocolat après une période de jeun, comme si on m’en avait privé trop longtemps et qu’il fallait que je rattrape le temps perdu…

J’ai toujours lu (Merci Maman!!), j’ai fait partie de groupes de discussion, d’échange (Merci IsaH!), les livres ont toujours été là, près de moi, comme des petits trésors qui n’attendent que d’être ouverts…

Dimanche, quand je me questionnais sur ce que l’on attendait d’un blog, Leiloona me répondait que c’était le reflet d’une personnalité alors quand je regarde l’évolution de mon mini blog depuis quelques temps, il faut se rendre à l’évidence: les livres et l’écriture ont pris toute la place… Et dans ma vie, c’est un peu pareil… Déjà, j’ai banni la télé le soir sauf pour voir un film que j’ai vraiment envie de voir et je lis.. Je rentre fatiguée pourtant mais j’attends le moment où posant ma tête sur le coussin posé sur les genoux de mon chéri (qui lui regarde la télé!), je vais retrouver mon livre… Ils m’apportent beaucoup en ce moment.. les films me lassent davantage…

Mais plus qu’un passe temps, c’est un besoin… avec des sensations parfois physiques… Vous allez me dire que je suis un peu dingue mais c’est comme ça que je le ressens, comme un besoin vital… Je me demande pourquoi je n’ai pas choisi un métier où je vivrais entourée de livres, pourquoi n’ai je pas suivi cette voie? (il y a des questions sans réponses…)

On dit parfois que lire, c’est fuir…Fuir sa vie… Je ne crois pas… S’inventer des vies, sans doute… Je n’arrive pas à définir clairement ce que cela me procure… Je suis à la recherche DU livre, celui qui fera basculer ma vie… Qui me fera croire davantage en moi pour que mes rêves n’en soient plus, pour que je me dise que cela vaut la peine d’essayer…

Je viens de relire le discours de Mario Vargas Llosa, écrit lors de la remise de son prix nobel de Littérature. Lisez le si vous ne le connaissez pas, cela en vaut la peine!

Quelques extraits :

« J’ai pu consacrer une bonne part de mon temps à cette passion, ce vice et cette merveille: écrire, créer une vie parallèle où nous réfugier contre l’adversité, et qui rend naturel l’extraordinaire, extraordinaire le naturel, dissipe le chaos, embellit la laideur, éternise l’instant et fait de la mort un spectable passager. »

 » Que ceux qui doutent de la littérature, qui nous plonge dans le rêve de la beauté et du bonheur, nous alerte, de surcroît, contre toute forme d’oppression, se demandent pourquoi tous les régimes soucieux de contrôler la conduite des citoyens depuis le berceau jusqu’au tombeau, la redoutent au point d’établir des systèmes de censure pour la réprimer et surveillent avec tant de suspicion les écrivains indépendants. Ces régimes savent bien, en effet, le risque pris à laisser l’imagination discourir dans les livres, et combien séditieuses deviennent les fictions quand le lecteur compare la liberté qui les rend possibles et s’y épanouit, contre l’obscurantisme et la peur qui le guettent dans le monde réel. Qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le sachent ou pas, les fabulateurs, en inventant des histoires, propagent l’insatisfaction, en montrant que le monde est mal fait, que la vie de l’imaginaire est plus riche que la routine quotidienne. « 

 » La littérature cessa d’être un jeu, pour devenir une façon de résister à l’adversité, de protester, de me révolter, d’échapper à l’intolérable: ma raison de vivre. »

« La littérature est une représentation fallacieuse de la vie qui, néanmoins, nous aide à mieux la comprendre, à nous orienter dans le labyrinthe dans lequel nous sommes nés, que nous traversons et où nous mourons. Elle nous dédommage des revers et des frustrations que nous inflige la vie véritable. »

«  Aussi faut il le répéter sans cesse jusqu’à en convaincre les nouvelles générations: la fiction est plus qu’un divertissement, plus qu’un exercice intellectuel qui aiguise la sensibilité et éveille l’esprit critique. C’est une nécessité indispensable pour que la civilisation continue d’exister, en se renouvelant et en conservant en nous le meilleur de l’humain. « 

 » Et parce qu’un monde sans littérature serait un monde sans désirs, sans idéal, sans insolence, un monde d’automates privés de ce qui fait que l’être humain le soit vraiment: la capacité de sortir de soi même pour devenir un autre et des autres, modelés dans l’argile de nos rêves. »

Voila sans conteste la réponse à la question: pourquoi lire, à quoi cela sert il :

 » C’est pourquoi nous devons continuer à rêver, à lire et à écrire, ce qui est la façon la plus efficace que nous ayons trouvée de soulager notre condition périssable, de triompher de l’usure du temps et rendre possible l’impossible. »

Tombe de Chateaubriand, Saint Malo. Crédit photo: l'insatiable

13 Réponses vers “Vivre, lire, rêver, lire…”

  1. Laetii 19 janvier 2012 à 09:02 #

    Ces mots sont tellement vrais, merci pour le partage, je ne le connaissais pas! Justement, j’ai posté hier soir un billet sur la vitesse de lecture, ça se rapproche un peu 😉 Bien que je ne lise pas très vite, je ne pourrai m’en passer. Comme tu dis, c’est sain. Et pour moi, c’est surtout un bol d’air, un moyen de faire un virage à 180° avec la journée de travail écoulée, de se fondre dans un autre univers, avec d’autres personnages. Avec qui, finalement, tu as l’impression de vivre leur aventure en simultanée. C’est très distrayant, j’en ai besoin aussi pour changer d’état d’esprit. Ne te crois pas « bizarre » ou « malade », tout le monde a sa solution propre pour se divertir, il y en a qui ne peuvent se passer de sport, d’autres qui cuisinent frénétiquement…

    Quant à la question sur le blog, je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’il reflète la personnalité de son auteur-e. J’irai même plus loin : il évolue en même temps que nous, participe activement aux réflexions personnelles, pour moi, il est véritablement acteur d’un changement, d’un développement personnel.

    Excellente journée à toi ma jolie, bises.

    • insatiablecharlotte 19 janvier 2012 à 20:31 #

      Merci pour tes commentaires Laeti, ils sont toujours tellement touchants et tendres… Merci!

  2. adele 19 janvier 2012 à 09:58 #

    C’est drôle cette comparaison avec des trésors. Quand j’achète un livre et que je l’ouvre, j’ai , à chaque fois , l’impression que j’ouvre une malle avec un trésor à l’intérieur. On ne sait pas ce que l’on va trouver… cette impression est renforcée si le livre est sous cellophane ou quand on voit qu’il n’a pas encore été feuilleté, j’ai la sensation d’être la première à le découvrir.

    • insatiablecharlotte 19 janvier 2012 à 20:32 #

      Idem pour moi… C’est pour cela que les livres sont un gouffre financier… J’aime tellement les livres vierges, non lus… J’ai l’impression qu’ils sont là juste pour moi…

  3. Olivia Billington 19 janvier 2012 à 10:07 #

    Lire et écrire, c’est toute ma vie.
    Mais je pense que c’est aussi un moyen de s’évader de la réalité, oui, de la fuir un peu, dans les moments sombres, de doute. Je ne me sens jamais aussi bien que dans ma bulle d’imaginaire, que dans un univers créé par un auteur (ou par moi, sans fausse modestie). Même si lire dans les instants heureux est jouissif également. 😉
    Tu as raison lorsque tu parles d’un besoin physique, c’est une poussée, parfois même une urgence qui me fait tendre la main vers un livre et en dévorer le contenu.

    • insatiablecharlotte 19 janvier 2012 à 20:42 #

      Depuis, quand j’écris, j’oublie tout, même les douleurs physiques… et ça, c’est incroyable!!

  4. Pauline 19 janvier 2012 à 14:55 #

    Je m’apprêtais à te faire un long commentaire, mais finalement tu m’as donné envie d’en faire un article à mon tour.

    En tout cas, tout ce qui est dit là est tellement vrai. La lecture est aussi pour moi un moment de détente essentiel pour que mon esprit puisse s’évader et vagabonder à son aise. Une fenêtre qui s’ouvre en grand, en quelque sorte.

    • insatiablecharlotte 19 janvier 2012 à 20:34 #

      J’attends ton article avec impatience…

      • Pauline 19 janvier 2012 à 22:39 #

        Je prends mon temps pour le faire. Je ne veux pas que ce soit un article précipité qui dise tout et rien à la fois.

        Mais je te ferai signe si tu veux, le jour où je le publierai 🙂

  5. mateo 19 janvier 2012 à 16:28 #

    Très bel article sur le besoin de lire (et d’écrire) et je rejoins ton addiction aux mots et à la quête de l’histoire qui nous fera chavirer au delà de notre réalité…parfois trop oppressante.
    Alors est ce une fuite pour ma part? je ne sais pas mais je ressens souvent comme un manque lorsque j’arrive au point final d’un roman. Je me prends à imaginer la suite, à me transposer dans l’histoire , à la réinventer avec peut être une autre fin. Je ne remets pas en doute les qualités de l’auteur loin de là mais j’aime m’approprier l’histoire en me transposant. Si j’accroche on pourra en déduire que l’écrivain à plutôt bien réussit son ouvrage.
    C’est aussi pour cela que j’écris de plus en plus par la poésie(cet art en voie de disparition) dans un premier temps et plus récemment la fiction. je m’en sers comme vide inconscient et comme véritable thérapie gratuite au grand damn de freud ^^

    • insatiablecharlotte 19 janvier 2012 à 20:41 #

      Merci!!
      Très chouette analyse de l’écriture… J’ose écrire depuis peu… avant je n’osais pas, la peur du ridicule. Même pour moi, je n’osais pas faire de la fiction, même dans mes carnets, je me disais que ce n’était pas possible, que je n’étais pas légitime… Ce blog m’a permis de m’ouvrir et d’oser.. et ça fait un bien fou!!

      • Olivia Billington 19 janvier 2012 à 21:20 #

        C’est quelque chose de très étrange, pour moi, cette vision de l’écriture : tu n’es pas la seule à dire que tu n’osais pas. Peut-être est-ce parce que j’ai commencé tellement jeune que la question ne s’est jamais posée, c’est tellement naturel, écrire fait partie intégrante de ma vie depuis presque toujours que la notion de se lancer m’est tout à fait étrangère. Et je trouve cela formidable de dépasser vos appréhensions parce qu’écrire apporte tellement ! 🙂

  6. nyfea 20 janvier 2012 à 19:40 #

    J’ai toujours aimé lire
    Je le fais beaucoup moins depuis l’arrivée de mon fils. Mais j’ai adoré ca etant jeune je lisais beaucoup
    Et c est vrai que le soir, il y a rien de mieux pour s evader

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